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Montrez moi vos mains

Authentique et attachant, à tous points de vue
De Alexandre Tharaud

Lu / Vu par

Valérie de Menou
Publié le 06 juin . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Alexandre Tharaud -un des plus grands pianistes contemporains- prend la plume pour nous livrer ses doutes, ses superstitions, nous confier ses TOC, ses insomnies  et tout ce qui compose le quotidien d’une vie consacrée à la musique, une vie d’errance et de solitude entre avions, hôtels et  huit valises. Dans son point d’ancrage à Paris, il n’y a pas de piano, un choix pour mieux travailler son art en allant jouer chez les autres, s’approprier l’instrument:   « j’aime les pianos qui se cachent ».

Points forts

-          Le musicien évoque son métier à travers les détails qui rythment sa vie de soliste de haut niveau et réussit à nous émouvoir de ces petites choses qui peuplent cet univers rigoureux.

-          Des moments d’humour lorsqu’il décrit le comportement du public partout dans le monde. Le Français tousse, déballe son papier de bonbon et dit « chuuut ».

-          Un retour sur l’histoire du métier de concertiste, né au milieu du XIXe siècle, métier alors narcissique, et un hommage appuyé à tous ceux qui œuvrent dans l’ombre : les tourneurs de pages, les accordeurs, les agents, les éclairagistes..

-          Une lecture tout en sobriété et finesse, ponctuée de noir et de blanc à l’image des touches d’un piano, peuplée de milliers de granules homéopathiques pour soigner les maux, de milliers de petites notes noires à déchiffrer, de l’habit noir et blanc du concertiste, de la lumière puis de l’obscurité.

Points faibles

Je n’en vois pas.

En deux mots ...

De bien touchantes confessions. Avec une grande humilité, Alexandre Tharaud  se souvient de ses débuts difficiles quand il jouait dans des restaurants chics où personne ne l’écoutait. Il nous parle de ses angoisses, de ses pertes de mémoire et de la nécessité de jouer avec des partitions. Fuyant les cocktails et les dîners mondains qu’il abhorre, toute sa vie est vouée à la musique, à l’instrument  avec lequel il a un rapport charnel -touchante allusion à son premier piano, surnommé Bucéphale, son ami, son frère dont il recherche l’odeur à chaque répétition-  et à la magie de la scène  dans le répertoire qu’il affectionne : Couperin, Rameau, Bach, Ravel, Fauré, Rachmaninov…. don d’une solitude à la personne à qui il dédie secrètement chaque concert et don de soi à son public qui le reçoit avec émotion. « Je suis nombreux » page 186

Un extrait

« Quelle que soit l’œuvre finale, l’important est de refermer un livre, d’avoir durablement voyagé. Le concert doit changer quelque chose en nous, même imperceptiblement » p 196

« Montrez-moi vos mains …mes mains, je veux bien vous les montrer. Touchez, c’est gratuit. Blanches veineuses, rien d’extraordinaire. Elles perdraient instantanément la divinité que vous leur prêtez si elles appartenaient au serveur qui vous tend une coupe de champagne et que vous ne regardez pas » p 210 

L'auteur

Fils d’une danseuse et d’un chanteur d’opérette, Alexandre Tharaud est un pianiste français récompensé par de nombreux prix internationaux. Outre son activité de soliste, il a collaboré à des spectacles de Bartabas et a joué son propre rôle dans le film « Amour » de Michael Haneke (Palme d’Or du Festival de Cannes en 2012). Il prépare un hommage pour les 20 ans de la disparition de la chanteuse Barbara, en novembre 2017. 

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