RIEN NE S’OPPOSE A LA NUIT- FRAGMENTS

Au bout d’un long chemin, la lumière et la délivrance
De
D’après Delphine de Vigan
Adaptation : Delphine de Vigan et Elsa Lepoivre
Mise en scène
Fabien Gorgeart
Avec
Elsa Lepoivre
Notre recommandation
5/5

Infos & réservation

Comédie Française Studio
99 rue de Rivoli,
75001
Paris
01 44 58 98 54
Du 22 septembre au 6 novembre 2022, du mercredi au dimanche à 18h30

Thème

  • Delphine de Vigan a écrit cette histoire très personnelle, vraie et douloureuse, dans un livre devenu un best-seller. Elsa Lepoivre, sociétaire du Français, la porte et incarne l’auteure sur scène. Elle nous confie ses souvenirs, ses émotions, ses joies et ses chagrins, beaucoup ses chagrins. L’auteure évoque par la voix de son double, le vécu de sa mère, autour d’elle, à partir d’elle. 
  • Le récit débute par la disparition de Lucile, cette maman adorée mais trop longtemps incomprise, et par son  cri « Je vais craquer », annonciateur déjà de son destin funeste et révélateur de sa vie si lourde qu’il lui avait fallu s’en échapper. Oui, parce que Lucile, au bout de multiples dépressions et de séjours en maisons dites de repos, a fini par se suicider. Lucile était bipolaire. Depuis quand ? Sur le papier elle avait beaucoup de choses pour  être heureuse, élevée au sein d’une joyeuse marmaille de neuf enfants. Jolie, intelligente, elle faisait à vingt ans la couverture des magazines.  Elle tomba dans la solitude  et la tristesse dès la naissance de ses enfants, qu’elle tenait à distance (Delphine se souvient qu’elle ne l’a jamais prise dans les bras). 
  • La mort de trois frères, dont un suicidé, en était-elle la cause ? Ou bien un père despote, trop possessif ? Une mère démissionnaire ? Il y avait certainement autre chose.  Peut-être une blessure au plus profond d’elle-même, mais laquelle ? Enquête à charge menée par Delphine de Vigan, qui donne matière à ce journal à quatre mains composé avec sa complice et interprète, Elsa Lepoivre. 

Points forts

  • La prestation d’Elsa Lepoivre, son charisme, son empathie, en un mot sa classe.  Elle s’incarne complètement dans le personnage de Delphine, comme si c’était sa propre histoire, elle la restitue sur scène avec un naturel incomparable dans le rôle de l’écrivaine                                                                                    
  • Le beau texte, très émouvant, tiré de plusieurs fragments du livre éponyme, “recousus“ minutieusement  pour composer le récit fidèle et cohérent d’un “solo“ selon Elsa (c’est son premier seul en scène) en 50 pages sur les 400 de l’édition originale (2011).
  • La mise en scène dépouillée  de Fabien Gorgeat (réalisateur cinéma par ailleurs) faite avec trois fois rien, une table à tout faire, bureau-salle à manger, la lumière en clair-obscur, deux micros, ce qui ressemble à un ordinateur et en toile de fond un tableau  noir, ce noir Soulages, le peintre « d’une lumière secrète qui vient du noir. »

Quelques réserves

Je n’en exprime aucune, à l’instar du public de connaisseurs enthousiastes ce soir-là.

Encore un mot...

  • Le titre de cette fiction autobiographique, selon les propres mots de l’auteure, est tiré des paroles d’« Osez Joséphine », la chanson  d’Alain Bashung et qui est pour elle un hymne à la liberté. C’est tout Delphine de Vigan, celle qui a toujours lutté contre l’enfermement pour elle et pour les autres, comme en témoignent ses œuvres littéraires (telle aussi Les Heures souterraines) et ses films. 
  • Comme elle le dit elle-même, les textes de Bashung on aime mais on ne sait pas pourquoi. Ils sont polysémiques. Pour autant elle dira aussi : « J’ai voulu signifier : rien ne peut s’opposer à quelqu’un qui a choisi de mourir ». Après avoir vu cette pièce, souhaitons avec elle « Que ne durent que les moments doux »... Exploratrice de l’intime, apôtre de la bienveillance, Delphine de Vigan défend partout les valeurs humanistes.

Une phrase

« Ma mère était bleue, d’un bleu pâle mêlé de cendres, les mains étrangement plus foncées que le visage, lorsque je l’ai trouvée chez elle ce matin de janvier. Les mains comme tachées d’encre, au pli des phalanges. Ma mère était morte depuis plusieurs jours. »

L'auteur

  • Delphine de Vigan,  née en 1976, est romancière, scénariste et réalisatrice ; une formation en khâgne, une admissibilité à Normale sup, mais elle doit interrompre ce cursus pour raison de santé. En fin de compte, elle décroche une licence et intègre le Celsa puis un institut de sondage important comme directrice des études. 
  • Depuis 2007 elle vit de sa plume. Elle a écrit une dizaine de romans, quelques fois autobiographiques, avec un succès qui ne se dément pas.
    Premier livre : « 
    Jours sans faim » (le mal être d’une jeune fille …) en 2007, puis vient « No et moi », qui obtient le prix des Libraires.  Ce livre sera porté à l’écran par Zabou Breitman. Elle publie ensuite Les Heures souterraines, un roman soutenu en particulier par Xavier Darcos et dénonçant le harcèlement sexuel dans le monde du travail (prix du roman d’entreprise).
    En 2011, son livre
    Rien ne s’oppose à la  Nuit est nommé au Goncourt et remporte le Renaudot des Lycéens. Ensuite c’est D’après une Histoire vraie (une romancière en panne d’inspiration !) dont Polanski fera  un film lui aussi et qui obtint le prix Renaudot en 2015, le Goncourt des lycéens et  remporte le grand prix des lectrices de Elle. En  2021 elle publie Les Enfants sont Rois, des enfants surexposés aux réseaux sociaux. Tout récemment Delphine de Vigan a publié chez Gallimard les Loyautés et les Gratitudes. Elle a scénarisé et réalisé trois films (Tu seras mon fils, Damoclès, Tropique de la Violence). Delphine de Vigan  partage sa vie et ses deux enfants avec François Busnel qu’on ne présente plus, même s’il vient de quitter France 5 et La Grande Librairie.
  • Plusieurs des oeuvres de Delphine de Vigan ont été chroniquées sur Culture-Tops.

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