Trace

Courir pour, peut-être, ne plus dealer. Un roman intense et attachant
De
Geneviève Damas
Notre recommandation
4/5

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Thème

Seule fille évoluant dans le monde cruel du commerce de la drogue, Farkass n’a qu’une arme pour échapper à la violence masculine : la course. Dans les couloirs défraîchis d’une cité ou dans les ruelles sombres, l’adolescente accélère, se faufile et s’échappe. Ses qualités sportives exceptionnelles finissent par attirer l’attention d’un professeur de sport. Une autre perspective s’ouvre alors à elle...

Points forts

  • Un style original : l’écriture emprunte aux sonorités et aux tournures du langage des rues. Ce choix apporte une énergie brute, beaucoup de rythme et une vraie spontanéité. Les phrases semblent courir, presque au même souffle que la protagoniste. Cette langue nerveuse rappelle parfois celle qu’Émile Zola utilisait dans L’Assommoir pour restituer la parole populaire.
  • Farkass n’est pas seulement courageuse : elle observe, comprend, calcule. Cette lucidité précoce la rend à la fois impressionnante et profondément fragile. Son intelligence instinctive ajoutée à sa résistance à la douleur lui permet de se sortir de bien des situations délicates. C’est sans doute cette force mêlée de fragilité qui la rend si touchante et qui donne envie de rester avec elle jusqu’au bout.
  • De nombreux rebondissements : à mesure que l’intrigue progresse, les événements basculent sans cesse, faisant vaciller l’existence de la lycéenne. La tension permanente imprime un rythme soutenu et renforce l’impression d’urgence qui traverse tout le livre. On avance avec la sensation que tout peut changer à chaque instant, ce qui nous tient constamment en haleine.

Quelques réserves

Une fin des plus étonnantes : l’histoire s’interrompt presque brutalement, au beau milieu d’une action. L’incertitude peut intriguer, mais elle peut aussi laisser une impression d’inachevé. Après une intrigue aussi intense, ce dernier chapitre laisse une impression de frustration, tant on aurait aimé accompagner Farkass plus loin.

Encore un mot...

Ce récit nous entraîne dans un univers interlope, celui des dealers et de leurs règles tacites, où s’entremêlent loyauté, peur et violence. L'auteure y décrit aussi les mères, souvent meurtries et enfermées dans des relations dominées par les hommes, ainsi que les professeurs, démunis face à ces adolescents dont ils méconnaissent la réalité quotidienne. Les pages se tournent frénétiquement tant le destin de cette héroïne moderne fascine. Si le talent d’un écrivain se mesure à sa capacité à tenir son lecteur à bout de souffle avec les sprints de son personnage, alors Geneviève Damas mérite assurément un podium.

Une phrase

“ On commençait par sport. Il faisait froid. Dans le vestiaire, j’ai demandé à Maria : « Couturier n’emmène quand même pas nos couilles dehors ? » Elle a haussé les épaules : « Qu’est-ce que tu crois, la revenante ? » Je l’ai poussé contre le mur. Sur le terrain de foot, Couturier m’a captée tout de suite : « Qui voilà ? » J’ai répondu que je passais dans le coin, autant dire bonjour et il a ri. ” P.6

L'auteur

Née en 1970 à Bruxelles, Geneviève Damas est une romancière, dramaturge et metteuse en scène belge. Formée au théâtre, elle s’est d’abord consacrée à l’écriture dramatique et à la mise en scène, signant de nombreuses pièces avant de se tourner vers le roman. Si tu passes la rivière (L. Wilquin, 2011) a rencontré un large succès critique et a été récompensé par le prestigieux Prix Victor Rossel ainsi que par le Prix des cinq continents de la Francophonie.

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