La femme qui n’aimait pas Rabi Jacob
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Thème
Le titre fait évidemment écho au film culte Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury avec Louis de Funès, sorti en 1973 en pleine guerre du Kippour (octobre), mais la pièce n’en est pas l’adaptation. Elle s’en sert plutôt comme point de départ symbolique, un révélateur des tensions intimes liées à l’actualité et à ses créateurs.
La pièce raconte l’histoire de Danièle, la femme de Georges Cravenne – publicitaire français de la fin du XXème siècle, créateur des cérémonies des César et des Molières – depuis leur rencontre, jusqu’à sa fin tragique.
Danièle Cravenne est une femme confrontée à son passé, à ses héritages — culturels, religieux, affectifs — et à ce qu’elle en a fait. À travers son regard, la pièce interroge les mécanismes de rejet, souvent enracinés dans l’ignorance ou la peur, et la manière dont l’humour peut servir de passerelle entre les communautés.
Points forts
La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob explore avec finesse les questions d’identité, de mémoire familiale et de préjugés. La grande force de la pièce réside dans son écriture, à la fois vive et nuancée. En auteur accompli, Jean-Philippe Daguerre fait alterner gravité et légèreté, permettant au public de naviguer entre émotion profonde et rires libérateurs.
L’humour n’y est jamais gratuit : il sert le propos et désamorce les crispations sans minimiser la complexité des sujets abordés. Mais la pièce évolue vers le tragique au fur et à mesure que la maladie de Danièle prend de l’ampleur jusqu’à son dénouement.
La mise en scène, sobre, laisse toute la place aux comédiens, tous excellents, qui portent le texte avec intensité, dans un équilibre constant entre introspection et dialogues percutants.
La scénographie, principalement constituée de neuf écrans amovibles, est extrêmement imaginative et tire le meilleur partie des images diffusées qui ont des éléments actifs du décor. L’auteur et metteur en scène l’a confié à Narcisse, qui utilise des procédés visuels informatiques et poétiques qui habillent magnifiquement la scène.
La pièce suscite le débat sans jamais verser dans la leçon de morale. Elle pose des questions plus qu’elle n’apporte de réponses, invitant chacun à interroger ses propres représentations.
Quelques réserves
La première partie met un certain temps à nous emmener sur l’événement qui justifie la pièce – le détournement par Danièle Cravenne d’un avion entre Paris et Nice – pendant laquelle l’exposition des enjeux aurait pu gagner en densité.
Par moments, la symbolique autour du film évoqué semble un peu appuyée et alourdit un peu le propos. Les scènes de grimace d’un Louis de Funès survolté, si elles réjouissent le public, semblent un peu factices au regard du sujet de la pièce.
Encore un mot...
- Compte tenu de l’actualité, le sujet résonne particulièrement aujourd’hui dans une société française encore traversée par les débats sur l’identité, le racisme et le vivre-ensemble.
Une phrase
- « Au cours d’un déjeuner il y a deux ans, Bertrand Thamin, Directeur du Théâtre Montparnasse me raconte en quelques mots l’incroyable histoire d’un détournement d’avion par une pirate de l’air qui veut empêcher la sortie du film Rabbi Jacob le 18 Octobre 1973 : “J’ai découvert ça à la radio hier, c’est un sujet pour toi ! Si tu en fais une pièce je la produis“. Je me penche le soir même sur le sujet et je passe toute ma nuit sur internet à remonter le fil de cette histoire, où je plonge au cœur de la famille Cravenne et de la conception du film Les Aventures de Rabbi Jacob. Pendant des mois, je pars à la rencontre des rares personnes qui peuvent ou veulent témoigner de ce fait divers dramatique et rocambolesque et je m’attache tout particulièrement à l’extraordinaire Daniele Cravenne et au génial Louis de Funès. Deux ans plus tard je publie le roman chez Albin Michel et je crée en même temps la pièce au Théâtre Montparnasse. » (Jean-Philippe Daguerre)
L'auteur
Jeune metteur en scène (vingt années de création et autant de pièces montées), Jean-Philippe Daguerre, formé au conservatoire de Bordeaux, a débuté sa carrière théâtrale comme acteur. Il se tourne vite vers la mise en scène et se fait remarquer dans son premier Cyrano de Bergerac. Il monte les grands classiques tels Le Cid, Le Bourgeois Gentilhomme, Les Fourberies de Scapin.
Auréolé du succès et couronné d’un Molière en 2016 pour Adieu Monsieur Haffmann, Philippe Daguerre enchaine les spectacles populaires réunissant un large public et met également en scène de nombreux spectacles pour enfants, comme Aladin, donné récemment au théâtre du Palais Royal.
En 2025, Philippe Daguerre obtient cinq Molière pour Du charbon dans les veines.
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