L’élégance est un art de vivre. Les chroniques de Parisian Gentleman (2009-2025)
Parution le 7 novembre 2025
235 pages
20 €
Infos & réservation
Thème
En dépit de sa détestation affichée pour les compilations qui dissipent le souffle du compositeur, Hugo Jacomet admet se parjurer en éditant une nouvelle fois ses chroniques du blog Parisian Gentleman qui traitent du « sartorial », un mot privilégié sur notre banal « vestimentaire» à la française, comme un alter-ego réducteur, voire vulgaire, quand il s’agit de définir cet ensemble de choses que ces deux mots embrassent à la fois, ainsi le choix d’un tissu, sa coupe et sa confection qu’on commande au tailleur, et bien au-delà quelque chose qui participe de cette élégance masculine, comme l’expression d’une culture, d’un savoir-faire ancestral et d’un savoir-vivre qui l’est autant, celle d’un raffinement affranchi des modes et du snobisme.
Ainsi sera-t-il nécessairement question, au premier degré, du costume droit ou croisé, à deux ou trois boutons, avec ou sans gilet, du dilemme existentiel entre le mouchoir blanc et la pochette dans l’ordre des accessoires, du glaçage des derbys et des richelieus, de toutes ces sortes de choses futiles en somme qui le sont moins qu’il n’y parait pour peu que les contours de la personnalité se dessinent sous le coton d’Egypte, le tweed ou la flanelle.
Car au bout du compte et c’est heureux, l’essentiel est ailleurs, dans la philosophie sous-jacente du sartorialiste qui ne se confond jamais avec le dandy, sa caricature ; il veut simplement rompre avec la laideur et le standard, refuse l’idée de superficialité attachée à sa démarche conçue comme une autre expression de soi-même, comme un appétit, une curiosité, un goût pour le beau en général, et pourquoi pas, n’ayons pas peur des mots, une morale comportementale. Une formule de l’ouvrage définit assez bien le propos de l’auteur : « Pour faire court, il ne s’agit pas de légèreté… mais au contraire de la tentative réfléchie d'apparaître naturel». Tout un programme !
Points forts
L’idée même de hisser l’élégance au niveau de l’art de vivre en y associant tant de vertus, à commencer par le respect des autres, après Balzac, Proust et bien d’autres.
Le combat contre l’idée de conformisme et de superficialité qui seraient attachés au sartorialisme quand ces écueils menacent plutôt les bobos qui se croient subversifs en arborant un polo-teeshirt-baskets.
Certaines apologies, ainsi celles des bretelles qui en disent plus long sur le bonhomme qui les porte qu’on ne l’imagine.
Quelques réserves
Un peu de désordre à la fin dans la présentation des choses et quelques redondances aussi, fatales lorsque l’on compile, d’où l’idée de ne pas le faire !
Encore un mot...
Le sujet peut en effet passer pour artificiel mais il ne l’est pas si l’on considère l’art sartorial comme l’expression d’un idéal, une espèce de synthèse entre le goût, le beau, l’élévation de soi-même, la sublimation de son état naturel, une philosophie comportementale en somme, éloignée de l’imitation et de la prétention, à l’opposé du dandysme « qui appelle l’ego et la vanité ». A bien lire l’ouvrage, on comprend qu’il y a plein de manières d’être élégant, dans sa mise et dans son comportement, et que les critères ne sont jamais figés, à la différence de la mode qui n’est qu’affaire de circonstance et de grégarisme béat. Pour illustrer le propos, il faut, comme l’auteur, citer Frank Capra : « Ne suivez pas les tendances, créez votre propre tendance, créez votre propre univers ». La vérité sous-jacente est dans le paradoxe, celui de porter des Berluti ou des John Lobb sans que cela se sache. L’auteur nous rappelle aussi que l’élégance n’est pas une fin en soi, plutôt un chemin vers les crêtes.
A sa manière, Hugo Jacomet renoue avec ceux des grands auteurs qui ont déjà glosé sur le sujet, Balzac qui disait du vêtement qu’il est « le symbole de la pensée », Proust et son baron de Charlus, ou plus proche de nous, Roland Barthes qui associe le vêtement au langage, Armani aussi qui refu
Une phrase
« Et si la superficialité était, finalement, un combat, une lutte pour continuer, contre vents et marées, à célébrer les détails qui font vraiment nos vies ? » Page 24
« Comme Castiglione l’explique, le grand avantage de la sprezzatura est qu’elle implique une grandeur dissimulée, un potentiel implicite jusque dans les défauts qu’elle révèle subtilement. C’est une attitude très appréciée par les cavaliers anglais, les hommes de la Régence, par l’Amérique de Jackson et par la France du Directoire. » P 37
« Le gentleman dans son acception moderne, c’est tout l’inverse ! C’est justement une bienveillance par rapport à autrui, une discrétion, l’art de ne pas se mettre trop en avant, celui d’avoir des conversations civilisées. » P 132
L'auteur
Hugo Jacomet a donc créé ce blog Parisian Gentleman en 2009 avec Sonya Glyn, sa future épouse qui développera la version anglophone de la chaîne YouTube Sartorial Talks. Il y développe les thèmes qui lui sont chers, autour de l’habillement bien sûr, entre partage des bonnes adresses, apologie du savoir-faire artisanal et présentation des ateliers du cousu-main, en rappelant que l’élégance se confond avec les valeurs et la morale. Il a déjà publié deux ouvrages ou séries d’ouvrages sur ce même thème, avec un succès croissant, Parisian Gentleman» et Italian Gentleman. On le définit comme « la figure de proue du renouveau de la mode masculine traditionnelle et de la confection sur mesure » mais il est d’évidence un peu plus que ça et compte 125.000 followers sur son blog.
Ajouter un commentaire