Spiritueux
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Thème
Dans ce seul-en-scène, le spectateur voit s'élever un corps, celui d'un homme en proie aux dérives de l'alcool, à un moment de séparation dans un couple. Ce corps rampe, se tortille au sol amenant presque le spectateur à la nausée en assistant pendant de longues minutes à cette déchéance sans qu'une élévation semble possible.
Progressivement, le corps est amené à se lever, à se dresser et permet au personnage de tenter de démêler les fils d'une soirée alcoolisée. La dimension physique est constamment présente dès le début par l'amplitude des gestes d'un personnage commandant à nouveau une pinte au bar en début de soirée, puis par le corps dansant, se déhanchant en soirée dans un appartement que la force de jeu du comédien dans ce seul-en-scène rend palpable.
Derrière ce personnage (on ne peut s’empêcher de supposer une dimension autobiographique ) et les scènes familières rappelant à nombre d'entre nous certains souvenirs éthérés, naît en filigrane chez le spectateur la prise de conscience malaisée de l'acceptabilité de l'alcool “festif“ en France.
Points forts
Le tour de force d’un comédien, également auteur et metteur en scène, doté d’une présence physique remarquable, une voix qui porte et dont on craint que, de cris et de vociférations, en diatribes et chants, elle en vienne à se casser. Ce n'est jamais le cas et une chanson au cœur du spectacle poussée sur la voix de l'artiste vient couper le souffle des spectateurs de part la puissance vocale et la confession d'un sentiment amoureux livré dans toute sa détresse.
La performance physique de Laurent Cazanave est impressionnante, avec une présence ininterrompue sur scène parfois même en interaction avec/dans le public en un rythme intense, une profusion verbale à certains moments, et un corps dansant, titubant, se contorsionnant en une vibration le plus souvent désespérée. Dans ce texte, la voix du comédien devient de plus en plus audible, de plus en plus poignante pour aller vers l'intime du personnage.
Une chorégraphie sur une chanson de Britney Spears pourrait sembler ancrer la pièce dans une temporalité précise, celle du début des années 2000, mais la force du spectacle est qu'il convoque en nous ces souvenirs de fêtes alcoolisées, d'amis braillards et débraillés et génère un frisson rétrospectif en nous-mêmes.
Quelques réserves
Dans sa version “légère’“ - sans l'habillage lumière et la création d'un espace diurne - la force du spectacle est sans doute atténuée, les soubresauts parfois pathétiques d'un corps incontrôlé sous l'effet de l'alcool, devenant de ce fait sans doute moins “parlants“.
Le thème de la déchéance et de la violence produite par l'alcool chez le personnage a semblé choquer quelques jeunes spectateurs présents au moment de cette représentation, et avec qui j'ai pu échanger, notamment lorsque l'alcool amène le personnage à devenir violent envers son ex-femme lors d'une soirée.
Encore un mot...
Le spectacle inclut de nombreuses chansons, et l'on prend conscience que la vocifération sur ces musiques a souvent dans notre vie pu accompagner le corps ivre dans son exultation, mais également que les références à l'alcool dans le répertoire chanté traditionnel français ont rythmé notre vie sans que nous en ayons pendant longtemps pris conscience.
Une phrase
« Je vais tenir toute la nuit. Du café et du sucre, boostés par l’alcool. »
« J’ai l’habitude. J’ai un peu bu tous les soirs. Je ne suis pas alcoolique je me contrôle. Juste une bière de temps en temps. Pour se détendre. »
« Là il me faut du courage. Tant de choses à lui dire. À raconter. »
L'auteur
Né en 1988, Laurent Cazanave a commencé le théâtre à l’âge de cinq ans aux Enfants de la Comédie à Sèvres. Il joue très vite dans des spectacles professionnels, avec entre autre Jacques Weber, Françoise Fabian et Michel Leeb.
ll participe à plusieurs téléfilms, dont L’Ile Atlantique, réalisé par G. Mordillat, et à quelques films, comme Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain et Paris, je t’aime.
En 2006 admis à la Classe libre du Cours Florent et à l’Ecole du TNB à Rennes, Laurent Cazanave choisit le TNB. Il va alors travailler sous la direction de divers metteurs en scène, dont St. Nordey, R. Fichet ...
Depuis septembre 2010, il joue avec Claude Régy, Angelin Preljocaj, Christine Le Tailleur, Thomas Bouvet, Christophe Bergon, Lazare, Jules Meary, Alexandre Virapin, Julie Beres, Eric Dedadelsen, Arnaud Stephan, Stephane Valensi, Karin Catala, Ivicia Buljan, Roland Fichet, Jean Christophe Sais, Francesco Agnello, Margaux Gorce, Valérie Manstraglio, Marie-Hélène Janin… et tourne avec Mia Hansen-Love.
Laurent Cazanave a été nominé aux Molières 2011 du jeune talent masculin pour Brume de dieu, de Claude Régy.
Il écrit également ses propres textes (4 Saisons, lauréat du CNT 2011, Tous les enfants veulent faire comme les grands, Spiritueux) et réalise plusieurs mises en scène (Tes yeux se voilent, Le roi des concombres, Le cantique de la crinière, Éros ou Platon, La poussette, Je me suis assise et j'ai gobé le temps, Tous les enfants veulent faire comme les grands et Spiritueux, déjà cités)..
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