Juste un mot, le billet d'humeur de Pierre Bénard : « Evénement neigeux »
On ne se lasse pas d’admirer les ressources en vocabulaire de ceux qui, tous les jours, nous entretiennent de « notre météo ».
Ce possessif, déjà, est admirable. Il suggère que le temps qu’il fait, autrement dit, par excellence, ce qui m’échappe complètement, est mien d’une certaine manière. « Votre météo du week-end » ! Et pluie, soleil et vent revêtent l’air familier, bienveillant, amical, de votre vieux chapeau, votre vieille robe de chambre ou votre parapluie. Tout vous sert, vous sourit, le monde est comme à vous.
Mais en même temps (si je puis dire), on ne peut que s’émerveiller de l’art avec lequel, pour émailler ce qu’on appelait jadis, tristement, le « bulletin », on a créé, on crée encore, tout un lexique ingénieux.
Je passe sur la « grisaille », qui depuis quarante ans remplace le « temps gris ». Sur « façade » au lieu de « côte » et sur tout un vocabulaire technique qui, certes, peut faire bien dans la conversation. Ignorant que je suis, je m’étonne toujours d’entendre parler de « temps agité » là où je ne vois que calme et que sérénité : je pense à l’harmonie d’une lente et lourde pluie.
Mais enfin, on peut dire qu’il neige sans parler d’ « événement neigeux », qu’il pleut sans évoquer un « épisode pluvieux », annoncer le verglas sans le rebaptiser « phénomène glissant » !
Dessin de Xavier Broxolle