Opéra-Ballets-Musique

Lohengrin

Un spectacle mémorable tant sur le plan musical que vocal
De Richard Wagner
Mise en scène : Claus Gluth
Avec Jonas Kaufmann, René Pape

Infos & réservation

Opéra de Paris
Place de la Bastille
75012 Paris
Tél. : 0892289090
http://www.operadeparis.fr
Jusqu’au 18 février

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 29 jan . 2017

Recommandation

5,0En prioritéEn priorité

Thème

Inspiré d’une légende médiévale, mais profondément ancré dans le climat romantique de son temps,  « Lohengrin » est une œuvre  symbolique,  qui exprime, chez l’homme, par le truchement d’un héros, mi-humain mi-divin,  l’éternel conflit entre l’amour aveugle et la connaissance. On peut  aussi le comprendre  comme un manifeste qui interroge sur la place de l’artiste dans la société.

L’action se situe à Anvers au X° siècle. Dans un Brabant déchiré par les guerres, une femme,  Elsa von Brabant, est accusée, devant le roi, d’avoir tué son frère, héritier du trône. L ‘accusation est lancée par un de ses ex-prétendants éconduit, Friedrich von Telramund, qui est, en fait, manipulé  par sa méchante épouse Ortrud.

Elsa est condamnée. Mais voici que, sur une barque tirée par un cygne, apparaît un chevalier qui propose à la jeune femme de combattre son accusateur, et de l’épouser, s’il sort gagnant du duel, mais à une condition : qu’elle ne lui demande jamais, ni son nom, ni ses origines. 

Elsa  accepte le pacte...Mais elle  le rompra.. Désespéré, Lohengrin, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’éloignera à jamais…

Points forts

1 L’opéra d’abord, qui est d’une séduction musicale irrésistible. Dans la production de son compositeur, c’est une œuvre charnière.  Certes, pour la première fois, elle  laisse l’orchestre  (et non plus les voix) prendre les rênes du discours musical, mais elle est encore lyrique, pleine de l’élan romantique des opéras  traditionnels de l’époque. C’est sans doute la raison pour laquelle elle fut et reste l’opéra le plus populaire de Wagner.

2 La direction d’orchestre, par Philippe Jordan. On ne cesse de le dire et de le redire, mais cet homme est un magicien. Son charme opère dès les premières mesures, lors du « Prélude » (qui, ici, prend la place de la traditionnelle « ouverture »), d’une transparence et d’une clarté parfaites. Il dirigera tout l’opéra avec cette même aisance, cette même intelligence, cette même élégance, cette même douceur aussi. Le son qu’il tire de son orchestre est éblouissant de beauté et de sensibilité.

3 La  présence de Jonas Kaufmann, enfin de retour après plusieurs mois d’absence pour un problème de cordes vocales. Le ténor le plus demandé du monde assure le rôle titre. Et, il s’y montre époustouflant.  Velouté, émission, tenue, timbre…Sa voix (qu’il semble toutefois ménager pendant les deux premiers actes) est intacte, et sa présence scénique toujours aussi intense. Dans ce Lohengrin, sa beauté sombre et fragile fait merveille. A la fin, dans son récit du Graal, le chanteur réussit même à faire venir les larmes aux yeux d’un public  pourtant réputé difficile.

4 Aux côtés du ténor allemand, la distribution est somptueuse. Le roi  de la basse, René Pape, est magistral, l’Elsa de  la soprano Martina Serafin, souveraine, le Telramund  du baryton basse Tomasz Konieczny,  aussi déterminé que vulnérable. Quant à l’Ortrud de la soprano Evelyn Herlitzius son chant et sa présence ont mis les spectateurs  « KO-debout ».

Points faibles

Certains wagnériens enragés regretteront peut être la transposition de l’œuvre au XIX ° siècle, qui prive Lohengrin des traits héroïques que lui prête  l’imagerie traditionnelle. On pourra leur opposer que cette transposition  se justifie pourtant pleinement, en ce sens qu’avec beaucoup d’intelligence et de beauté, elle place  l’œuvre dans le siècle où elle a été créée. Un coup de canif, plus que  compréhensible puisqu’il nous épargne les mises en images, souvent un peu ridicules, du tralala mythologique.

En deux mots ...

On l’a compris, ce « Lohengrin » ne mérite que des dithyrambes. C’est une soirée, exceptionnelle, mémorable, tant sur le plan musical que vocal, et qui signe le retour sur scène de cet artiste  hors-pair qu’est Jonas Kaufman.

Un extrait

« Lohengrin est l’œuvre d’un compositeur encore jeune. Son interprétation doit rester impétueuse, franche et brillante ». Philippe Jordan, directeur musical de l’Opéra de Paris.

L'auteur

Né le 22 mai 1813 à Leipzig, dans une famille éprise d’art théâtral, Richard Wagner, en plus de ses penchants pour la poésie et la littérature, se prend très tôt de passion pour la musique. Il se forme d’abord essentiellement à l’art de la composition, s’inscrit, en 1831, à l ‘Université de sa ville natale et est nommé, dès 1833, chef des chœurs à Würzburg, année où il compose son premier opéra « Les Fées ».

Après un passage à Riga, il s’installe, pour trois ans, à Paris où il écrit, notamment ,«Le Vaisseau fantôme».

Nommé maître de chapelle à la cour de Saxe, il y crée, en 1845, Tannhäuser » . En 1848, il met un point final à « Lohengrin », mais sa participation à la révolution de mai le contraint à s’exiler en Suisse et l’empêche d’assister à la création de son opéra à Weimar, en 1850. 

Il s’attelle alors à son grand œuvre , «  L’Anneau du Nibelung »( qu’on appelle souvent la Tétralogie), qui lui demandera vingt années de travail, entrecoupées par l’écriture d’autres œuvres, comme, en 1865, « Tristan et Isolde » et en  1868 « Les Maitres Chanteurs ».

Soutenu par Louis II de Bavière, ce compositeur, hors normes à tous les  points de vue, et qui épousa en secondes noces Cosima Liszt, la fille de Franz, finit enfin par trouver la célébrité, l’aisance matérielle et surtout la reconnaissance de ses pairs.

Il achèvera son dernier opéra, «  Parsifal », en 1883, dans la ville de la création de sa tétralogie, Bayreuth. 

Il mourra d’une fluxion de poitrine le 13 février 1883 à Venise, en laissant une œuvre considérable, sur laquelle les musicologues n’ont pas fini de se pencher.

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