Pour un temps sois peu

La Transidentité dans le miroir
De
Laurène Marx
Mise en scène
Fanny Sintès
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de Belleville
4, rue du Faubourg du Temple
75010
Paris
01 48 06 72 34
Jusqu’au 29 novembre. Lundi, mardi, samedi à 21h15, dimanche à 17h30

Thème

  • Debout derrière son micro, Laurène raconte - dans un relatif désordre mais avec tous les détails qui permettent de l’incarner concrètement - l’histoire chaotique de sa transition.
  • Pour cela elle use du tutoiement, s’adressant au public autant qu’à elle-même, et égrène les étapes de ce qui est un parcours de la combattante : depuis les choix initiaux mais qui déjà ont une forme de questionnement (« C’est quoi être une femme ? » ) jusqu’aux interrogations finales (« Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? »), en passant par une série d’agressions et de micro-agressions : les différentes rencontres avec les médecins et les psy, et leur cruauté plus ou moins délibérée ; l’usage – ou non – des médicaments (l’Androcur contre lequel elle met en garde) et de la chirurgie ; la violence de la rue, l’humiliation des impératifs économiques et la douceur de certaines rencontres.
  • Être une femme trans (et non une femme) est son choix, et c’est aussi une injonction à être aussi peu de chose que possible, à vouloir être aussi peu de choses que possible pour avoir la paix. Être soi et passer inaperçu.
  • Au passage, elle nous parle du monde : de l’exclusion, de la prostitution, de ses difficultés avec des féministes, de la sexualité, du consentement, du viol et de ses doutes constants quant au bien-fondé de sa démarche.

Points forts

  • Laurène Marx a beau nuancer la dimension artistique de ce spectacle pour en revendiquer le contenu politique, il n’empêche, il y a du théâtre et du bon dans ce seul en scène. 
  • La mise en scène, très simple, fait un usage intelligent du rapport entre le micro et l’espace de la scène : l’usage alterné de l’amplification et de l’absence de micro produit une forme d’aparté qui fait entendre ce qui pourrait nous échapper dans l’ordinaire des situations. 
  • Le rapport aux couleurs de la comédienne fait éclater l’évidence de la transidentité. On a rarement évoqué la profondeur d’une solitude humaine avec tant de rage et de grâce, de présence et d’intensité, d’esprit et d’à-propos, d’humour et de gravité.
  • … et d’honnêteté : rien n’est celé des ambivalences de la démarche et de leurs conséquences, car ainsi que le dit l’autrice-interprète, pour mener ce parcours de transition il faut bien embrasser la misogynie et la binarité de genre. Comment, du même coup être féministe quand on est trans ? « Si tu t’es battue aussi fort pour être reconnue comme une femme est-ce que tu vas te battre pour être l’égale d’un homme ? ».

Quelques réserves

  • Ce texte de combat, mi-manifeste mi stand-up, n’est pas exempt de simplifications : on comprend certes que pour un.e trans le monde soit partagé en deux catégories (« ceux qui ont envie de te déglinguer et ceux qui s’en branlent ») sans pouvoir s’en satisfaire tout à fait. Le monde n’est pas binaire.
  • De la même façon, les psychanalystes et les médecins sont vertement critiqués, et sans doute avec raison, mais – montrant à quel point il est difficile de se passer de ce cadre d’écoute-,  c’est vers un psychiatre que Laurène songe à se tourner lorsqu’elle est bouleversée et c’est au vocabulaire psy qu’elle a recours pour vilipender les « pervers » ! On ne saurait donc s’affranchir de tout.

Encore un mot...

  • En sortant de la salle, on n’est pas très sûr.e de ce ce que l’on a entendu, encore moins de ce qu’on a compris. Mais on est touché.e, très profondément. 
  • Ce contact-là active un réseau de réflexions complexes et salutaires et, au-delà de la question de la transidentité, au-delà même du genre, nous invite à penser autrement la question de l’identité : est-ce qu’on n’est pas déjà ce que l’on est avant (ou sans) la transition ? Est-ce qu’un visage, c’est une identité ? Est-ce qu’on est soi parce qu’on se ressemble ? Et même qu’est-ce qu’être soi ?
  • Laurène Marx a raison : écouter les choses qu’on ne vit pas nous apprend des choses pour ce que nous vivons.

Une phrase

- « Si Jésus avait été une femme noire, on n’en aurait pas entendu parler. »
- « Tu ne feras jamais du mal à la prostitution, tu feras toujours du mal aux putes. »
- « Comment c’est possible qu’il y ait autant de femmes qui se font violer et aussi peu de violeurs ? »
- « à un certain moment, continuer de vivre c’est forcément de la curiosité malsaine. »

L'auteur

  • Femme trans non binaire, Laurène Marx est réalisatrice, autrice et metteuse en scène. Elle produit des textes politiques, des textes de combat. En 2018, Transe a été lauréat de l’Aide nationale à la création de textes dramatiques – Artcena. Pour un temps sois peu résulte d’une commande passée par le collectif Lyncéus pour son 7ème festival, dont le thème était « C’était mieux après ». La pièce a été créée en juin 2021.
  • Après l’avoir un temps confié à une autre comédienne, ce qu’elle évoque d’ailleurs sur scène, Laurène Marx incarne aujourd’hui elle-même Pour un temps sois peu, montrant qu’elle est aussi une comédienne.

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