Opéra-Ballets-Musique

Lear

L'opéra contemporain au sommet
De Aribert Reimann
Mise en scène : Calixto Bieito

Infos & réservation

Palais Garnier
Place de l’Opéra
75009 Paris
Tél. : 0892899090
http://www.operadeparis.fr
ATTENTION: dernière représentation, le 12 juin

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 10 juin . 2016

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

A l’instar du« Roi Lear » de Shakespeare dont il est inspiré, cet opéra raconte l’histoire d’un vieux roi  tyrannique, de Grande Bretagne, qui, sentant ses forces décliner,  veut partager son royaume entre ses trois filles; mais cela, à l’aune de l’affection que ces dernières vont lui déclarer. 

Si les deux premières, Goneril et Regan, vont l’assurer spectaculairement de leur profond amour filial, en revanche, la dernière, Cornélia, qui aime vraiment son père, ne va pas juger utile de  lui déclarer publiquement son attachement. 

Irrité par ce comportement, Lear va  punir sa fille en la déshéritant, et partager la part du royaume qui lui revient, entre ses deux sœurs ainées, l’une et l’autre assoiffées de pouvoir. 

La tragédie est en marche, qui se terminera dans un bain de sang.  Lear - devenu fou -, ses trois filles et plusieurs hommes de cour mourront tous dans d’atroces circonstances…

Points forts

- L’efficacité dramatique et l’expressivité de la partition. Ecrite pour un grand orchestre très riche en cuivres et percussions, cette dernière donne à entendre la démesure et la violence d’un livret truffé d’horreurs comme de terribles crises de démence, des meurtres aussi crapuleux que sanglants, une énucléation, et un suicide. Elle reconstitue aussi une des tempêtes les plus impétueuses du répertoire musical.

- La  diversité des langages vocaux. Car, fait exceptionnel dans l’histoire de l’art lyrique, Aribert Reimann a réussi à trouver une ligne vocale différente pour chaque personnage de ce Lear : une verticalité  vertigineuse pour Goneril, une amplitude  toute remplie de frénésie pour Regan, une simplicité expressive pour la douce et pure Cordélia, un timbre grave (baryton) pour Lear.

- La mise en scène de l’espagnol Calixto Bieito. Belle, forte et très subtile en même temps, elle suit le texte du livret au plus près, s’attache à une direction très précise des chanteurs, et cela dans un imposant décor de planches de bois qui se feront, au fil de l’action, arbres faméliques, falaises glissantes ou  murs de cachots sordides.

- La maîtrise de la direction d’orchestre. Assurer un parfait équilibre entre les voix du plateau, les musiciens de la fosse et les percussions installées dans les loges situées à cour et jardin de la scène n’était pas tâche facile. Le chef italien Fabio Luisi l'a remplie avec une sûreté de gestes  qui laisse pantois.

- La qualité de la distribution. Tous les rôles sont tenus au meilleur possible de leur interprétation. La soprano allemande Ricarda Merbeth incarne une Goneril qui évoque Cruella; l’américano-suédoise, Erika Sunnegårdh, est une Regan terrifiante de méchanceté hystérique; quant à la jeune allemande Annette Dasch, elle exhale le doux charisme qu’il faut pour composer une Cordélia idéale.

On garde le plus époustouflant pour la fin de cette énumération : le Lear, à la fois perdu, tyrannique et halluciné, du baryton danois Bo Skovhus. Son engagement physique, sa voix aussi, solide et forte, sans défaillance malgré le poids de son rôle, lui valent, à la fin, d’être acclamé triomphalement.

Points faibles

J'ai beau chercher... Je n’en trouve pas.

En deux mots ...

Si on n‘a pas peur d’affronter une musique contemporaine qui tonitrue, passe du grave le plus extrême à l’aigu le plus strident, alors il faut se précipiter vers ce roi « Lear », qui n‘avait pas été donné à Paris depuis 1982 .

 Cette œuvre déluge, qui plonge le spectateur dans la noirceur de l’âme humaine, et la décrépitude des corps vieillissants, est offerte par une équipe artistique hors pair : chant magnifique, mise en scène attentive, et direction d’orchestre impeccable.

Pour le spectateur, quand une œuvre est ainsi portée à son incandescence, c’est un bonheur (presque) sans équivalent. 

ATTENTION: dernière représentation, le 12 juin.

Une phrase

« La vérité est un chien. On la fouette ». Lear,  partie 1, scène 2.

L'auteur

Né le 4 mars 1936 à Berlin dans une famille de musiciens (père organiste et mère professeur de chant), Aribert Reimann fut un enfant prodige : à dix ans,il composait des lieder pour piano. 

Après une solide formation musicale, il donne ses premiers concerts, en 1957, comme pianiste et accompagnateur. Il accompagnera souvent par la suite de nombreux chanteurs, notamment Dietrich Fischer-Dieskau et Brigitte Fassbaender. 

En 1965, il compose son premier opéra, « Ein Traumspiel », d’après « le Songe » de Strindberg. Tous les opéras qui suivront  seront également basés sur des textes littéraires. Parmi eux, « Le Roi Lear », créé à Munich en 1978, et qui lui apportera la consécration, tant auprès du public que de la critique. A ce jour, cette œuvre a été jouée dans plus de trente productions. 

De 1974 à 1983, ce compositeur éclectique exercera, en plus de toutes ses activités, le métier de professeur de chant contemporain. Il composera aussi de nombreuses pièces de musique de chambre.

Un de ses derniers opéras, « Medea », tiré de la pièce de Franz Grillparzer et créé à Vienne en 2010, a été consacré « World Première of the Year » par le magazine Opernwelt.

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