Le Roman de Barcelone
Parution en février 2026
455 pages
22 euros 50
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Thème
Le roman de Barcelone présente un tableau méticuleux et foisonnant de personnages dans une succession de luttes, rivalités, révoltes, guerres, épidémies, bouleversements économiques et sociaux, qui font l’histoire de cette métropole.
Nous assistons, hébétés, au sacrifice récurrent de cette ville, à sa résilience. Au sein de leur bien aimée cité, les Catalans affrontent les sièges, les épreuves, les exactions, les famines, la peste, les destructions et incendies, la guerre civile.
Le récit nous rappelle l’arrivée des Romains, celle des Wisigoths, des Musulmans et des Francs. Les rivalités et les combats contre Cordoue, Madrid. Sans oublier nombre de guerres de succession, trahisons, meurtres, évoqués largement ici.
L’Europe, le Bassin Méditerranéen, les Amériques, sont au cœur des préoccupations avec, au sein de l’Europe, la France et les Français.
Une part belle est faite au développement, au commerce, à l’industrie, à la prospérité, à l’enrichissement et au mécénat dont les nombreux palais sont le témoignage.
Les murailles de Barcino, les différents quartiers qui naissent au cours des temps, comme le Barri gotic, le Raval, l’Eixample, le Passeig de Gracia, ont leur place dans l’épopée.
Une galerie de personnages pittoresques, extravagants, affublés pour certains de surnoms chers aux Barcelonais, s’anime sous nos yeux : Tête d’étoupe, Eulalie, Esmessanda, Jean l’incapable, Gilfred le velu, Pierre le cérémonieux, Ferdinand le désiré, pour n’en citer que quelques exemples. D’autres, plus familiers, comme Alaric, Charlemagne, Hugues Capet, Charles Quint, Napoléon et tant d’autres, entrent dans cette farandole le plus souvent dramatique voire tragique.
Le récit, a priori exhaustif, nous présente les comtes-rois, les « gens de bé », les « indians », les « malcontents », les « exaltats », les ultralibertaires, les carlistes, les républicains, dans une fresque dont Barcelone est bien plus qu’un décor.
Qualifiée de « ville des prodiges » par E Mendoza, celle-ci est pour l’auteur un « chaudron de créativité ». La preuve : Gaudi est fils de chaudronnier !
Points forts
C’est un Catalan qui nous confie cette histoire de sa ville, bien qu’il soit né à Perpignan, en Catalogne du Nord .
La succession de personnages donne l’impression que nul n’est oublié ; chacun a son rôle, son influence tangible, bonne ou mauvaise, sur cette épopée. L’auteur nous l’exprime par la générosité, l’ampleur de cette succession de noms, prénoms, chiffres, dates, comtes, comtes-rois, califes, évêques, marchands, industrieux, architectes; tous importants, présentés comme tels, ils nous sont livrés sans préférence de la part de Pierre Lunel, semble t-il, avec leurs tergiversations, leurs erreurs, leur hubris, leur cruauté, leurs échecs quand c’est le cas.
C’est avec verve que l’auteur distille sa vision de Barcelone : Barcelone qui résiste avec une philosophie de l’action héritée de sa vision du christianisme guidant son peuple, l’habitant et le menant au combat perpétuellement. Il nous conduit avec optimisme jusqu’au dernier vainqueur, celui de l’édification de la Sagrada Familia dont l’étoile de la Tour de Jésus vient d’être fixée et sera bénie par le pape Léon XIV.
Quelques réserves
Pour ma part, j’ai hélas relevé assez vite des contradictions, des confusions et des erreurs. C’est dommage dans une œuvre aussi importante et sérieuse.
Le lecteur attentif ou exigeant risque de devenir suspicieux. Cela augure alors d’une lecture moins agréable, tout simplement empreinte d’un désir de vérification assez légitime.
Les Catalans auront plus de facilité à suivre.
Encore un mot...
L’écriture dynamique de Pierre Lunel nous permet de poursuivre allègrement cette course à travers le temps. La précision est de mise dans ses lignes ; elle est bienvenue et nécessaire pour suivre les méandres voire le labyrinthe du Roman de Barcelone ! Ouvrir le livre, c’est le parcourir ensuite avec un soin régulier et le lecteur doit bien cela à Barcelone .
Les paragraphes situés en fin de chaque séquence, de fonte différente, nous emmènent dans des récits plus détaillés, plus romantiques, concernant des personnalités choisies par l’auteur. Une émotion naît alors à la découverte de ces vies incroyables.
Le livre est une mine d’informations où fourmillent les hauts faits comme les anecdotes pittoresques.
Une phrase
« Donc ils divisent la « Catalogne » pour mieux la dominer. L’ancienne terre wisigothe est divisée en deux ! Au nord du rio Llobregat, ce sera la vieille « Catalogne » jusqu’à l’actuelle Narbonne; au sud , « la Catalogne» Nouvelle. Plus au sud, ce sera le cœur de l’empire musulman : le califat de Cordoue. Les musulmans trouvent plus d’opposition au nord qu’au sud. C’est bien beau de tenir Barcelone et les villes de la côte, mais le Nord, ce sont surtout de hautes montagnes pyrénéennes avec leurs villages et leurs bourgs fortifiés. » P. 49
« Revenons à cette fameuse Santa Maria del Mar. Au temps jadis, il y avait là une autre église, fameuse elle aussi, qui s’appelait Santa Maria de las Arenes. Arenes… ce mot castillan signifiant « lieu sablonneux » nous rappelle que cette église très ancienne touchait le sable, c’est-à-dire la plage. Puis on avait gagné du terrain sur la mer tandis que naissait le quartier des marins, des pêcheurs, de tous ceux qui, de près ou de loin, ont affaire avec la mer, au point qu’il a bien fallu chercher une protection divine pour les travailleurs de la mer. Ce sera Santa Maria del Mar. On sait depuis toujours les rivalités entre quartiers qui sont déterminées par le fait d’appartenir ou non à telle ou telle classe sociale.» P.155
« Ramon Borrell II est mieux équipé militairement que son père. Il veut le venger et venger l’année terrible de 985 aux dépens de Cordoue. Il va réunir une armée et descendre vers le sud. Il désire en finir pour de bon avec le péril du Croissant ! Il a son casus belli : parce qu’il voit une merveilleuse ouverture, il répond à la forteresse musulmane de Tortosa dont le gouverneur Wahid s’est révolté contre le califat. Ramon prend Tortosa. Cinq ans plus tard, ce sera Cordoue. 985 est vengé. Désormais la preuve est faite : on peut vaincre les musulmans. Hélas, à trop regarder du côté de Cordoue, on oublie de regarder vers l’ouest où, à Saragosse en Aragon voisin, ce sont encore les Sarrasins qui font la loi. Ramon Borrell relève le défi et y perd la vie. » P. 83
L'auteur
Pierre Lunel, né à Perpignan en 1947, est essayiste, haut fonctionnaire, écrivain, directeur de fiction à FR 3, est aussi directeur de l’université de Paris VIII.
Son œuvre est éclectique : romans historiques - comme Caligula ou Les Kennedy, Sœur Emanuelle - et des chroniques de villes. Citons encore L’insurgé de Dieu consacré à l’abbé Pierre (Paris: Éditions n°1, 1989) ; 40 ans d’amour (Éditions n°1, 1992); Puis d’autres œuvres comme Fac : le grand merdier ? Pour en sortir:confidences d’un président d’université (Anne Carrière, 2007); Je prie et je suis exaucé : les pouvoirs secrets de la prière (Paris, First Éditions, 2024) ; Et enfin, Le Roman de Barcelone pour lequel Pierre Lunel a reçu le Prix Méditerranée.
Commentaires
Errata : C’est la croix de la tour de Jesus et nom l’étoile qui vient d’être bénie par le pape Léon XIV
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