L’Enfant que j’ai connu

Le théâtre est une lutte
De
Alice Zeniter
Mise en scène
Julien Fisera
Avec
Anne Rotger
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de la Ville. Espace Cardin, petite salle
01 42 74 22 77
Jusqu’au 21 octobre Tous les jours à 20h, dimanche à 15h. Tournée 2022/2023 Le 16 février 2023 aux Bords de Scènes, Athis-Mons Du 9 au 12 mars 2023 en Corse, L'Aghja à Ajaccio et la Fabrique Théâtre à Bastia

Thème

  • Une femme, qui dit se nommer Nathalie Couderc, entre en scène en criant haut et fort qu’elle n’a pas voulu dire ce que la presse et les médias sociaux lui ont fait dire en rapportant sa déclaration : « Je ne pensais pas que la police pouvait tuer des enfants blancs ». 
  • Puis elle déroule le fil d’un récit hoquetant et tendu et l’on comprend que son fils Cédric, militant et activiste de 19 ans, a été tué par un policier lors d’une manifestation. Jugé, le policier a bénéficié d’un non-lieu trois ans après le drame.
  • Cette mère, jeune encore, séparée d’un mari qu’elle évoque à peine se souvient de son fils, lui parle, se parle à elle-même pour essayer de comprendre comment la tragédie s’est nouée et comment elle peut vivre désormais avec cela et faire de sa douleur une action.

Points forts

Le texte est formidable : intense, évocateur, émouvant sans être jamais larmoyant. Tout semble juste dans les mots utilisés, les phrases inachevées, les mots martelés, les phrases bégayées parfois, puis soudainement fluides. 

Et il est servi par une comédienne hors pair.

Quelques réserves

  • Elles tiennent - et c’est un paradoxe pour une œuvre réalisée en collaboration intime avec l’auteure - aux choix de mise en scène. On comprend que Julien Fisera ait souhaité présenter toute la palette des émotions vécues par cette femme brisée, en faisant parler son corps, claquer sa mâchoire, vibrer ses lèvres, tressauter ses membres, en la faisant se contorsionner et danser, en sollicitant ses cordes vocales dans toute leur amplitude des cris au murmure, en lui faisant arborer des tenues improbables, tour à tour adultes et adolescentes. 
  • Tout ceci témoigne d’une fièvre intense : celle de la douleur mais aussi celle de la métamorphose émancipatrice et on saisit l’intention… sans être convaincu.

Encore un mot...

  • C’est d’abord l’indicible tourment d’une mère en quête de son enfant assassiné, et qui tente de le retrouver en empruntant son chemin de militant que l’on voit. Il est question de transmission, du confort d’une gauche bourgeoise qui, malgré ses valeurs, se voit dépassée par ses enfants et subi de plein fouet les conséquences atroces et inattendues de l’engagement militant. L’effondrement des fausses certitudes bégayées par cette femme en deuil engendre une profonde réflexion critique, dirigée à la fois contre le confort des assurances “ininterrogées“, et contre un État qui accepte de tuer sa jeunesse et en exonère les forces de l’ordre.
  • Cette femme, tombeau du fils, épitaphe vivante, se transforme, elle pense intensément, s’interroge avec feu, vivant sous nos yeux une vraie passion dans tous les sens du terme qui, en la torturant la rend au monde. La mort de l’enfant donne naissance à une femme nouvelle, sans larmoyer.
  • Le spectateur repart, lesté de cette bombe critique dont l’émotion première a allumé la mèche.

Une phrase

« Quand Cédric me demandait pourquoi je ne m’engageais pas plus si je les voyais, les problèmes, je lui répondais que je passais ma journée à soigner des gens, que ça me paraissait être un engagement très concret, ça. Je ne voyais pas pourquoi j’aurais dû en plus aller manifester le dimanche ou distri- buer des petits-déjeuners aux migrants. Des tas d’autres gens pouvaient le faire. Alors que médecin, non. (…) Je pouvais oublier les problèmes. (…) si je me tenais là, par exemple, dans le salon, ma vie n’était pas pétrie de ces problèmes. (…) Cédric, ce n’était pas pareil. Il ne croyait pas qu’il y ait une seconde ou un mètre carré de sa vie qui ne soit pas plein de ces problèmes. La liberté amputée, elle l’est tout le temps, toujours. L’injustice, la violence, partout, tout le temps. »

L'auteur

  • Alice Zeniter connaît tout du théâtre. Sur le plan théorique d’abord puisque, normalienne, elle a fait un master d’études théâtrales, commencé une thèse qu’elle a finalement lâchée pour embrasser pleinement la scène et la pratique théâtrale en devenant assistante à la mise en scène.
  • Puis elle a écrit pour le théâtre - Spécimens humains avec monstres en 2011, Un ours, of course ! en 2015), Hansel et Gretel, le début de la faim en 2018 - et, plus récemment, Je suis une fille sans histoire (2020).
  • Mais elle n’ignore rien de la littérature non plus, ce dont le texte de L’Enfant que j’ai connu fourni un témoignage éloquent. Romancière, elle a publié sept romans et fut plusieurs fois lauréate de prix littéraires, dont le Goncourt des lycéens.

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