Mes Ex

Quand la proie s’avère plus dangereuse que le chasseur. Un roman policier distrayant à défaut d’être captivant
De
Leonora Darlington
Editions Hauteville
Traduction de l’anglais Elodie Coello
Parution le 3 juillet 2023
390 pages
19,95 euros
Notre recommandation
2/5

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Thème

Ce soir, alors qu’ils devraient célébrer leur amour, Natalie et James font chambre à part. Comment a-t-elle pu encore laisser un homme lui faire du mal ? Voilà qu’elle se surprend à tenir un couteau…Mais il ne se passera rien. Pas encore, pas cette fois.

Rien ne va plus entre Natalie et James. Tandis que la fête de pendaison de crémaillère bat son plein au rez-de -chaussée de leur maison, les cris, les gémissements et les larmes se succèdent dans le secret de leur chambre. James a trahi Natalie de la pire des manières et réveillé en elle la terrible colère qu’elle connaît si bien, qui l’envahit et la possède toute entière au point de lui faire parfois perdre jusqu’à la mémoire de ses paroles et de ses actes. Ce nouvel échec s’inscrit tristement dans la succession de ses déboires amoureux. Après Marc, Luca et Georges c’est au tour de James de briser son cœur, de l’humilier, de la renvoyer à son statut de jeune femme noire, issue d’une famille pauvre et dysfonctionnelle dans laquelle l’amour, la tendresse et le soutien le plus élémentaire ont été désespérément absents. Elle n’aura connu de beau dans sa vie que le réconfort d’une amitié désormais lointaine et surtout l’affection de sa sœur Claire, exilée aux Etats Unis, pour échapper à sa condition et tenter de devenir actrice.

 Tout avait pourtant si bien commencé avec James, le séduisant patron de l’entreprise où Natalie travaillait, un conte de fées des temps modernes dont elle avait été l’habile instigatrice. Car Natalie a appris à échapper aux pièges des conventions sociales, elle est passée maîtresse dans l’art de jouer des apparences et de dissimuler les traits d’une inquiétante personnalité, voire des pans entiers de sa vie auxquels seules Claire et Dimple, sa psychothérapeute, ont accès. Ainsi, James, amoureux de l’image qu’elle souhaitait incarner à ses yeux, l’a épousée, sa famille a priori très conservatrice l’a acceptée, malgré ses origines, à l’exception peut-être de son frère Will manifestement peu convaincu par la réussite de cette union. Cependant, James a trahi comme tous les autres avant lui, s’exposant ainsi au pire, à moins que ses actes ne révèlent la face insoupçonnée d’un redoutable prédateur.

Points forts

 Leonora Darlington qui est, comme son héroïne, d’origine ghanéenne, s’est peut-être inspirée de certains éléments autobiographiques pour esquisser le parcours de Natalie. Son roman illustre, en tout cas assez explicitement, une notion essentielle à la sociologie contemporaine, comme aux luttes néoféminstes: l’intersectionnalité. Ce concept très en vogue dans le monde universitaire notamment, permet en effet de mettre en évidence la situation de personnes subissant simultanément toute une série de discriminations. Or, en tant que femme noire issue d’un milieu défavorisé, psychologiquement fragilisée par son histoire familiale, Natalie est pour ainsi destinée au statut de victime et de proie contre lequel elle n’a cessé de se battre en développant des stratégies que l’auteur analyse avec beaucoup de finesse et de pertinence. 

 Si l’intrigue accroche le lecteur d’emblée, c’est autant par le mystère qui plane autour du passé de l’héroïne que du caractère monstrueux des actes que le lecteur est amené à lui imputer.

Quelques réserves

 Le roman ne tient malheureusement pas ses promesses et devient rapidement confus, voire invraisemblable. Afin de faire progresser l’intrigue, l’auteure est amenée à revenir maladroitement sur certains passages d’un récit à plusieurs voix, pour tenter, à grand peine, de lui donner une cohérence qui ne parvient pas à convaincre. Ces remaniements successifs représentent à mon sens une erreur majeure dans le genre du polar.

Encore un mot...

Voici donc un premier roman qu’on pourrait qualifier de polar néoféministe, ce qui en soi, est plutôt original et réjouissant. Parfois le récit flirte avec les codes du roman à l’eau de rose mais pour mieux les détourner, en suggérant que la proie peut s’avérer bien plus dangereuse que le chasseur. L’ensemble reste donc distrayant à défaut d’être captivant, il devrait assez correctement accompagner les langueurs estivales, susceptibles d’émousser les exigences du lecteur.

Une phrase

 “ Un mot affreux existe pour ça, j’ai peur de l’utiliser pour expliquer ce qui s’est passé. Mais quand je le cherche sur internet, voûtée au-dessus de mon téléphone, un grand vide engloutit toutes nos émotions. La définition, la loi, tout concorde. Et quand je repense à cette nuit, à cette année, voire ces deux dernières années, j’ouvre enfin les yeux sur tout ce que je refusais de voir. Je comprends qu’hier soir il a voulu me punir, me rappeler où est ma place dans ce couple. J’entends presque les aboiements débiles d’un animateur de ses podcasts lui rappelant que « Parfois, tu dois montrer à ta copine qui est le patron ». Je me sens idiote de ne pas l’avoir vu plutôt, ce noyau dur au fond de lui, ce besoin de domination caché sous des atours d’encouragement et de soutien.

 Mais je ne lui montre rien, je ne lui en parle pas. Parce que, pour la première fois, je m’aperçois que je ne suis pas le seul monstre dans mon couple.” P. 100

L'auteur

Née en 1992, Leodora Darlington est londonienne, d’origine ghanéenne. Elle a suivi des cours d’écriture à l’université sous la direction d’écrivains reconnus et exerce le métier d’éditrice spécialisée dans la fiction. Mes ex est son premier roman.

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