Les Évadés du convoi 53
Parution le 12 mars 2026
304 pages
21 euros
Infos & réservation
Thème
C’est l’histoire vraie de Paul Fogel, grand-père de l’auteur Benjamin Fogel.
24 février 1943, la police toque à la porte de la famille Fogel. Ils ont été dénoncés et sont arrêtés. C’est ainsi qu’Armand, Hélène et leurs deux fils, Robert l’aîné et Paul le cadet sont envoyés à Drancy.
A Drancy, ils font la connaissance d’un certain Sylvain Kaufmann, prisonnier comme eux, dont le charisme donne immédiatement envie de le suivre, de lui faire confiance. Du reste, Sylvain Kaufmann a pris sous son aile le jeune Hugues Steiner qui, désespéré, commençait à se laisser dépérir. Il lui a redonné espoir et l’a convaincu de se relever.
Après de longs jours de maltraitances, ils comprennent qu'ils vont bientôt être déportés vers un nouveau camp et ont l'intuition qu’ils pourraient échapper à la vigilance des SS lors de ce transfert. Ils commencent alors à réfléchir à une possible fuite du train : comment se procurer le matériel dont ils pourraient avoir besoin ? Étant donné leur condition physique, qui pourrait survivre à une telle évasion? Quel serait le moment opportun ? Une fois l’opération réussie, comment survivre ?
Quand l’indicible devient quotidien, que reste-t-il excepté le regard d’un frère qui espère pour vous ?
Points forts
- L’un des points forts du récit est d’emmener le lecteur en “caméra embarquée”. Que ce soit dans la famille Fogel au début - ce pourrait bien être la nôtre - puis à chaque étape du récit. Chaque personne est décrite avec justesse, dans ses qualités comme dans ses défauts. Nous sommes face à des hommes héroïques certes mais qui n’en sont pas moins des humains “normaux”. Ce témoignage est un roman d’aventures qui va de rebondissement en rebondissement. On retient son souffle pendant la lecture, si cette histoire n’était pas écrite par le petit-fils de l’un des Évadés, on aurait peine à la croire.
- Ce Sylvain Kaufmann, héros magnifiquement raconté qui réussit à convaincre des hommes de tenter l’évasion. Son audace, son aura, “sa chance insolente” (p. 130) son charisme de mentor, “ pour sauver dans son sillage le plus de personnes possibles.” (p. 294).
- Plusieurs duos se forment dans le récit. Benjamin Fogel a le don de décrire cette relation de fraternité : un homme se sent responsable d’un autre et veille sur lui, s’engageant ainsi moralement. Cette responsabilité lui donne la force de vivre pour celui qu’il protège. A l’inverse, “le protégé” n’a d’autre option que de faire confiance et de suivre celui qui donnerait tout pour lui.
- Paul Fogel raconte la paranoïa qui se développe du côté des persécutés. Cette paranoïa qui rend méfiant de tout, aux aguets, comme un animal. Et en même temps, cette magnifique espérance propre à l’homme, ce lien de loyauté qui se tisse entre les condamnés au seuil de la mort. Là est le vrai courage au sens étymologique du terme. Oui décidément “Les Évadés du convoi 53” sont des hommes agissant avec le cœur.
- Une écriture pudique et juste, pas un mot de trop pour décrire l’horreur de ce que ces hommes ont vécu.
Quelques réserves
J’ai aimé ce roman sans réserve. Plongée dans l’atmosphère épouvantable du camp, au moment de me saisir de mon livre pour en poursuivre la lecture, l’inscription rouge Les évadés du convoi 53 de la magnifique couverture crème de l’édition Blanche de Gallimard m’a parue de sang. Puisse cette image disparaître !
Encore un mot...
“Après la guerre, comme de nombreux survivants, Paul [Fogel] a tu les événements, persuadé qu’on ne le croirait pas. Il n’a pas témoigné devant les commissions d’enquête. Il n’a pas couché sur le papier ses souvenirs. Il a dissimulé ses blessures et vainement tenté d’enfouir ses traumatismes.” (p. 285).
Il a fallu attendre la diffusion d’Holocauste de Marvin Chomsky (1978) puis Shoah de Claude Lanzmann en 1985 pour que la parole se libère. Paul Fogel s’est alors mis à témoigner sans relâche auprès de sa famille, des écoles, des journalistes, etc. Son petit-fils Benjamin Fogel a écrit l’histoire des Évadés du convoi 53. Combien de générations encore feront remonter les terribles récits de leurs aïeux ?
Une phrase
- “Lors des rares moments de répit, ils se racontent leur enfance, les gens avec qui ils ont grandi, les filles qu’ils ont connues. Ils parlent des plats qu'ils aimeraient manger - le klops, pain de viande ashkénaze, et le lokshen kugel sont plébiscités -, se remémorent les shabbats en famille ou la cuisine d'un bistrot qui faisait le coin de la rue. Mais la question qui revient tout le temps, c'est : « Pourquoi sommes-nous encore vivants ? »”. P. 235
- “ Dans l'obscurité de la cellule, Robert partage ses préoccupations avec son petit frère. « À quoi bon chercher du sens à tout ça ? lui répond Paul. Si quelqu'un nous a balancés, il l'a sûrement fait pour survivre. Découvrir ce qui s'est passé ne nous aiderait en rien. La seule chose qui compte, maintenant, c'est de tenir le plus longtemps possible, ensemble. Parce que sans toi, ça ne vaudrait pas la peine de continuer. »” P. 246
L'auteur
Benjamin Fogel, né à Paris en 1981, est cofondateur des éditions Playlist Society qui publie des essais culturels sur le cinéma, la musique et la littérature.
Il a publié Le Renoncement de Howard Devoto (Le Mot et le Reste, 2025), La Transparence selon Irina (Rivages, 2019), Le Silence selon Manon (Rivages, 2021), L'Absence selon Camille (Rivages, 2024). Les évadés du convoi 53 est son cinquième roman.
Commentaires
Cette critique m’a convaincue de le lire, et quelle belle découverte ! Une lecture qui aborde la guerre sous un angle original et profondément humain. Captivant du début à la fin, riche en émotions… J’ai adoré et je ne peux que le recommander. Merci Célestine pour vos mots très justes !
Ajouter un commentaire