Opéra-Ballets-Musique

Iolenta & Casse Noisette

Colossal!
De Tchaïkovski
Mise en scène : Dmitri Tcherniakov

Infos & réservation

Palais Garnier
Place de l’Opéra
75009 Paris
Tél. : 0892899090
http://www.operadeparis.fr

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 21 mar . 2016

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Deux genres musicaux, un opéra et une musique de ballet en une seule soirée ! Le diptyque n’avait été présenté qu‘une seule fois : le jour de sa création au théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, le 18 décembre 1892. Depuis, « Iolanta » et « Casse-noisette » avaient fait carrière à part.

Inspiré d’une pièce du dramaturge danois Henrik Hetz, « Iolanta » raconte comment, dans les bras d’un homme aimé, une jeune fille aveugle (Iolanta), née d’un roi (le Roi René) va retrouver la vue. Inspiré d’un conte de l’allemand Hoffmann, « Casse-noisette » est un ballet féerie. Le soir de Noël, une très jeune fille, Clara, reçoit de son oncle un casse-noisette. Pendant la nuit, les jouets vont s’animer et le casse-noisette se transformer en prince…

Ce qui lie les deux ouvrages, c’est d’abord leur compositeur, Tchaïkovsky. Même si l’opéra est d’une facture plus lumineuse que le ballet, les partitions sont de la même « pâte » musicale, lyrique et romantique. Et elles ont aussi en commun une instrumentation d’une délicieuse fantaisie.

Mais l’autre lien entre les deux œuvres, c’est le metteur en scène russe Dmitri Tcherniakov qui le crée. Pour cette soirée exceptionnelle, afin que tout ne fasse qu’une seule histoire,  il a réécrit l’argument du ballet initial. Dans cette optique, il a imaginé que, pendant l’opéra, une jeune fille nommée Marie assiste à la guérison de Iolanta. Et ce sera cette même Marie  (interprétée ici par la danseuse Marion Barbeau) qui va fêter, en ouverture du ballet, non plus Noël (comme dans l’œuvre initiale), mais son anniversaire et recevoir de son oncle le casse noisette. Le pont entre les deux opus est jeté… D’ailleurs les deux musiques vont s’enchaîner, et les chanteurs venir saluer pendant l’ouverture du ballet (car c’est par « Iolanta » que débute la soirée).

Points forts

Ils sont nombreux:

1 Et d’abord le caractère exceptionnel de cette soirée qui réunit - il faut donner ce chiffre ahurissant ! - cent quatre vingts artistes. Nous sommes à l’Opéra de Paris, mais c’est à une exaltante plongée dans le patrimoine  musical russe qu’on nous invite là, avec quatre heures (entre-actes compris) de musique exaltante, ample, tour à tour fiévreuse, éperdument lyrique, exhalant de la douceur, ou évoquant le cauchemar sans que jamais elle ne tombe dans la mièvrerie. Pour les amoureux du romantisme c’est idéal.

2 La distribution de « Iolanta ». Elle est éblouissante, emmenée par la  soprano russe Sonya Yoncheva, qui offre au rôle-titre une voix d’une souplesse et d’une générosité sans faille. Dans le rôle du père, le Roi René, une des plus belles basses jamais entendues, Alexander Tsymbalyuck. Mais toute la troupe, formidablement bien dirigée par Dmitri Tcherniakov  est d’un niveau exceptionnel.

3 Les  chorégraphies de « Casse-noisette ». Ce pluriel, oui, car Tcherniakov a convoqué trois chorégraphes différents pour ce seul ballet. C’est le Sud-Africain Arthur Pita (il est né à Johannesburg, mais vit maintenant à Londres) qui ouvre le bal de cette soirée d’anniversaire de Marie, avec distribution de cadeaux et sarabande joyeuse des invités. Le québecois Edouard Lock et le belge Sidi Larbi Cherkaoui se partagent le reste du ballet, beaucoup plus sombre, pour ne pas dire, pour certaines scènes, cauchemardesque. 

Par leurs styles très différents, les gestuelles de ces trois artistes là s’entrechoquent, mais  elle se complètent, donnent à comprendre les univers de chaque tableau. Pas un seul instant le spectateur  ne pense « contre-sens ». C’est la magie Tcherniakov !

4 La scénographie enfin.  Signée aussi par ce diable de Tcherniakov, qui est le démiurge de cette production, elle offre des tableaux  somptueux, inventifs, et pour certains d’une beauté formelle à couper le souffle.

Points faibles

S’il fallait en trouver un, ce serait la direction musicale d’Alain Altinoglu. Elle est honnête, précise, mais un peu « raide » et manque d ‘émotion. Sans doute la souplesse et le lyrisme lui viendront-ils au fil des représentations. A sa décharge… le gigantisme  de sa tâche. Et sans doute un trac fou, compréhensible en ce soir de première où nous avons vu ce spectacle si ambitieux.

En deux mots ...

Programmer dans la même soirée un opéra et un ballet, et arriver à donner à l’ensemble une cohésion parfaite, aussi bien  intellectuelle que visuelle… Le pari était fou. Dmitri Tchernikov le gagne haut la main. Quand des œuvres  sont « remontées » avec cette intelligence et cette sensibilité là… Alors on se dit que l’Opéra fait  là,vraiment son travail de conservation du patrimoine.

L'auteur

Descendant par sa mère d’une famille française, mais d’une sensibilité authentiquement slave, Piotr Ilitch Tchaïkovsky est né à Votkinsk, petite ville de l’Oural, le 7 mai 1840. Après des études de droit, le jeune homme décide, en 1862, de se tourner vers la musique. Après une formation auprès du pianiste compositeur Anton Rubinstein, il devient professeur d’harmonie au Conservatoire de Moscou. 

Son mariage raté avec une de ses élèves, en 1877, n’apaisera pas ses conflits intérieurs dûs à son homosexualité, et le laissera même au bord du suicide. Mais son succès en tant que compositeur, qui le hisse, dès 1880 au rang de musicien national par excellence, lui vaudra de se remettre de sa dépression. En 1891, au cours d’une tournée triomphale aux Etats Unis, il inaugure le Carnegie Hall.

Il mourra à Saint-Pétersbourg, le 28 octobre 1893, officiellement, des suites du choléra, officieusement d’un suicide, à la suite d’une affaire de mœurs.

Orchestrateur génial, doté d’un grand sens de la mélodie, Tchaïkovski composa dans tous les genres musicaux. Sans doute le meilleur symphoniste de sa génération, on lui doit aussi dix opéras dont « Eugène Onéguine » et « la Dame de Pique »; et aussi de sublimes musiques de ballets dont « Le Lac des Cygnes » et « La Belle au Bois dormant ».

Son œuvre la plus titanesque, composée à la demande du directeur des Théâtres impériaux de Russie en 1892, est ce diptyque que forment l’opéra « Iolanta » et le ballet « Casse-Noisette ».

Commentaires

lène suzanne
Le 25 mar. 2016
à 23h40

J'ai trouvé la chorégraphie de Casse-noisette catastrophique. Les danseurs ne dansent pas. On se dirait à Broadway. Les gestes saccadés des danseurs sont exaspérants. Quel dommage !

GABRIEL
Le 02 avr. 2016
à 21h30

Je conseillerais aux futurs spectateurs de ce spectacle d'écouter au préalable sur des versions conformes L'introduction de la Valse des Fleurs , ainsi que le pas de deux qui suit :
Dans les deux : superbes passages de harpe

A l'opéra, dans la représentation que j'ai écoutée: un seul superbe passage de harpe ,Superbe et réussi dans le pas de deux
L'introduction de la Valse des Fleurs : c'est un morceau joué en Play Back sur on ne sait quel instrument; L'orchestre reste muet, le chef d'orchestre la baguette immobile
C'est comme cela que l'on ré arrange la partition à son gré

Vous aurez ainsi une idée de ce que vous perdez, alors que l'Opera a tous les moyens d'offrir une prestation musicale brillante dans le premier passage

Maintenant vous pourrez vous faire une idée objective et de l'endroit où il y a un tour de passe- passe

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