La folle journée ou le mariage de Figaro

Un « grand seigneur » pas si « méchant homme » que cela, en rival redoutable pour Figaro
De
Beaumarchais
Mise en scène
Alain Françon
Avec
Eric Berger, Ana Blagogevic, Rodolphe Congé, Vincent Dedienne, Micha Lescot, Guillaume Lévêque, Tommy Luminet, Noémie Luovsky, Alix Poisson, Nemo Schiffman
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Théâtre de la Porte Saint Martin
18, boulevard Saint Martin
75010
Paris
01 42 08 00 32
Jusqu’au 31 décembre 2026. Du mercredi au vendredi à 20h, le samedi à 16h30 et 20h30, le dimanche à 16h

Thème

  • Figaro, valet de chambre et concierge au service du comte Amalviva (qui porte bien son nom), est sur le point de se marier avec la belle Suzon, première camériste (et confidente) de la comtesse.

  • Seul hic, mais de taille : le corregidor est un « grand trompeur », et ce séducteur impénitent, qui délaisse sa femme (qui finit par en pincer pour un page) et compte (pour ainsi dire) bien entreprendre la belle Suzanne, pourtant fiancée à Figaro.

  • Dans cette entreprise, monsieur le comte dispose d’appuis solides en la personne du fourbe Basile, maître de clavecin de la comtesse mais homme à tout faire du comte, de Marceline, femme de charge qui entend bien épouser Figaro, et de Bartholo, médecin de Séville. 

  • Tout conspire à nuire aux futurs époux, mais c’est sans compter sur les ressources de Figaro pour tirer d’affaire son couple, avec le concours d’allié-e-s plus inattendu-e-s les un-e-s que les autres… Car dès qu’il s’agit « d’intrigue et d’argent », ce valet est à son affaire…

Points forts

  • La mise en scène insiste à bon escient sur les effets de miroirs entre hier et aujourd’hui, effets renforcés par les costumes : si Figaro porte une tenue assez XVIIIe siècle, en revanche le comte Amalviva, s’il ne s’habille pas en Prada, arbore un impeccable costume trois pièces couleur crème assez contemporain. Divers morceaux de bravoure jalonnent le spectacle, et notamment la scène finale nocturne. 

  • Si le précédent Mariage de Figaro - mis en scène par Léna Bréban était porté par un Philippe Torreton (dans le rôle-titre) impressionnant et puissamment épaulé par Grégoire Ostermann (le comte) et Marie Vialle (Suzon), ici, c’est manifestement Micha Lescot qui fait la différence. Il campe avec délectation un comte certes jaloux et libertin, mais aussi dandy et désinvolte à souhait. Son interprétation, tout à fait au diapason de cette « folle journée », régale le public sans aucune baisse de régime, le comédien faisant son miel de la moindre réplique. 

Quelques réserves

  • Du coup, l’on relève une certaine inégalité dans l’interprétation : 
    - dans le rôle-titre, Vincent Dedienne s’en tire honorablement, mais reste très en-dessous de son aristocratique rival ;
    - Suzon (Ana Blagogevic) fait pâle figure à côté de la comtesse, interprétée par Alix Poisson.

  • Bref, c’est un peu comme si se donnait à voir sur scène la différence entre comédiens (M. Lescot, A. Poisson) et acteurs (V. Dedienne, A. Blagogevic). 

  • Petit détail : à quoi bon ces panneaux de côtés à motifs exotiques (palmiers à foison) ? On ne voit pas très clairement la raison de leur présence, même s’il y en a une, car Alain Françon n’est pas du genre à penser son décor au hasard.

  • Le final chanté traîne un peu en longueur, d’autant que l’on n’en saisit pas toujours clairement les paroles. 

Encore un mot...

  • Comment ne pas être impressionné par la liberté de ton et par l’actualité des propos tenus à la fin du XVIIIème siècle dans la bouche de Figaro sur des questions telles que les inégalités en vertu de la naissance et non du talent (le comte est sur le point de rejoindre Londres pour y servir d’ambassadeur), la faculté de ceux qui, médecins ou édiles, se montrent « indulgents aux Grands et durs aux petits », enfin et surtout la condition des femmes, quelle que soit leur extraction ?

  • La pièce insiste sur ces dimensions, et nous invite à prendre toute la mesure de la “subversion de plume“ entreprise par Beaumarchais, jusque dans le portrait de ces courtisans (« médiocres et rampants, on arrive à tout ») qui se tiennent au plus près des puissants, dans les allées du pouvoir et des grandes entreprises contemporaines…

Une phrase

  • Définition (on ne peut plus actuelle) du courtisan en trois verbes : « Recevoir, prendre et demander. »

  • Le comte [à Figaro] : « Je voudrais bien savoir quelle affaire peut arrêter monsieur quand je le fais appeler ?
    - Figaro [faisant mine d’assurer son habillement] : (…)  je me changeais
    - le comte : Les domestiques ici sont plus longs à s’habiller que les maîtres…
    - Figaro [avec un grand sourire] : … C’est qu’ils n’ont point de valets pour les y aider ! »

L'auteur

  • Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799) présenta pour la première fois Le Barbier de Séville ou la précaution inutile, une comédie en quatre actes, au théâtre de la Comédie Française (des Tuileries), le 23 février 1775. 

  • Dans la même veine s’ensuivit La Folle Journée ou le Mariage de Figaro, comédie en cinq actes dont la première représentation officielle eut lieu le 24 avril 1784 après plusieurs années de censure. 

  • Ce Mariage fut même interprété par Marie-Antoinette (en comtesse), et son beau-frère, le comte d'Artois (frère du roi et futur Charles X, dans le rôle de Figaro !), dans le petit théâtre de la reine à Trianon et ce malgré l’interdiction de Louis XVI ! 

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