Opéra-Ballets-Musique

Cosi Fan Tutte

Musicalement et vocalement: Mozart au sommet
De Wolfgang Amadeus Mozart
Direction Musicale: Philippe Jordan
Mise en scène : Anne Teresa de Keersmaeker

Infos & réservation

Palais Garnier
Place de l’Opéra
http://www.operadeparis.fr
Jusqu’au 19 février

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 07 fév . 2017

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Contrairement aux « Noces de Figaro » et à « Don Giovanni », « Cosi fan tutte » n’est pas l’adaptation d’une œuvre littéraire. Même si on y retrouve, entre autres, des bribes des « Métamorphoses » d’Ovide, le livret  serait inspiré d’une histoire véridique, qui circulait dans les salons viennois de l’époque.

Il s’agit de deux hommes qui vont parier sur la fidélité de leur promise respective et dont ils sont fort amoureux. Pour ce faire, ces deux compères  vont monter une petite mise en scène. Avec l’aide d’un troisième larron, ils vont faire croire à leur amoureuse, en pleurs, qu’ils doivent, soudain, partir à la guerre. Ils vont revenir à elles, travestis et méconnaissables, et leur faire une cour assidue, chacun essayant de séduire la fiancée de l’autre. L’une va résister un peu plus longtemps que l’autre, mais toutes les deux finiront par succomber au charme de ces nouveaux prétendants… 

Ainsi, font-elles toutes (en Italien, Cosi fan tutte), va conclure Mozart, partagé entre folle gaité et profonde mélancolie.

Points forts

- D’abord, la partition, l’une les plus divines qui soient, et  qui offre aux chanteurs et à l’orchestre des moments d’une beauté assez sublime . Mozart n’a que 34 ans quand il la compose. D’un côté, c’est un jeune homme jeune, vif, malicieux, sensuel et ludique, de l’autre, un adulte, triste et désenchanté. Sa précocité lui ayant tout fait connaître de la nature humaine, il ne se fait plus guère d’illusion, ni sur la sincérité, ni sur la fidélité. Peut-être, aussi, devine-t-il, déjà, qu’il ne vivra plus longtemps. En tous cas, tous ces sentiments, à la fois contradictoires et complémentaires, vont cohabiter dans sa musique, qui va alterner moments d’une allégresse et d’une pureté  à faire venir les larmes aux yeux, et passages d’une profondeur et d’une gravité bouleversantes aussi. 

Le « divin » Mozart est au summum de son art…

- La distribution. Elle est composée de six chanteurs, qui, tous, ici, ont  (encore) l’âge de leur rôle, et sont, tous, parfaits dans leurs personnages respectifs. Tous possèdent un magnifique timbre de voix. Ils chantent à merveille et bougent avec une vivacité qui fait plaisir à voir. Leurs personnages sont à l’aube de leur vie d’adulte et leur prestation a quelque chose de printanier qui met le public en joie…

- La direction d’orchestre. Assurée par Philippe Jordan, et passées les premières mesures un peu ternes ce soir là, elle est, comme d’habitude avec ce chef, sensationnelle de précision, de délicatesse et d’élégance. On écoute… et on imagine, tant le son est céleste, que Mozart est là, au dessus de l’épaule de cet immense chef. Mais comment fait-il pour diriger parallèlement (et avec autant d’intelligence) « Lohengrin » à Bastille ?

- Le décor. Blanc, minimaliste (le plateau est nu, bordé à cour et à jardin de panneaux de plexiglas qui permettent de voir les coulisses), il laisse tout son volume au chant, au déplacement des interprètes…

Points faibles

La mise en scène… Aie , aïe , aïe. On a beau admirer Anne Teresa de Keersmaeker, s’être précipité à cette création, on ne peut qu’avouer notre déception. 

La chorégraphe belge a doublé chacun des six chanteurs d’un danseur. L’idée aurait pu être formidable, si les mouvements de ces derniers avaient accompagné, magnifié la partition musicale. Hélas, ils se limitent à des déplacements et gesticulations géométriques, pas toujours gracieux, et souvent, semble-t-il, à contre-sens des intentions du compositeur. 

Les danseurs tournoient comme des toupies autour des chanteurs, que la mise en scène contraint à se pencher dans tous les sens ou à se jeter au sol. 

Visuellement, ce n’est ni ridicule ni hideux, mais « Cosi … » perd sa sensualité joyeuse et  sa profonde mélancolie.

En deux mots ...

Les opéras de Mozart ont ceci d’unique : à la seule condition d’être bien  dirigés et chantés, ils peuvent supporter tous les traitements scéniques. Le compositeur est tellement génial, qu’il l’emporte toujours.  Le soir de la première de ce « Cosi … », à travers les ovations qui accueillirent, aux saluts, les chanteurs et le chef, il était palpable que c’est aussi  au compositeur qu’on rendait grâce. 

Et ces applaudissements, plus qu’enthousiastes,  finirent par couvrir les huées qu’une partie de la salle  destina à Anne Teresa de Keersmaeker, dont quoi qu’il en soit , on  attend, avec une impatience  bienveillante, la prochaine création chorégraphique.   

Un extrait

- « L’œuvre se replie sur l’essentiel : l’humain, le sentiment, l’émotion. C’est le Mozart le plus intime qui s’y exprime, tout en cherchant une perfection formelle absolue ». Philippe Jordan, directeur musical. 2017

- « Heureux celui qui prend toute chose du bon côté, et dans les revers de fortunes et de mésaventures se laisse  guider par la raison». Lorenzo da Ponte, librettiste. 1790

L'auteur

Né à Salzbourg le 27 janvier 1756, Wolfgang Amedeus Mozart est un enfant prodige. Il commence à prendre des leçons de clavecin à quatre ans et à six, il fait ses premiers pas dans la composition. Grâce à son mentor de père, il connaît très vite la célébrité, comme compositeur et comme interprète car non seulement, il joue aussi du violon, du piano forte, de l’orgue, mais en plus, il chante !

Il occupera plusieurs postes musicaux dans différentes institutions,  et cela, jusqu’à sa mort, dans la misère le 27 janvier1791 à Vienne, où, faute de moyens financiers, ses proches durent se résoudre à l’enterrer dans la fosse commune.

Malgré sa brève existence, Mozart reste comme l’un des compositeurs les plus prolixes, car cet artiste, qualifié de « divin », s’est  essayé à tous les styles, de l’opéra  à la musique sacrée, en passant par la musique de chambre, etc… Beaucoup de ses pièces sont considérées comme des chefs d’œuvre.

Après «  les Noces de Figaro » ( 1786) et « Don Giovanni » (1787), « Cosi fan tutte » (1789) est le troisième  opéra de sa  trilogie avec le librettiste italien Da Ponte. L’œuvre fut créée à Vienne le 26 janvier 1790, soit un an, presque jour pour jour avant la disparition du compositeur.

Commentaires

deschamps yves
Le 29 sep. 2017
à 12h16

bonjour
hier soir je me "bagarré" avec ma femme car ns n'étions pas d'accord.

aussi je suis heureux par votre article car il conforte mon opinion et je voulais vous le faire savoir :

je partage pleinement ce que vs avez écrit et notamment les points forts avec la distribution - remarquable - je rajouterai que j'ai été touché par l' harmonie des voix masculines entre des deux soldats,
la toujours brillante prestation de Jordan.

Moi aussi je n'ai pas adhéré avec les danseurs.
oui l'idée aurait pu être excellente mais j'ai trouvé comme vous que les danseurs manquaient de grâce et de sourire ..
ceci étant ce fut beaucoup mieux durant la deuxième partie.

enfin je précise avoir été emballé par Cyrille DUBOIS
Cordialement

le merrer
Le 17 oct. 2017
à 02h54

L'opéra Garnier serait-il en faillite.
J'étais allé VOIR Cosi fan Tutte, je n'ai fait que l''écouter.
Chanteuses et chanteurs parfaits, orchestre au sommet.
Quant à la mise en scène... quelle mise en scène?!
Un grand volume vide: hangar d'aviation, parking inachevé? Un éclairage plat, brutal, l'éclairagiste pouvait rester chez lui !
Aucun décor, aucun costume ! Les personnages en "marcel" !
Jeux de scène vulgaires, parfois à la limite de l'obscénité ridicule.
Mozart est un génie qui se suffit à lui-même, toute tentative d'y ajouter quoi que ce soit ne peut que le diminuer. On se doit de s'effacer devant lui.
Où était la fête ? Où étaient les chatoiements ?
J'ai aperçu l'ego hypertrophié d'une metteuse en scène en mal de "faire autrement".
Ce spectacle sans spectacle s’adresse sans doute à quelques "esthètes initiés" dont je ne fais pas partie et qui se croient obligés de s'exclamer servilement "bravo" à la fin, que l'on verrait venir avec soulagement si ce n'était Mozart.
Parisien, bobo, incongru, vulgaire.
Si je veux voir de l'opéra "comptant pour rien" (contemporain), je réserve à l'opéra Bastille.

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