Submersion
parution en avril 2026
273 pages
21,90 €
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Thème
Avec Submersion et après Tsunami, Marc Dugain poursuit son travail d’introspection politique et géopolitique pour dénoncer la crise de la démocratie et la montée irrésistible des autocraties qui menacent le monde occidental, en y ajoutant les enjeux du siècle qui se confondent avec ses maux, la démographie en berne, le réchauffement climatique et les migrations qu’il implique; sans oublier bien sûr l’intelligence artificielle et l’omnipuissance de ses acteurs, tous obsédés par l’avènement de l’homme éternel qui ne devrait pas tarder à avoir raison de l’homo sapiens, une bonne fois pour toutes.
Factuellement, l’histoire commence par une grosse vague qui ravage la ville de Cannes en plein festival, sans victime, du moins du côté des enfants, ceux qui comptent quand ils deviennent si rares dans un pays qui cumule les déficits, budgétaire ou démographique. S'ensuit un court débat sur l’écologie, objet de toutes les surenchères, sur le réchauffement climatique, la démagogie complotiste. Le jeune Président de la République en exercice, élu dans un « concours de circonstances », veut défier l’électeur en provoquant un débat et un référendum sur le référendum, pour l’institutionnaliser, dans l’esprit de la Vème République inventée par De Gaulle, la Constitution ayant selon l’auteur subi à peu près les mêmes affres que le Nouveau Testament, « vidé de son sens par les prédicateurs évangéliques ».
Tout y passe, l’obsession tsarienne de Poutine qui ne renoncera jamais à la guerre, la compromission de Trump et de Vance avec le monde des affaires et celui des Gafam en particulier, les manipulations sournoises de la Chine et sa percée industrielle et technologique qui ruine l’industrie européenne à petits feux, la compromission de Parker, le Premier Ministre anglais, suspecté de servir la soupe à la CIA, la relance de l’amitié franco-allemande avec Lutz, dernier chancelier en date, et ainsi de suite…
C’est au cœur de cette fiction politique très proche de la réalité connue du moment que se trame une affaire personnelle et romanesque, celle de l’homme Président en rupture de ban avec sa femme qui ne veut pas assumer le rôle de Première Dame, de leur recours à une GPA qui tourne court, d’une histoire d’amour sincère qui se noue avec la mère porteuse, d’une inimitié explosive avec un homme d’affaires aussi véreux que puissant qui veut sa perte, et -comme une grâce dans l’océan de requins dans lequel le héros évolue- de la fidélité de deux hommes au service du chef et du pouvoir, deux hommes respectables et pas un de plus pour nager dans le marigot avec lui.
Points forts
- L’analyse du contexte global, cette espèce de vision à la fois lucide et féroce du monde dans lequel les politiques évoluent, toujours si bien mise en œuvre par l’auteur, familier de l’exercice.
- Les quelques bouffées d’humanité qui exhalent de ce marigot, cette âme qui est à l’homme ce que l’oxygène est à l’air, essentielle et de plus en plus rare.
Quelques réserves
L’intrigue personnelle du Président en exercice, ici sur fond de GPA, là sur fond de compromissions mafieuses, efficaces pour nourrir le récit mais finalement un peu convenues.
L’idée de quelque chose de « déjà lu », ce qui n’enlève rien à la qualité de l’analyse, à l’imagination et au style.
Encore un mot...
Dugain est passé maître dans cet exercice du roman historique et politique avec des ouvrages bien documentés, érigeant des hommes de pouvoir, toujours fictifs, en artisans de leur propre perte, en les plaçant au cœur de récits illustrant bien l’isolement et les dérives du pouvoir jusqu’aux pathologies qu’il implique, la menace, le chantage, la manipulation, la paranoïa. Son genre, révélé avec La chambre des officiers s’est affirmé par Une exécution ordinaire et un peu plus tard, le décryptage subtil de l’assassinat de Robert Kennedy.
Il évolue encore aujourd’hui, en ce sens qu’il est désormais question de ne plus seulement considérer ce qui est mais encore d’imaginer ce qui vient, dans des romans à la fois disruptifs et uchroniques ; Tsunami et Submersion tracent ainsi la voie de l’apocalypse, celle que l’homme post-moderne devenu apprenti-sorcier provoque aujourd’hui, en cherchant à avoir raison de la mort quand il n’a pas compris que, seule et paradoxalement, c’est la mort précisément qui rend concevable et supportable la vie humaine.
Une phrase
« L’homme, ce vorace impénitent, qui pense que le sens de l’histoire est l’appropriation sans fin, je dois le mener à ce qui semble être sa dernière bataille, celle de sa survie, face à la destruction de son environnement et à son irrésistible attraction pour une apocalypse nucléaire, qui pourrait nous emporter en anéantissant cette oasis paradisiaque qu’est la Terre, dont la responsabilité nous a été confiée, à tort, par l’évolution. » P. 23
L'auteur
Marc Dugain est né en 1957 au Sénégal, d’un père physicien et d’une mère diplômée d’HEC. Il grandit à Grenoble, suit les cours de Sciences-Po et s’engage dans l’expertise comptable ; avec le titre de commissaire aux comptes, il s’engage dans l’activité financière au sein des Caisses d’Epargne, donne des cours à l’EM Lyon Business School. Devenu entrepreneur, il dirige une petite compagnie aérienne qui sera absorbée in fine par Air France-KLM.
Menant ainsi une brillante carrière dans les affaires, il s’initie au roman à l’aube des années 1990 et connaît son premier succès majeur avec la publication de La chambre des officiers, l’histoire des “gueules cassées” nourrie par celle de son grand-père, un roman qui lui vaut une immense notoriété et une avalanche de prix (Deux-Magots, Roger-Nimier, Prix des Libraires), jusqu’à son adaptation magistrale au cinéma par François Dupeyron. Il compte une trentaine d’ouvrages à son bilan, pour la plupart bien accueillis du public, associés à quelques réalisations télévisées et cinématographiques qui font de Marc Dugain un acteur incontournable du cercle littéraire et culturel français du moment.
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