Misericordia

Une maison de retraite. Un hymne à la résistance, à l'espoir et à la vie. Prix Médicis étranger 2023.
De
Lidia Jorge
Métailié
Traduit du portugais par Elisabeth Monteiro
Publication le 18 août 2023
413 pages
22,50 Euros
Notre recommandation
3/5

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Lu / Vu par

Thème

Nous sommes au Portugal , à l’Hôtel Paradis, une maison de retraite.
ona Alberta, une femme âgée, enregistre sur un magnétophone son quotidien, ses pensées. Son corps lâche (mains, jambes) mais sa mémoire est intacte, presque toujours fiable, son esprit est vif et son imagination fertile.

Dona Alberta livre ainsi son constat sur la vie, les hommes et les femmes qui l’entourent, le monde tel qu’il va. Elle parle de son amour pour sa fille mais aussi de son combat contre la « Nuit » qui rôde de plus en plus.

« Les vieux ont encore une vie sociale » nous assène Dona Alberta.

Points forts

  • L’émotion à suivre les personnages attachants : les soignant(e)s, Dona Joaninha l’amie facilement amoureuse, Monsieur To « le révolutionnaire ».
  • Les évènements du quotidien bien relatés : les soins, les repas, le déroulement de ces journées bien souvent identiques.
  • La relation d’amour de cette mère pour sa fille écrivaine en lui prodiguant des conseils.

Chaque chapitre est une histoire nous plongeant dans la réalité d’une maison de retraite : de beaux moments, des difficultés tant dans la gestion du personnel que dans la relation entre résidents, les mesquineries.

Quelques réserves

Un sujet difficile d’être dans le quotidien d’une maison de retraite, et quelques longueurs.

Encore un mot...

Dona Alberta Nunès Amado est installée à l’Hôtel Paradis, nom incroyable pour une maison de retraite. Elle enregistre sur un magnétophone son « journal » pendant un an. Sa fille, l’auteure, va retranscrire ce quotidien .

En chapitres indépendants, c’est donc chaque jour une nouvelle histoire dans la vie de cette vieille dame. Rites immuables avec les toilettes plus ou moins rapides chaque matin avant de rejoindre dans son fauteuil roulant les autres résidents alignés dans le hall, ou installés autour des tables, essentiellement ses amies « les veuves » !

Avec grande acuité, elle narre les difficultés dans la gestion du personnel : soignants peu nombreux, mal payés, et quittant ce travail. Beaucoup d’humour pour décrire les repas et les conversations;  les amitiés mais aussi les histoires d’amour de son amie Dona Joaninha. Nous partageons son effroi et ses pensées noires lorsqu’elle constate des habits volés et surtout « un précieux message ». Après une impressionnante invasion de fourmis qui aura bousculé activités et relations, c’est la terrible arrivée du Covid : résidents et personnel sont touchés, des brancards quittent l’établissement; un manque d’informations et Dona Alberta reproche cette infantilisation. Leur vie communautaire est totalement bouleversée.

Au-delà du quotidien de l’Hôtel Paradis, ce sont toutes sortes de réflexions qui nous interpellent. Est-ce un roman ? ou un récit ?  A travers une mise en scène de ces hommes et femmes vulnérables, les pensées de ce personnage âgé, il y a un autre personnage : la vieillesse, la fin de vie. Comment l’aborder ?

Dona Alberta est une vieille dame forte : elle ne suit plus les nouvelles car elle ne croit plus que le monde puisse changer. Mais elle pense que les anciens ont une vie «  malgré leur installation en maison de retraite » : oui il existe de belles histoires d’amitié, d’amour et de solidarité.  Elle note ses sautes d’humeur « il n’y a plus rien qui ne soit qu’à moi, ni mon corps, ni mon esprit ».

C’est aussi une mère pleine d’amour pour sa fille ; elle « la bouscule, l’houspille » en prodiguant des conseils à cette fille écrivaine. Au cœur du récit, on la suit dans la douce évocation de ses souvenirs de jeunesse, dans le souvenir de ses parents mais aussi dans l’absence du père et de son premier amour.  

Au cours de ma lecture, le sujet me paraissait parfois sinistre, suscitant un certain sentiment d’inquiétude : la vieillesse, les maisons de retraite. Il y a plus joyeux ! Et puis j’écoutais cette Dona Alberta avec sa force pour résister à la Nuit, ne pas se laisser faire par cette Nuit qui symbolise la Mort, cette adversaire légitime. Suivre cette femme qui croit à la vie, aux rêves.

Une phrase

  •  « Quand je me suis réveillée, elle était assise sur le lit d’à côté, à me regarder. J’aurais dû être surprise mais non, j’ai trouvé que c’était juste, qu’elle me devait ce regard d’amour filial. J’ai fermé les yeux et accepté qu’elle veille sur moi comme je l’avais fait sur elle au début de sa vie. Le temps nous avait changées de place, comme il se doit. » p. 287
  • « Parce que nous remplissons les quatre saisons de notre vie avec les cercles des vies des autres. Chacune de nos vies peut contenir mille, deux mille ans de vie en ajoutant le récit de la vie des autres qu’on croise sans arrêt » p. 288

L'auteur

Lidia Jorge est portugaise et vit à Lisbonne. Diplômée en philologie romane, elle se consacre à l’enseignement puis à l’écriture. Ses œuvres (romans, nouvelles, poésies) sont publiées dans le monde entier. Parmi ses romans édités chez Métailié, il faut citer Rivages des murmures (1989) ;  La couverture du soldat (2000) ; le vent qui siffle dans les grues (2004) ; Nous combattons l’ombre (2008) ; La nuit des femmes qui chantent (2012) et Mémorables (2015).

Commentaires

Hélène
lun 12/02/2024 - 17:16

Sujet qui peut paraître rébarbatif, mais traité avec beaucoup d'humour et de poésie
Recommandation ❤️❤️❤️❤️❤️

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