Grenouille

A chacun son deuil
De
Charline Curtelin
DUREE : 1H15
Mise en scène
Charline Curtelin
Avec
Mathilde Augustak
Notre recommandation
2/5

Infos & réservation

Théâtre Les Déchargeurs
3 rue des déchargeurs
75001
Paris
01.42.36.00.50
Du 02/03/2023 au 25/03/2023 Jeudi, Vendredi, Samedi à 19H00

Thème

  • Dans l’appartement vide de son amour, Raphaëlle se retrouve seule face à la mort de Myriam, sa compagne. Emmurée dans son silence, la jeune femme remarque la présence d’une grenouille dans la pièce. Commence alors un long et doux moment de consolation entre elle et l’animal, qui se fait réceptacle de sa douleur.
  • Au contact de cette créature aux pouvoirs étonnants, Raphaëlle entre en connexion avec ces « êtres en attente de qualification », fantômes et souvenirs qui se mettent à envahir son quotidien.

Points forts

  • Une très belle scénographie. Il y a une vraie proposition artistique dans le dispositif scénique et sonore. Marthe Lepeltier et Robin Emptone nous offrent un univers fort, porté par l’esthétisme de la lumière et du son.
  • Le propos est ambitieux et il y a dans l’écriture des fulgurances poétiques qui dessinent de belles images. L’autrice aime la langue travaillée, et atteint parfois le lyrisme du quotidien cher à Koltès.

Quelques réserves

  • Une dramaturgie trop lente, qui n’offre qu’un miroir dans lequel on a du mal à se refléter. Une longue plainte d’amour et de regrets tient lieu ici de dramaturgie.
  • L’enthousiasme de la plume s’échappe trop souvent dans un patchwork de pensées et de formules dont on discerne vite les différentes influences littéraires. Or on ne peut se contenter d’un livre d’images, et cet album inachevé des déchirures du cœur n’offre pas de réelle rédemption.  
  • Si la comédienne Mathilde Augustak est talentueuse et dotée d’un joli timbre de voix, quel est le message qu’on la charge de transmettre dans cette histoire d’amour consumée ? Si le début est prometteur, la longue tentative de catharsis souvent répétitive est désordonnée et manque un peu d’évolution.

Encore un mot...

  • On discerne dans cette nouvelle génération de dramaturges une nécessité d’explorer la douleur, comme si l’horizon du futur ne pouvait se conjuguer qu’au noir. Demain a du mal à faire rimer ni avec rêve, ni avec enchantement. Certes la perte d’un être cher est le bouleversement de l’intimité, la remise en cause d’une part de soi qu’on doit abandonner, mais peut-on mourir d’amour ? … Non ! 
  • On voudrait être plus empathique et participer plus à la douleur de cette jeune femme-enfant au destin brisé. A chacun son deuil, le voyage n’est pas aisé, mais, si le cœur vous en dit, tentez la traversée dans cette barque du Styx au Déchargeurs ...

Une phrase

Raphaëlle [s’adressant à la grenouille] : « Tu connais la terre ? Je veux dire, tu es plus proche de la terre que je ne le suis, avec tes quatre pattes dedans. Qu’est-ce que ça sent ? Je veux dire, quand on est tout près de la terre, qu’est-ce que ça sent ? Comment on se sent, tout près de la terre, allongée dans la terre ? Quand j’étais petite, je descendais dans des grottes immenses, des voûtes étoilées autour de ma tête, le son des gouttes qui s’écrase contre la pierre, et là, à cet endroit, ce sentiment immense d’être enfin en sécurité, au moment précis où l’air me manquait. Tu dois avoir l’âge des roches de mon enfance, on te dit immortelle... Immortelle, à quoi bon vivre ? Tu seras celle qui reste. Après l’apocalypse. Si je t’embrasse, tu me rendras ma princesse ? 

Raphaëlle : Arides, mes yeux sont asséchés, comme si les larmes n'avaient jamais pu passer par là. Ça reste coincé quelque part, à l’endroit de la tristesse. Dans le bassin, dans les pommettes, entre les hanches peut-être. Comment on la retrouve ? Tu penses que je peux l’attraper ? J’aimerais bien lui faire sa fête. C’est peut-être à cet endroit qu’on retrouve le courage. » 

 

L'auteur

  • Après une classe préparatoire littéraire, un Master de Recherche en Cinéma à la Sorbonne-Nouvelle et une formation en jeu dans les conservatoires d’arrondissements de Paris, Charline Curtelin se tourne vers la mise en scène. Elle co-fonde la Compagnie des Humeurs Massacrantes, qui devient un terrain d’exploration rassemblant différent.es artistes pour immerger les spectateur·rices dans la fiction. 
  • La Compagnie crée son premier spectacle - Danser n'est pas un crime - soutenu par Le Carreau du Temple, et présenté notamment au Monfort Théâtre, au Théâtre des Miroirs à Cherbourg, et à Vitry-sur-Seine. 
  • Elle mène également de nombreuses actions de transmission auprès des enfants, des adolescent.es et des personnes agé.es. Lors de son cursus Mise en scène à La Manufacture - Haute École des Arts de la scène,  Charline aiguise son regard auprès de metteur·es en scène comme Aurélie Van Den Daele, Guillaume Béguin et Olivia Csiky Trnka, et propose une adaptation libre d’Intérieur de Maeterlinck (créé au Théâtre de L’Union à Limoges, et repris au CNSAD à l'automne 2022). 
  • En parallèle avec ses activités théâtrales, elle se lance dans la réalisation de son premier podcast J'aime les filles* sélectionné pour le Paris Podcast Festival, et obtient la bourse Gulliver pour sa prochaine production Les yeux qui brûlent.

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