Ouragans tropicaux

Intrigues policières dans le Cuba d’hier et le Cuba d’aujourd’hui. Un polar distrayant et un portrait historique et sociologique d’une île sous le soleil
De
Leonardo Padura
Métailié
Traduit par René Solis
Parution le 1er septembre 2023
488 pages
23,50 €
Notre recommandation
3/5

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Thème

Fidèle à ses précédents romans, Padura nous fait vivre Cuba ; Cuba d’hier et Cuba d’aujourd’hui.

Il en fait ici la synthèse puisque deux intrigues policières se déroulent dans le même roman, à plus de cent ans d’intervalle.

Celle d’aujourd’hui met en scène le héros de toujours de Padura : Mario Conde le flic, devenu maintenant ancien flic et bouquiniste.

Puis l’histoire qu’écrit Conde lui-même en faisant vivre un personnage du même genre dans les années 1910. Il se raconte, lui, à la première personne du sujet.

Ces deux intrigues sont l’heureux prétexte pour faire le portrait de la société cubaine à un siècle de distance : très riche et corrompue autrefois, au moins pour l’élite, élite amenuisée aujourd’hui, et le reste encore plus pauvre, avec système D à tous les niveaux.

C’est dans ce contexte qu’arrive l’espoir trop grand suscité par le voyage d’Obama et le concert des Rolling Stones ; ces deux événements occupent une place primordiale dans le livre.

Points forts

Il nous paraît extraordinaire que le régime cubain actuel tolère la vision particulièrement critique de l’état de la société cubaine dans lequel l’ont plongé plus de soixante années de communisme ; l’extrême pauvreté s’accompagnant des relents de la corruption liée aux grandes heures de la révolution qui avait, au moins officiellement, pour but de combattre celle des régimes antérieurs.

Depuis l’effondrement de l’URSS, le régime semble s’assouplir quelque peu avec le développement du tourisme, mais le relatif accroissement du niveau de vie s’accompagne de la poussée des inégalités.

Cela peut malgré tout paraître positif mais Padura ne le croit pas et craint, manifestement, les retours de bâton. Il montre que beaucoup de Cubains ne pensent encore qu’à quitter un pays qu’ils adorent pourtant tous.

Sa démarche n’en est que plus courageuse.

En tous cas la lecture de ce roman est pour nous une chance d’avoir accès à une forme de vérité sociologique et politique sur cette île dont le destin est tout sauf banal. Et le suspens des deux intrigues policières qui se croisent nous rend cette lecture facile et distrayante.

Malgré la pauvreté et probablement peut être grâce à elle, l’auteur dépeint une société fraternelle d’entraide et d’amitié, d’amours aussi, raisons pour lesquelles chacun de ses livres est pour lui l’occasion de dire l’amour de son pays, au-delà de toutes les critiques qui naissent de sa grande lucidité.

Padura aime l’amour et l’amitié, le sexe aussi, qui sont manifestement les seules denrées qui ne manquent pas à Cuba.

Quelques réserves

Padura est un écrivain lent et long. Heureusement ses enquêtes policières bien menées nous ménagent un suspens suffisant pour éviter l’ennui.

Les scènes de sexe assez nombreuses sont très précises et choqueraient si l’on ne sentait pas qu’elles sont primordiales sous le soleil de cette île qui devrait être un paradis sur terre.

Encore un mot...

Deux intrigues policières qui se croisent à un siècle de distance à Cuba, nous ménagent avec suspens une peinture historique et actuelle d’une île et de ses habitants au destin tissé de bonheur et de souffrances extrêmes.

Une phrase

" Obama à Cuba. La Havane est en ébullition. Des armées de journalistes, d’hommes d’affaires, de touristes, de curieux. Enthousiastes, optimistes, nihilistes. Meurtris et pleins d’espoir. Et beaucoup de flics. De toutes les polices. Les gens collés à la télé. On sait qu’Obama s’entretient avec des dissidents, avec des entrepreneurs, on le voit en réunion avec les dirigeants cubains. Tu as vu, Obama, tous les cheveux blancs qu’il a.
Obama il rit toujours, tu as vu, sacrée belle plante, la Michelle. Une visite historique, très bien. Avec les classiques tambours et trompettes. Et qu’est-ce que l’Histoire retiendra? Quelque chose va changer? " Page 316

L'auteur

Leonardo Padura, journaliste et écrivain, est né à La Havane en 1955 où il continue à vivre malgré les critiques du régime politique cubain auxquelles il se livre avec courage dans ses livres.

Mais c’est l’amour de son pays et de ses compatriotes qui le caractérise.

Il est particulièrement connu pour son roman L’Homme qui aimait les chiens (Métailié, 2011), remarquable mise en scène de la traque et de l’assassinat de Trotski, et Poussière dans le vent (Métailié, 2021), chronique d’une bande d’amis cubains qui illustre les affres des exilés de ce pays duquel on ne peut s’arracher. 

Sur Culture-tops, Poussière dans le vent

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