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Thêatre-Spectacles

4 Minutes

De Chris Kraus
Adapté du film "4 Minutes" par Sylvia Roux et Nycole Pouchoulin
Mise en scène : Jean-Luc Révol
Avec Pauline Leprince, Andréa Ferréol, Laurent Spielvogel, Erick Deshors

Infos & réservation

Théâtre La Bruyère
5 rue La Bruyère
75009 Paris
Tél. : 0148747699
http://www.theatrelabruyere.com
Jusqu'au 3 janvier
Publié le 11 oct . 2014

Recommandation

3,0ExcellentExcellent

Thème

Deux femmes dans un univers carcéral vont, par le biais de la musique, faire tomber les murs qui les séparent et se rapprocher. Mystères et blessures les entravent. Un long chemin de libération s'ouvre à elles. Où mène-t-il ? 

Points forts

1 Le texte est puissant; l'histoire, construite sur un fond sombre et désespéré, s'éclaire progressivement. Au cœur de l'intrigue (qui perdure tout au long de la pièce sans faiblir) et de la vie de tous les personnages, l'auteur a placé la musique, rédemptrice exigeante, parfois jusqu'à l'aliénation. 

2 Les personnages jouent parfaitement leur partition. 

Deux hommes faibles, manipulateurs, font la part belle à deux tempéraments forts de femmes malmenées par la vie.
En gardien de prison violent et veule, Erick Deshors campe un homme qui tente d'exister. Le père abusif, Laurent Spielvogel, est une ombre glaçante.
Andréa Feréol et Pauline Leprince sont captivantes. La femme vieillissante rigide, enfermée dans son secret, et que seule la musique fait vivre, prodigue des cours de piano à une jeune femme, pianiste surdouée qui hurle sa haine et vibre de violence. Elle est accusée de meurtre. Derrière ces façades, leurs fragilités vont se révéler, une amitié naître, qui permettra qu'affleurent libération et douceur.
Andréa Fereol, toute en force contenue, exprimant  ses sentiments avec une maîtrise exceptionnell, est le vibrant pivot de la pièce.
Pauline Leprince, en rebelle blessée et indomptable, est impressionnante. Elle apparaît comme un éclat tranchant de lumière dans cet univers de compromis et de violence. Elle nous éblouit dans les 4 minutes salvatrices de la dernière scène. 

3 Belle mise en scène sobre et fluide donnant à chaque acteur un espace de jeu à la mesure de son personnage. 

4 Le décors montrant en alternance l'univers carcéral et un intérieur petit bourgeois d'après guerre n'est pas oppressant. La présence d'un beau piano demi-queue noir laqué, qui en est l'attraction visuelle première, montre que la musique est l'axe de gravité de la pièce. 

Points faibles

Je n'en vois pas.

En deux mots ...

Un texte porté par des acteurs de talent. 
Adaptation, mise en scène, décors, lumières et musique, costumes, tout sonne juste. L'émotion est au rendez vous. 

On vibre. Une grande réussite.

L'auteur

Chris Kraus est un écrivain et réalisateur allemand. "4 Minutes" fut son deuxième long métrage, réalisé en 2006 et salué par la critique internationale. La pièce en est une adaptation. 

Commentaires

Julie
Le 12 oct. 2014
à 03h25

Je me demande dans quelle mesure des termes tels que "vibrant", "captivant", "exceptionnelle", "impressionnante" permettent d'argumenter une lecture critique digne de ce nom. N'est-ce pas la tâche du critique que de fonder en raison et non pas sur le ressenti son argumentaire ? Je me permets d'insister sur ce point car ce n'est pas la première "critique" du genre que je lis à propos de cette pièce. Il me semble que ce mélodrame plaît dans la mesure où il produit l'effet d' un agréable divertissement et non pas en ce qu'il conduit le spectateur à penser. Cette impression m'a été confirmée lors de ma venue au théâtre La bruyère : une mise en scène où les seuls enjeux tournent autour du pathos déferlant sur l'auditoire, et où le spectateur est cantonné au rôle de réceptacle passif de sentiments caricaturaux et forcés. Or le rôle du dramaturge - ici l'adaptateur - et du metteur en scène, n'est-il pas, à la différence de ce qui est proposé ici, d'éveiller le spectateur à une conscience critique en le détachant de toute complaisance à l'égard de ses sentiments et affects ordinaires ? Et c'est bien là l'échec de cette pièce : derrière sa prétention à traiter de pseudo-thèmes réflexifs tels que la rédemption par l'art, ou le dépassement de l'adversité par la rencontre d'une parfaite altérité, se dévoile l'incapacité tout aussi bien du texte que du jeu des acteurs à réveiller le spectateur de ses torpeurs et habitudes affectives. Ainsi, tout comme le "captivant" téléfilm du samedi soir, allez voir quatre minutes : ni sur la musique, ni sur la création, ni sur la souffrance psychique, si sur la générosité, ni sur le salut, vous n'apprendrez rien, mais quant à vos clichés et préjugés touchant à ces différentes questions, de cela vous resterez confortés.

Anonyme
Le 13 oct. 2014
à 15h52

Merci de ce commentaire passionnant, même s'il ne rend pas justice à l'apport intrinsèque de la chronique de Véronique Guionin...
Jacques Paugam
Responsable de Culture-Tops

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