Le Roi Arthur

Une fresque ambitieuse, mais manque le tragique de la légende
De
Jean-Philippe Bêche
Aux percussions : Aidje Tafial
Mise en scène
Jean-Philippe Bêche
Avec
Jean Philippe Bêche, Antoine Bobbera, Lucas Gonzales, Jerôme Keen, Erwan Zamor, Marianne Giraud-Martinez, Marie-Hélène Viau, Franck Monsigny, Fabian Wolfrom
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Théâtre de l'Epée de Bois à La Cartoucherie
Route du champ de Manœuvre
75012
Paris
0148083974
Jusqu'au 14 octobre 2018: Du jeudi au samedi à 20h30, samedi et dimanche à 16h

Thème

Vaste fresque mettant en lumière tous les personnages et chevaliers mythiques de la fameuse légende du Roi Arthur, tentant de résister avec les chevaliers  de la Table Ronde à l'invasion de la Cornouaille (en l'île de Bretagne!) par les Saxons, mais bientôt soumis aux affres du doute et de la tentation du châtiment face à la "trahison" de sa reine, la douce et faible Guenièvre, cédant, l'espace d'une brève nuit en forêt de Brocéliande (au cœur de l'Armorique) à la passion dévorante du Chevalier Lancelot du Lac, brave parmi les braves.

Au son des tambours et sous les feux de la rampe façon son et lumière, sous les murs de la forteresse royale de Camelot, apparaissent tour à tour tous les héros de la légende, anges ou démons ; Merlin l'enchanteur, le devin, l'inspirateur du roi Arthur courageux, torturé et magnanime, le fidèle Perceval, la fée Morgane, amante déçue, mère désespérée. 

Belle leçon d'histoire médiévale même si elle est imaginaire. Le spectacle est là, les intrigues amoureuses ou de cour se nouent avec leur lot de trahisons, d'incestes involontaires, d'actes héroïques, de duels de titans sous la bannière du Dragon, de tromperies et de turpitudes jusqu'au duel final entre Arthur et Mordred, son fils, fatal à tous les deux. L'amour triomphe mais reste courtois, le Roi Arthur est en proie au doute et au désespoir (bien rendu) mais pardonne la trahison de son preux chevalier qui expiera sa faute en ermite...

Points forts

1- Poésie des mots... et des sentiments, atmosphère de l'époque, articulations des intrigues, l'essentiel y est. Même s'il n'est pas Breton, ni grand Breton, ni féru de l'époque médiévale, le spectateur appréciera la réécriture de cette légende celtique moyenâgeuse.

Poésie et force des mots: le dialogue notamment entre la fée Morgane et le devin Merlin l'enchanteur en forêt de Brocéliande est jubilatoire.

Noblesse des sentiments: une certaine émotion nous gagne au spectacle de cette histoire héroïque, malheureuse et tragique, où l'on s'aime et où l'on se déchire en même temps

2- Mise en scène spectaculaire des combats d'épée et rythme, intervenant à point nommé, donné par une excellente percussion.

Quelques réserves

1- Des oublis et des zones d'ombre, pour les puristes bien sûr... et des détails incongrus                        

L'épée Excalibur de Lancelot, dont l'origine ex nihilo est "escamotée" trop vite, et la quête à peine suggérée d'un Graal "avalé" prématurément rendent peu compréhensible la conclusion de la pièce, clou du spectacle, d'autant que le jeune (l'interprète!) Perceval parait bien tendre pour avoir retrouvé celui-ci et manier celle là, tout seul. Les décors, sobres et imposants, les évocations légendaires nous transportent dans un univers imaginaire accessible, certes, mais les costumes (macintosh contemporains !) des chevaliers nous ramènent sur terre un peu brutalement

2- Le jeu inégal des acteurs. Certains sont transparents ou semblent perdus sur cette scène immense. Manque de répétitions sans doute.

Encore un mot...

Ce Roi Arthur ferait un excellent feuilleton du dimanche soir sur une chaine publique, ou sur TV Breizh, avec une présentation "lyrique" de l'excellent Stéphane Bern et surtout avec les précisions historiques d'un Franck Ferrand, mais on est encore loin de Richard III ou même du Puy du Fou. Si les sentiments très humains sont ici susceptibles de nous émouvoir, la dimension tragique de la légende et de la destinée divinatoire des protagonistes du mythe est trop peu prégnante.

Une phrase

- La Fée Morgane à Merlin l'Enchanteur (Acte 1, scène V):                                      

 "Tu fus mon enchanteur magnifique, mon instructeur, mon devin miraculeux, mon maître à penser, bel astre qui brille encore et qui pourrait monter si haut que j'en ai le vertige. Tu m'as si soigneusement enseignée, Merlin. Nous pourrions aujourd'hui ne faire qu'un. Nous dirigerions aujourd'hui le monde des hommes"

- Merlin : "Lourde tâche!"

L'auteur

Jean Philippe Bêche, auteur, acteur (Arthur Pendragor, Roi de Cornouailles, c'est lui), metteur en scène, présente ici sa deuxième pièce, inspirée d'une légende codifiée par Chrétien de Troyes. Il est entouré de ses 8 compagnons de la Compagnie du Rameau d'Or. Alternant les rôles des répertoires classiques et modernes dans une trentaine de pièces comme Ruy Blas, Les Rustres avec Michel Galabru, Les 39 Marches (Molière de la meilleure comédie en 2010), ou encore Le Gros Diamant du Prince Ludwig (Molière en 2018), Jean Philippe Bêche a créé récemment "Tony et Marylin" sur un épisode de la vie de Marilyn qui rencontra le succès de la critique et du public à Avignon. S'il est l'auteur des très beaux textes du Roi Arthur et le créateur de la mise en scène, rendons à Chrétien de Troyes la paternité du scénario, écrit au XIIème siècle.

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