Histoires de la nuit

Polar, mais littéraire avant tout.
De
Laurent Mauvignier
Editions de Minuit -
635 pages -
24 €
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

Un hameau isolé, un chien, deux maisons, trois générations, quatre occupants … avec leurs forces et leurs faiblesses, leurs histoires anciennes et leurs mystères : Christine, une peintre venue de la ville s’installer à l’écart du monde et la famille Bergogne, le père Patrice qui peine à faire vivre sa petite exploitation, sa femme Marion, distante et employée dans une imprimerie et leur petite fille Ida.

Et puis un jour, trois hommes débarquent, trois frères … On va progressivement comprendre qu’ils n’ont pas fait le voyage pour rien.

Sur une trame très simple, l’irruption du passé venant solder les comptes, Laurent Mauvignier construit patiemment sur plus de 600 pages passionnantes un thriller rural et fermier sans flic mais avec un suspense étouffant qui grandit jusqu’à la scène finale …

Points forts

Laurent Mauvignier crée un quasi huis clos proche du théâtre, genre dans lequel l’auteur a fait trois incursions dans les années 2010. Il prend le temps d’installer ses personnages et de les regarder vivre le temps d’une journée. Le rythme est lent, le temps est étiré, fragmenté comme dans un film de Spielberg pour nous imprégner de l’histoire et la psychologie de ses personnages. Le cadre est épuré mais le récit déjà tragique dès les premières pages.

L’humiliation est au cœur de l’histoire et le moteur du récit. Les failles des personnages apparaissent au fur et à mesure que la journée avance. L’ambiance s’alourdit, la violence attendue fait lentement irruption, longtemps tenue à distance avant d’éclater.

Laurent Mauvignier a conçu une mécanique implacable qui fait surgir puis grandir un malaise qui gagne chacun des personnages et les fait vaciller inexorablement.

L’écriture de Laurent Mauvignier atteint ici une perfection dans l’ampleur qu’il donne à son récit, le dilatant à l’extrême pour décrire les situations et les sentiments de ses personnages. L’action lui sert à s’intéresser à leur histoire et aux interactions qui les unissent ou les éloignent. Il détourne les codes du polar – on pourrait même parler de néo polar dans la lignée de Jean-Patrick Manchette – pour introduire des éléments fictionnels qui donnent une épaisseur inattendu à chacun de ses personnages grâce à une plongée au tréfonds de leur intériorité.

Quelques réserves

Ce n’est pas long, c’est lent comme un film japonais, mais pourtant le suspense donne en permanence l’envie de tourner les pages. On voudrait aller plus vite mais l’auteur nous tient par le rythme qu’il impose au récit.

Encore un mot...

Un roman policier est souvent une très bonne manière de nous parler, l’air de rien, de la société et des souffrances de l’âme. On guette une adaptation au cinéma avec envie.

Une phrase

« Bientôt. Mais bientôt aussi, les coups de feu. Bientôt il y aura la mort qui s’invitera dans le hameau comme elle s’invite partout, car elle est partout chez elle, chez elle quand elle veut, prenant ses aises dans les appartements où elle n’avait jamais posé les pieds ni daigné lancer un coup d’œil ; soudain chez elle comme une reine sans pudeur et sans gêne, vaguement obscène, laissant hagards et démunis tous ceux qui avaient cru un instant qu’elle les avait oubliés.

Bientôt : sept coups de feu claquant dans le vide de la nuit, dont quatre toucheront leur cible, les autre se perdant quelque part dans un meuble ou une cloison. » (page 584)

L'auteur

Histoires de la nuit est le dixième roman de Laurent Mauvignier, né en 1967 à Tours. Son œuvre, publiée aux Editions de minuit, est également riche de deux essais, deux scenarii de télévision et trois pièces de théâtre.

Son univers est peuplé d’êtres en prise avec le réel, qui tentent de vivre leurs rêves malgré l’impossibilité que leur impose la vie, et qui tentent de surmonter leurs traumatismes, qu’ils soient personnels ou collectifs.

Le 11 novembre devait sortir au cinéma Des hommes, réalisé par Lucas Belvaux, d’après son roman éponyme.

Commentaires

Dan
lun 08/02/2021 - 07:53

Je n'ai pas aimé le style littéraire et l'histoire n'a pas suffit à me donner envie de reprendre la lecture. Je me suis contraint à le finir mais sans plaisir.

madou
ven 12/02/2021 - 09:44

la lenteur, pour ne pas dire le "délayage", m'a fait abandonner ce pavé bien avant la fin. Dommage.

Denis
ven 21/05/2021 - 22:16

Pénible. Synopsis de cinéma, 25 pages, en faire 640, chapeau. Et tant pis pour le lecteur.

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