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L’ÉNIGME DE LA CHAMBRE 622

Un polar très bcbg. Chic…et coincé, laborieux malgré un tour d’illusionniste imprévu. Elle est loin La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, hélas !
De Joël DICKER
Editions de Fallois

Lu / Vu par

Rodolphe de Saint Hilaire
Publié le 04 sep . 2020

Recommandation

2,0A la rigueurA la rigueur

Thème

Une grande banque d'affaires familiale à Genève. Une station de ski élégante et huppée, Verbier. Quelques palaces, une fausse princesse russe désargentée, plusieurs jeunes femmes ravissantes et adulées, mais certaines s’ennuient, quelques prédateurs de la finance Old Fashion qui se déchirent pour prendre la présidence de cette banque de l’establishment plus que centenaire. Mais surtout un gentleman aventurier, apatride et très gentleman, un certain Lev Levovitch, charmeur et illusionniste génial qui fait tourner toutes les têtes, hommes ou femmes. Ses dents rayent le parquet. J'oubliais : ils sont riches, beaux et... bien portants, bien sûr. Bon, la vie n’étant pas un long fleuve tranquille, la machine Dicker s’emballe quand même au dernier tiers du livre. Pour faire vite : Macaire Ebezner, l’héritier légitime s’apprête à prendre normalement la présidence de l’établissement vénérable qui porte son nom, du moins le croit- il.

C’est sans compter sur l’opposition sourde de certains membres de la famille, opposition qui va éclater au grand jour lors d’un conseil d’administration imminent. Le plan Orsec est déclenché. Il faut tout faire pour remporter la mise, quoi qu’il en coûte. Même au prix d’un pacte avec le diable et du « sacrifice » de l’être aimé. Le « feu » est déclenché dans la chambre 622 du Grand Palace de Verbier. Par qui, pour quoi ? L’énigme reste entière jusqu’à l’ultime 569 ème page  de ce roman à la précision…et à la lenteur, toute suisse, comme son auteur. Dans les gros polars il faut savoir donner du temps au temps !

Points forts

- Un mécanisme, un pitch, un ressort dramatique à la fois spectaculaire et crédible. A vrai dire, la seule explication plausible à ce scénario théâtral, d’ailleurs déjà vu ou évoqué dans un certain cinéma d’auteur classique (cf. Cocteau) que nous pourrions résumer sans « espoiler » cette intrigue policière par « le changement de peau ».

- Point très fort pour certains (plus nombreux), point faible pour ceux qui préféreront les «originaux» plus contemporains dans l’inspiration, « l'Énigme », avec sa petite dose de «scandale chez les bourgeois», ne vous lâche pas. Conscient ou pas, on est addict à Dicker même dans «  La chambre 622 », roman à ranger dans la catégorie des « easy reading ». Pourquoi ? Le succès phénoménal de cet auteur millionnaire reste un mystère.

Points faibles

- Que de poncifs, que de situations convenues et retournements sans surprise et surtout cette atmosphère délétère dans laquelle baignent des personnages transparents, sauf un et pour cause, le fameux Levovitch, caché sous son masque quasi chirurgical. Dans la grande première partie du livre ruissellent les rivières de diamants… et surtout un mortel ennui ; les chagrins d’amour de la belle Anastasia (les noms, ici, c’est tout un programme) ne provoquent ni compassion romantique ni émotion passionnelle. Cette chambre-là n’a même pas un parfum de sensualité voir d’érotisme. C’est propret, convenable, disons- le à l’eau de rose, de ce côté-là. Et pourtant, cette énigme se lit pratiquement d’un bout à l’autre, mystère ! Seul « maître » de Fallois, l’éditeur visionnaire et historique de Dicker  -hélas aujourd’hui disparu - eut été en mesure de l’expliquer.

- Le style ? Fluide certes, populaire, c’est-à-dire à la portée de tous. Pour le reste, mieux vaut n’en point parler.

En deux mots ...

S’il fallait sauver le phénomène Dicker ce ne serait pas avec cette énigme vraiment trop compliquée de « La chambre 622 ». Contexte suranné, personnages convenus, vieilles ficelles : les loups de Genève égarés dans les palaces et sur les pistes de Verbier hurlent dans la morne plaine. Décevant pour tous ceux qui s’étaient attachés à chercher, haletant, La vérité sur l’affaire Harry Quebert et qui pensaient avoir découvert un nouvel et véritable écrivain francophone.

Un extrait

Chapitre 44. Dans la nuit

“ Au cœur de la nuit, le Palace dormait. La lumière du 6e étage s’éteignit soudain ; l’ombre qui avait actionné l’interrupteur avança prudemment dans l’obscurité, les pas étouffés par l’épaisse moquette. Elle marqua une courte pause devant les numéros de chaque chambre pour en  identifier correctement les numéros, avant de s’arrêter définitivement devant l’une d’elles. C’était là. Chambre 622. L’ombre glissa la main dans la poche de son manteau avant de…”

L'auteur

Joël Dicker est un écrivain suisse de 35 ans. Fils d’une libraire et d’un professeur genevois, il commence à rédiger des articles sur la faune sauvage (Le Tigre) à l’attention de la jeunesse : sacré plus jeune rédacteur en chef et salué par la tribune de Genève, il part à Paris étudier au cours Florent. Son deuxième livre La vérité sur l’affaire Harry Quebert  paru en 2012 sera traduit dans 40 langues et édité à 5 millions d’exemplaires : prix du roman de l’Académie Française, prix Goncourt des Lycéens, cet ouvrage sera suivi par un roman également à succès Le livre des Baltimore. Son mentor et éditeur Bernard de Fallois avait pris Joël Dicker sous son  aile et décidé, à l’encontre de la critique en général, 

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