Un Barrage contre le Pacifique
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Thème
Une légère tape sur le micro, comme un clap de cinéma, la comédienne s’empare du micro puis recule dos aux spectateurs dans un lent travelling arrière. Nous voici plongés dans l’ univers de Duras… Tiens, au fait, que préférait-elle : le cinéma ou le théâtre ? Nous voici en tous cas en Indochine, dans la plaine marécageuse de Kam.
Début du récit : la mort du vieux cheval, la mère « usée , nudifiée » se bat contre le destin, il faut bien quand on est veuve nourrir ses deux enfants. Chaleur moite , poisseuse, d’un système colonial corrompu et violent. Pour faire face aux grandes marées de la mer de Chine, la mère tente en vain d’ ériger un barrage sur sa concession. La mer qui effraiera toujours Marguerite Duras détruit chaque année les plantations. Lassitude, désespérance d’une femme seule, déjà proche de la folie.
Va t elle accorder la main de sa fille Suzanne à Monsieur Jo, ce riche planteur qui exhibe au doigt un énorme diamant? Et qu’en penses Joseph, le vigoureux frère de Suzanne?
Or toute la famille méprise Monsieur Jo.
Points forts
Une comédienne habitée par son texte. En quelques gestes, Anne Consigny fait advenir une situation, un événement : bras écartés et voici la mer qui gronde, quelques pas de danse sur un tempo de foxtrot, et soudain la fantaisie amoureuse de Suzanne, son indolence tropicale se déchire et nous déchire…
Anne Consigny interprète tous les personnages grâce à une palette de jeu très variée : voix douce, rauque, caressante. Diction parfaite, présence enveloppante.
Côté décor, juste quelques objets: un chapeau de paille posé sur le sol, un escabeau pour figurer peut-être un salut impossible ?
Quelques réserves
Aucune.
Encore un mot...
Formée à l’ école de Peter Brook, la comédienne vient au début de la représentation saluer et remercier chaque spectateur d’être là. Et lorsque la pièce commence, l’espace sacré qui délimite la scène et le public s’ impose à nouveau...
D’Anne Consigny, on pourrait reprendre cette formule d’Anton Tchekhov : « Quand pour un effort déterminé, on met en œuvre le minimum de gestes, cela s’ appelle la grâce. »
Une phrase
- « Pourquoi avait- elle recommencé ? Peut-être était- elle folle. La vie était terrible et la mère était aussi terrible que la vie. »
L'auteur
- On ne présente plus Marguerite Duras, légende vivante, si présente dans son œuvre. Un Barrage contre le Pacifique, publié en 1950, est un roman largement autobiographique qui s’inscrit dans le début de son cycle indochinois, couronné par le Goncourt attribué en 1984 à L’Amant.
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