Fraternité, conte fantastique

Un projet théâtral décalé, une dystopie en résonance avec notre réel
De
Caroline GUIELA NGUYEN
Avec la compagnie Les Hommes Approximatifs
Mise en scène
Caroline GUIELA NGUYEN
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Odéon – Théâtre de l’Europe/ Entrepôts Berthier Paris 17e
1 rue André Suarès
75017
Paris
01 44 85 40 40
A Paris jusqu’au 17 octobre 2021/ En région et à l’étranger du 28 octobre 2021 au 13 mai 2022.

Thème

La Grande Eclipse fait disparaître en quelques minutes la moitié de l’humanité, laissant l’autre moitié dans le désespoir, l’incompréhension et l’attente. Les envolés vont-ils revenir, quel événement les ramènera ? L’espoir se porte sur la prochaine éclipse mais les experts se rendent compte que le chagrin des survivants ralentit progressivement leurs pulsations cardiaques et que le cosmos s’en trouve ralenti à son tour, jusqu’à l’arrêt complet. Dans cet univers où l’éclipse salvatrice n’est plus possible, les scientifiques inventent des solutions : une machine permet d’envoyer des messages aux disparus comme des bouteilles à la mer ; une autre arrache aux survivants le droit d’effacer leur mémoire pour alléger leurs cœurs et faire ainsi le pari de relancer le mouvement cosmique, pour ramener les invisibles. Laquelle atteindra-t-elle son objectif ? Et quel sera le prix de ces retrouvailles par-delà la suspension du temps ?

Points forts

-L’idée. Pour donner à voir l’absence, le manque et le lien dans le temps, C. Guiela Nguyen utilise le langage imagé de la catastrophe cosmique. Mais au lieu de suivre le sillon de l’impasse dystopique où l’homme devient un loup pour l’homme, l’auteure ouvre des perspectives. Sur scène, un Centre de soin et de consolation réunit les survivants qui s’efforcent de fraterniser et de donner du sens au temps du quotidien.

-La démarche artistique de C. Guiela Nguyen. Fraternité s’inscrit dans un cycle de réflexion et de créations dont le premier volet est un court-métrage intitulé Les Engloutis, tourné à la centrale d’Arles avec des détenus. Le film raconte le temps du retour à la vie dont on est exclu pendant l’enfermement. Fraternité change d’angle : cette fois, la pièce porte le regard sur ceux qui attendent et «cherchent à construire un avenir commun avec leurs invisibles.», explique l’auteure.

-L’utopie ancrée dans le réel. Fraternité est bien un conte « fantastique » puisque la pièce projette les personnages et les spectateurs dans un futur lointain quasi-apocalyptique. On ne croit pas à ce cœur cosmique qui relierait l’univers à nos propres cœurs, malgré la poésie de l’hypothèse. Ni aux dispositifs scientifiques pour communiquer avec l’au-delà ou soulager notre peine. Mais l’effort des humains pour apprendre à vivre avec les absents, corps identifiés et surtout corps non identifiés, est bien réel. En préparant l’écriture de sa pièce, C.Guiela Nguyen a rencontré des équipes qui travaillent à retrouver les traces des êtres chers, quelle que soit la durée du temps de séparation, ou des associations qui s’occupent d’accueillir et d’écouter les migrants endeuillés.

-Une équipe qui bouscule les codes théâtraux traditionnels. L’auteure cherche à « réconcilier nos plateaux et le monde ». Dans cette perspective élargie de démocratisation du théâtre, elle a monté une troupe qui mêle comédiens professionnels et amateurs de toutes provenances recherchés dans les centres sociaux et les rues, et ne donne la vedette à aucun. Les accents étrangers et régionaux ne sont pas gommés, au contraire, notamment l’accent marseillais, et différentes langues circulent : le français, l’anglais, l’arabe, le parler jeune, et le chant lyrique.

Quelques réserves

-3 heures de performance, c’est vraiment long. L’audace de l’idée et la force du propos sont noyés dans les redites de personnages montés en boucle, et les jeux de scène et de plateau répétitifs.

-Trop d’émotion tue l’émotion. La charge d’émotion, énorme et constante, ainsi que l’inexpérience visible de certains comédiens, créent une certaine uniformité de ton que la durée de la pièce ne pardonne pas.

-Une performance conceptuelle. Si l’on est touché par la démarche citoyenne de Fraternité, on reste tout de même sur l’impression d’une expérimentation. Comme si le plateau n’était utilisé que pour y faire vivre une prise de position et sans véritable intention dramatique. 

Encore un mot...

Il faut saluer le travail phénoménal de la troupe et plus encore la joie communicative des comédiens au moment du salut et des rappels. On est aussi interpellé, forcément, par cette réflexion sur la disparition.

Une phrase

« Pour imaginer Fraternité, conte fantastique, j’ai donné à l’équipe un texte sans dialogue, dans lequel je raconte le spectacle du point de vue littéraire et artistique. Ce récit originel a été ensuite mis à l’œuvre avec les comédiens, la scénographe, le costumier, le créateur sonore, lumière et dramaturgie lors d’improvisations et de temps de recherche. La pièce s’est donc écrite à travers ces échanges. » C. Guiela Nguyen

L'auteur

Figure importante du théâtre contemporain français, Caroline Guiela Nguyen est née en 1981. Elle intègre l’école du Théâtre National de Strasbourg en mise en scène en 2006. En 2009, elle fonde la compagnie Les Hommes Approximatifs avec laquelle elle crée plusieurs spectacles qui tourneront en France et à l’étranger dont Elle brûle en 2013 et SAIGON en 2017 nommés aux Molière respectivement en Metteur en scène de spectacle d’un théâtre public et Auteur francophone vivant. Aujourd’hui, Caroline Guiela Nguyen est associée à L’Odéon Théâtre de l’Europe et à la Schaubühne à Berlin. Fraternité, conte fantastique a été présenté cet été au festival d’Avignon.

Commentaires

Mazuel J.
jeu 13/01/2022 - 14:19

J'aime le théâtre sous (presque) toutes ses formes, j'assiste volontiers à des expérimentations, je suis comédienne amateur et respecte d'autant plus le travail des non-professionnels que j'en connais toute la difficulté, mais là NON ! Plus de 3h de prise de tête et d'ennui, d'agacement face au jeu affligeant de plus d'un, au rap mal rythmé, aux répliques parfois inaudibles, données de dos, aux déplacements et à la chorégraphie chaotiques... la liste reste incomplète. Malgré l'hémorragie de l'entracte, je suis restée jusqu'au bout par respect et par curiosité, j'ai perdu mon temps. L'amateurisme de ce spectacle n'avait à mon sens même pas le charme de l'enthousiasme maladroit et le message manquait de clarté en dépit des redites inutiles. Je vois beaucoup de spectacles, heureusement que ce genre de déception est rare et, surtout, qu'il n'a pas pesé sur mes choix au Festival d'Avignon. 1 heure, voire 1 et demie aurait peut-être été supportable mais plus de 3 heures de redites sans charme, c'est insupportable. Ce spectacle ne valait pas les 30€ que j'ai dépensés pour une soirée gâchée. Mes amis présents ce soir-là, fans XXL de théâtre m'avait loué le spectacle Saïgon et son auteur-metteur en scène, depuis hier soir ils ont pris du recul. Dommage !
Bonne journée. J.M.
NB : j'ai vu ce spectacle au théâtre des Célestins de Lyon.

GillouL
ven 14/01/2022 - 09:23

2h45 de tragédie pathétique qui montre l'Humain auto-centré sur son nombril dans un scénario qui tient en 1 ligne. Seules 2 ou 3 répliques prêtent à sourire et encore. Sortez vos mouchoirs et votre corde. Toutes les autres répliques sont soit mal jouées soit ne sont des "chougneries"
Ou des lamentations et pleurs sans intérêt. J'aurais entendu un bébé pleurer pendant 3h cela m'aurait fait le même effet. Pas touché.
Bref c'était un cadeau de Noël pour ma compagne aux célestins de Lyon... triste cadeau vu le prix. Mais nous avons bien ri après tellement c'est niais et affligeant. Fâché

ClémentV
lun 17/01/2022 - 12:01

Un spectacle trop long et franchement ennuyeux, tourné uniquement sur 2-3 acteurs dont le jeu "criard" reste le même tout le long de la pièce. Des personnages rendu "secondaires" qui aurait fallu mettre plus en valeur et des personnages de premier plan à mettre plus en complexité, si l'un des objectifs de la pièce était de montrer la "vraie" diversité, au lieu de tomber encore une fois dans la caricature facile!
Une dernière scène hallucinante qui te perd encore plus dans ce que le réalisateur souhaitait véhiculait éventuellement comme messages.
Seul point positif : le décor plutôt recherché et old school sympa !
Sinon... niaiserie totale ! Fuyez malheureux!

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