L’oiseau qui avait le vertige

Un polar - ou plutôt un pamphlet - qui dézingue notre société occidentale. A lire avec un grand plaisir et…une pointe d'inquiétude !
De
François Cérésa
L’Archipel
Parution le 10 février 2022,
254 pages
18 €
Notre recommandation
4/5

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Lu / Vu par

Thème

Cérésa mélange les genres pour faire le procès sans appel de notre société. Son roman policier, dont la trame s’inspire de Dix petits nègres, parle un argot moderne comme Frédéric Dard en son temps ; sont évoqués aussi Michel Houellebecq et sa peinture de notre immoralité, l’histoire de La Révolution française ( Francois Furet ) pour un parallèle terrifiant, avec des réflexions philosophiques et critiques et, bien sur, en toile de fond la littérature.

Il faut lire comme un pamphlet ce polar qui commence comme un roman noir américain et se termine comme un James Bond.

Points forts

  • Ça commence très fort : le récit d’un crime particulièrement odieux.
    La qualité du style, vif, haletant, halluciné, nous amène à la limite de l’insupportable. C’est digne de Massacre à la tronçonneuse
    Pour le reste, on aime la dénonciation moqueuse des tics du langage moderne ( on est "sur du” quelque chose, on a envie de dire, etc…).
    Sont ensuite épinglés tous les travers d’une société "hyper" protégée où dominent le sexe sous toutes ses formes et le narcissisme stérile. Dans cette société il n’y a ni bons ni méchants ; méchants, ils le sont tous, y compris le juge et le policier. Il ne leur reste plus que l’auto-destruction.
    Seuls le tueur et la gendarmette sont à sauver !
  • Tout y passe : d’abord, à tout seigneur tout honneur, le vieil écrivain gorgé d’admiration pour lui même, libidineux comme les autres avec sa poule de service, les deux jeunes de la pub, creux comme un vase sans fond, inexistants hors le look, le vieil homosexuel baraqué qui a fait son coming out avec son giton, le petit marocain de service convoité par le pédéraste, le terroriste fondamentaliste, l’insuffisant mental mais obsédé lui aussi, sa mère "obèsifiée" par son malheur, le médecin revenu de tout qui invite même le covid pour encore plus d’angoisse, le politicien véreux et cynique, un grand noir évidemment à la plonge pour alimenter le racisme ambiant, le cuistot alcoolique et, enfin, les filles, toutes plus belles les unes que les autres et passionnées par leur corps qu’elles offrent en toute liberté.
  • Le cadre c’est la religion du bien-être, un hôtel de luxe sur un îlot breton, intempéries à l’extérieur et massages, pierres chaudes, sauna et plus à l’intérieur ; le restaurant est évidemment faussement gastronomique avec très peu dans l’assiette, pour la forme, bonne dégustation !
    Unité de lieu, de temps et d’action, c’est du classique ; le tout en musique avec La force du destin de Verdi.

Quelques réserves

Le lecteur qui est parti, séance tenante, pour un polar haletant découvre vite que là n’est pas l’objet du livre et qu’il va falloir regarder en face ce microcosme décrit avec outrance comme une caricature méchante et méprisante. A tel point que l’on se met à redouter qu’il ne tombe entre les mains de Poutine dont il alimenterait à l’envi la haine de l’Occident.

Encore un mot...

François Cérésa dézingue notre société du bien-être et de l’inculture en mélangeant les genres littéraires pour notre plaisir mais en nous inquiétant profondément par sa verve pamphlétaire.

Une phrase

«  Emir Karlovic sait que nous ne sommes pas simples, ni doubles, ni triples. Nous sommes une infinité de gens. Il faut se résoudre à mettre et ôter des masques pour adapter notre visage à l’esprit de celui qui nous entretient. Emir Karlovic connaît le malheur, l’effort, le risque, la privation, la solitude. Il sait que les personnages que nous sommes vraiment naissent de notre solitude. Une vie dans laquelle il n’y a pas de solitude est une vie sans force et sans intérêt. Et c’est dans la solitude que les idées prennent possession de nous. Prêtes à bondir sur nous à tout moment et à nous asservir à elles. »

L'auteur

Journaliste et écrivain, François Cérésa, né en 1953, a reçu le prix Michel Déon de l'Académie française pour l’ensemble de son œuvre.
Il a été rédacteur en chef du Nouvel Observateur, il est directeur de la rédaction de Service littéraire et a publié une vingtaine de romans.

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