Les recyclés
Parution en janvier 2026
240 pages
19 euros (13,99 euros en téléchargement)
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Thème
Et si l’on recyclait les êtres humains comme de simples objets ? C’est l’idée troublante que développe ici Georges-Olivier Châteaureynaud. Ceux qui sont devenus inutiles, encombrants ou simplement fatigués de vivre, sont « recyclés ». On les conduit alors dans un centre où ils abandonnent leur ancienne existence, leur nom, leur passé, pour devenir des êtres disponibles, prêts à être adoptés et réintroduits dans une nouvelle vie.
Points forts
- Un climat : Châteaureynaud excelle à installer un climat très particulier. Dans ce centre de recyclage plane une atmosphère familière. Quiconque a déjà fréquenté une administration reconnaîtra cette lenteur procédurière et ce goût immodéré pour les dossiers, où les formalités semblent parfois compter davantage que les personnes. À l’opposé, l’épisode de la « surprise-partie » est restitué avec une justesse savoureuse. On y retrouve l’embarras, la fausse gaieté et la maladresse d’une soirée qui voudrait être festive mais qui évoque plutôt ces réunions étudiantes un peu ternes, où l’enthousiasme sonne faux et où chacun cherche vaguement sa place.
- Le style : Châteaureynaud adopte une écriture soignée, presque classique, enrichie d’un vocabulaire précis et de nombreuses citations latines qui accentuent l’étrangeté du récit.
Quelques réserves
- Le protagoniste ne m’a pas séduit : On comprend sans peine les tourments existentiels qui l’habitent, mais cette mélancolie obstinée finit par maintenir le lecteur à distance. On se surprend à penser qu’une psychothérapie, accompagnée d’antidépresseurs, lui ferait le plus grand bien. D’ailleurs, le personnage lui-même cherche une forme d’anesthésie, en noyant à deux reprises son malaise dans le whisky.
- La fin : autant le début du roman prend son temps, autant il s’accélère soudain, comme si le temps venait à manquer. Cette précipitation donne une impression un peu étrange, presque d’inachèvement. Les rebondissements des dernières pages paraissent alors moins convaincants et peinent à emporter l’adhésion.
Encore un mot...
Le pitch séduit immédiatement. Appliquer aux êtres humains les mécanismes de tri des objets est à la fois absurde et profondément troublant. Peu à peu, le projet initial se dissout au profit d’une analyse psychologique. L’auteur s’attache surtout à décrire un intellectuel désajusté et un petit groupe de “recyclés”. Ceux-ci ressemblent davantage à des lycéens internes un peu excités à l’idée de faire le mur qu’à des individus réellement broyés par un système. Quant au dispositif lui-même, il demeure finalement assez flou. Dans cette veine, on préfèrera la scène de la foire aux vieux imaginée par Boris Vian dans L’Arrache-Cœur, bien plus brutale et saisissante, mais aussi plus radicale dans sa façon de pousser le raisonnement jusqu’au bout. Une idée brillante donc, mais un roman qui, à mes yeux, n’en exploite pas toutes les promesses.
Une phrase
“ Apparaissent la dame du troisième gauche et sa fille. La mère, la trentaine, a le visage fermé comme souvent. La petite n’en mène pas large. Ce n’est pourtant pas son genre. Douze ans, de l’avis général mal élevée. Personne ne l’aime. Elle fait tout pour.” P.2
L'auteur
Georges-Olivier Châteaureynaud est un romancier et nouvelliste français né à Paris en 1947. Il s’est fait connaître avec La Faculté des songes, couronné par le prix Renaudot en 1982. Parallèlement à son travail d’écrivain, il joue un rôle actif dans la vie littéraire française, notamment comme secrétaire général du prix Renaudot, fonction qui le place depuis de nombreuses années au cœur de l’actualité éditoriale.
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