One Man Show

Des fleurs pour Algernon

Formidable numéro de comédien au service d’un récit magnifique
De D’après l’œuvre de Daniel Keyes
Gérald Sibleyras
Mise en scène : Anne Kessler
Avec Grégory Gadebois

Infos & réservation

Théâtre du Petit Saint-Martin
17, rue René Boulanger
75010 Paris
Tél. : 01 42 08 00 32
http://www.petitstmartin.com
Du mardi au samedi à 21h, jusqu’au 14 mars

Lu / Vu par

Charles Chatelin
Publié le 13 fév . 2020

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Charlie Gordon est simple d’esprit. Sujet d’expérience d’un programme de recherche, il est en compétition avec une souris de laboratoire, Algernon, au cours d’une série de tests de mesure du quotient intellectuel, et c’est la souris qui gagne !

Mais Algernon n’est pas un cobaye ordinaire, car l’équipe scientifique a modifié son cerveau et réussi à multiplier par trois son intelligence. Volontaire - si tant est qu’il comprenne ce qui se passe - pour subir la même opération, Charlie, comme Algernon, va voir ses capacités intellectuelles exploser.

Seulement voilà : son cerveau d’Homo sapiens est bien plus performant que celui de la petite souris blanche : il va toucher au génie. Va-t-il rester au sommet ou retomber inexorablement, comme le fait en mathématiques cette courbe de Gauss qui le hante ?

Points forts

Charlie Gordon, c’est Grégory Gadebois. S’il y a du génial quelque part, c’est bien dans la façon dont l’acteur fait glisser progressivement son personnage du crétinisme gentil à une sorte de surhumanité qui lui ouvre tout le savoir du monde. La métamorphose est stupéfiante : autant Charlie est lourdaud, laid, à peu près déconnecté du réel, autant Charles, comme l’appelle désormais une communauté scientifique fascinée, est altier, séduisant, lucide sur les gens et les choses… 

Grégory Gadebois change littéralement de personnalité sous nos yeux, et l’on comprend qu’il ait obtenu pour ce rôle le Molière du seul en scène en 2014 (avec, déjà, l’excellente Anne Kessler à la mise en scène).

Points faibles

Il n’en voit pas. Même l’accompagnement sonore, trop souvent inutile ou mauvais au théâtre, est ici parfaitement adapté. Comme l’est aussi le décor, évocateur du contexte « technico-scientifique » de l’histoire – le fauteuil de laboratoire pivotant et mobile sur rail, avec lequel Charlie se déplace le plus souvent, est une vraie trouvaille de scène !

En deux mots ...

Le fait de cueillir la pomme d’or de la Connaissance rend-elle Charlie Gordon heureux ? C’est tout le problème. Non, parce qu’il prend conscience de l’existence du mal en nous, et du malheur qui nous frappe un jour ou l’autre et qui ne va pas l’épargner, lui, l’homme autrefois simple et plein d’innocence. Mais, parce qu’il contemple avec plus de clairvoyance qu’aucun autre humain l’immense beauté du Savoir, Charlie sait que là réside notre raison d’être… Avec l’Amour, bien sûr, cette force étrange qui le désarçonne bien plus que celles qui régissent les mécanismes de l’univers.

Un extrait

« Cette saleté de souris me bat à chaque fois. »

L'auteur

L’Américain Daniel Keyes (1927-2014) publia Des fleurs pour Algernon d’abord sous la forme d’une nouvelle en 1959, avant de retravailler l’histoire pour en faire un roman, paru en 1966. Ce fut le succès d’une vie, par ailleurs consacrée aux études universitaires et à la psychologie (notamment la nature des personnalités multiples, ce qui est, en somme, le cas de Charlie).

 Vendu à des millions d’exemplaires, traduit partout, le roman devint un film en 1968 (Charly, de Ralph Nelson, qui valut un Oscar du meilleur rôle à l’acteur principal, Cliff Robertson) avant d’être adapté nombre de fois (pas toujours avec bonheur) au théâtre, à la télévision et à la radio. 

Classique absolu de la littérature de science-fiction, Des fleurs pour Algernon est l’un des rares titres ayant obtenu à la fois les deux « Goncourt » du genre : le prix Hugo (en 1960 pour la nouvelle) puis le Nebula (en 1966 pour le roman).

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