La folle et inconvenante histoire des femmes

La parole enfin donnée aux “grandes muettes"
De
Laura Léoni
Durée : 1h10
Mise en scène
Laëtitia Gonzalbes
Avec
Diane Prost
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Le Funambule Montmartre
53, rue des Saules
75018
Paris
01 42 23 88 83
Jusqu’au 30 janvier 2024 Les lundis et mardis à 19h ou 21h (selon les semaines)

Thème

  •  Une jeune fille monologue devant le cercueil de sa chère « mamie », historienne de profession et confidente de sa petite-fille, mais pas au point où cette dernière a osé lui révéler sa lesbianité.
  • Partant de cet empêchement, le spectacle remonte le temps et déroule une histoire marquée par la domination et l’oppression des femmes, dont la question saphique est un bon révélateur.
  • À chaque époque, la situation des femmes, une fois contextualisée, est traitée avec humour (n’est-ce pas « la politesse du désespoir » ?), empathie et exubérance, et n’exclut pas des écarts de langage, qui font mouche la plupart du temps.

Points forts

  •  Ce one woman show repose sur Diane Prost, qui convainc à endosser le rôle de femmes à différentes époques. L’expressivité, la sensibilité et la mobilité de cette comédienne sont tout à fait remarquables, et aucune scène ne semble assez grande pour elle. Dans ses remerciements, la comédienne rappelle son impatience à remonter sur scène, une fois la parenthèse du confinement (provisoirement ?) refermée. Au vu de l’énergie qu’elle déploie, on la croit sur parole.
  • Par ailleurs, avec des moyens assez modestes - un déshabillé et une serviette éponge - les conceptrices du spectacle réussissent à nous plonger dans des époques variées, ce qui n’est pas rien.
  • Ce spectacle, relativement bref (1h10), échappe largement aux écueils qui se présentaient à lui : des tableaux historiques successifs factuellement exacts mais souvent indigestes, ou la geste militante virulente et par trop simplificatrice.

Quelques réserves

  • On s’amuse des formules anachroniques (sur la découverte du clitoris par un certain Colombo, homonyme du célèbre inspecteur) ou purement inventées (ainsi ce dialogue entre moniales dans un couvent médiéval : « Pas besoin d’hommes, ma sœur, on a des cierges...»), mais est-il pertinent d’évoquer les femmes sous la Révolution française en projetant La Liberté guidant le Peuple, qui célèbre celle de 1830 ?
  • La pièce fait avec les moyens du bord certes, mais le graphisme projeté sur l’écran en arrière-plan laisse tout de même à désirer...
  • L’engagement assumé de cette Folle histoire l’expose à quelques réfutations, au moins sur deux points. Évoquer des « travailleuses du sexe » et non des prostituées sonne curieusement ; si tel est bien le cas, les proxénètes deviennent ipso facto des chefs d’entreprise, ce qui leur évite les foudres de la justice. Cette approche trahit une conception libérale très anglo-saxonne, visant à considérer que le corps (ici, celui des femmes), marchandise comme une autre, peut donner lieu à des transactions... Ce qualificatif fait l’impasse sur les effets de discours, et notamment la question des fonctions réparatrices d’un terme, qui, revendiqué par les prostitué-e-s (le plus souvent dans le cadre de leur activité, et beaucoup moins après), donne une assise et une légitimité indispensables pour « tenir » psychologiquement dans le commerce fait d’un corps forcé. Autre exemple, où l’on frôle la contradiction ouverte : après avoir (assez justement) noté que le voile porté par les femmes au Moyen-âge « marque l’autorité [patriarcale] dont elles dépendent », voilà qu’en plein XXe siècle, peu importe désormais que femmes et féministes portent ou non le voile. Ce dernier est à présent débarrassé de toute connotation impliquant la domination masculine... mais est-ce si sûr que cela au regard des sociétés dans lequel l’usage persiste ?

Encore un mot...

  • Une Folle histoire qui tourne le dos à Rousseau, pour qui « La femme observe et l’homme raisonne », et se réclame de la sentence selon laquelle « ce n’est pas parce que l’on ne parle pas des choses qu’elles n’existent pas ».

Une phrase

Laura Léoni, chroniqueuse occasionnelle au service culturel de L’Humanité, est surtout comédienne et dramaturge. Ses premiers textes pour le théâtre - Tenir debout  (2013), Au milieu des hommes (2014) puis Anatomie d’une absence (2015) - ont été suivis par La folle et inconvenante histoire des femmes, qui s’est donnée à Paris depuis mars 2020 au Funambule Montmartre.

L'auteur

comédienne et dramaturge. Ses premiers textes pour le théâtre - Tenir debout  (2013), Au milieu des hommes (2014) puis Anatomie d’une absence (2015) - ont été suivis par La folle et inconvenante histoire des femmes, qui s’est donnée à Paris depuis mars 2020 au Funambule Montmartre.

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