Les dix renoncements qui ont fait la France

Du plus ancien, la Révocation de l’édit de Nantes, au plus grave, le «renoncement à l’âme» de Munich. Le point de départ d’un nouveau rayonnement et d’un destin retrouvé ?
De
Thierry Breton
Plon - Buchet Chastel
Parution le 23 octobre 2025
434 pages
23 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

L’ancien commissaire européen tire un constat accablant sur 10 errements politiques et économiques qui ont mis à bas la France depuis la Révocation de l’édit de Nantes, soulignant que notre pays avait tout eu pour réussir et franchir  les obstacles qui se dressaient face à son économie et à son leadershipAujourd’hui notre pays n‘a plus de boussole financière en ayant renoncé à toute maîtrise budgétaire, et notamment à tout contrôle de son endettement, et donc n’est plus en  capacité de répondre aux bouleversements économiques et géopolitiques du monde. A chaque moment de l’Histoire où la France avait eu  le plus de chance de dominer au moins l’Europe tout entière, voire le monde, il a fallu qu’ elle enclenche errements ou contre-performances, décisions absurdes et catastrophiques qui vont annuler les effets bénéfiques d’années de prospérité.

 Exemple flagrant :   depuis 1534, avec Jacques Cartier et la fondation de Québec par Samuel de Champlain en 1608 et durant deux siècles, avec des Jean Bart ou des Surcouf, la France s’était taillée un immense empire ultramarin avec  Louisiane,  Mississippi, Arkansas, Missouri, Canada. La Royale Française rivalisait avec la Navy sur mer et aussi sur terre. Missionnaires et colons français nouaient des relations fructueuses avec les populations indiennes qui les préféraient aux Anglais. En 1744 le père Charlevoix  écrivait « la nation française était la seule qui ait eu le secret de gagner l’affection des Américains » (Histoire de la Nouvelle France). Mais qu’importe. Après la chute de Québec puis de Montréal et la vente de la vaisselle d’or du roi à l’Hôtel de la Monnaie pour payer les troupes, le comte de Choiseul, alors premier ministre de louis XV, fut contraint de céder les immenses terres d’Amérique aux Anglais : 15 fois le territoire  de France ! Nous sommes alors en 1763 à Fontainebleau lors de la conférence internationale pour la paix. Le début de la fin (de la Guerre de 30 ans) en quelque sorte. Cette période de reculades et de négociations de « boutiquiers » n’est pas sans évoquer les allers/retours et intimidations de la crise actuelle.

Sautons à l’ultime chapitre X, « Le renoncement au destin »  : « la dette publique depuis 50 ans », c’est notre fardeau ou, si l'on préfère, notre trésor national, selon le mot ironique de Mirabeau en 1789. Thierry Breton en fut l’un des principaux témoins, lui dont l’objectif fut de ramener l’endettement public de la France de 67% du Pib à 60%. Difficile à atteindre tant l’addiction à la dette publique est profondément ancrée. L’auteur relate les combats sourds que se livraient sarkozystes et chiraquiens au moment des élections présidentielles de 2007. Entre les deux tours, le candidat Sarkozy déclarait subitement remiser au placard les engagements précédents de ramener la dette à des niveaux acceptables notamment par nos partenaires de Bruxelles. Au passage, Jacques Chirac se faisait traiter de « roi fainéant ».  Breton en profite pour épingler Sarkozy qui devait mettre la France en retrait de toute politique économique et monétaire coordonnée au niveau de l’Union. Résultat : « Les patients efforts de mes équipes furent réduits à néant » regrette Breton, qui salue ironiquement la performance électorale du président en pointant avec malice que seules 47% des réformes annoncées seront réalisées alors que la dette allait augmenter entre 2007 et 2012 de 50 % ! «Un pays qui ne compte pas est un pays qui ne compte plus » conclut Thierry Breton. La France est aujourd’hui le premier pays emprunteur du monde (en euros) : 300 milliards en 2025. Ce qui nous coûte 55 milliard d’intérêts par an

Points forts

  • Talent pédagogique et esprit de synthèse. Breton n’a pas volé son poste de professeur à Harvard

  • Une vocation d’historien. Ses descriptions sont documentées  en profondeur. Les textes les plus spectaculaires et émouvants : le texte « odieux » des accords de Munich de 1938 qui a conduit à l’abandon de la Tchécoslovaquie à la suite du « lâchage » de la Grande Bretagne, suivi, occasion manquée, de notre refus - contre tous les européens réunis - de la CED (Communauté Européenne de Défense).

  • Sa connaissance du milieu américain, ce qui ne l’a pas protégé des foudres du Président Trump. En   quelque sorte, il aura servi de paratonnerre en digne émule de Benjamin Franklin qu’il cite largement

  • La description épique des graves évènements de 1848, (cf. l’évocation de Blanqui libéré qui croupissait en prison depuis 8 ans, et les témoignages de Tocqueville) sans craindre  des descriptions violentes et des verbatim sanguinaires comme les vindictes de Marie d’Agoult, la féministe déchainée ou le courage de Lamartine qui s’opposa physiquement à l’adoption du drapeau rouge. Au total plus de 3500 morts sur le carreau !

Quelques réserves

L’auteur cache mal une certaine admiration sans nuances pour le Président Chirac ni son opposition à la gouvernance de son successeur, le jeune Sarkozy, en omettant son rôle décisif dans la crise des subprimes. Il exprime une sorte de plaidoyer pro-domo tendant à nous persuader qu’il est un des seuls à tenir le remède  à la crise économique, pour ne pas dire à la déroute financière, évoquée par un François Fillon qui s’est accroché pendant 5 ans ! Il ne nous a pas totalement convaincus, n'ayant pas apporté ses preuves sur le temps long.

Encore un mot...

Breton nous éclaire sur des périodes troublées et les soubresauts d’une économie vacillante et d’un peuple hystérisé.

Une phrase

« En février 2005 alors que je me retrouvai à la tête du ministère des finances, l’endettement frôlait les 70% du PIB, le déficit public était de 3,7% du PIB soit 0,7% au-dessus du plafond fixé par les règles communautaires portées par la France huit ans plus tôt. Très vite, je déclarai à mes équipes que notre objectif était de revenir dans les clous du traité pour que la France respecte sa parole et que la confiance revienne, je m’engageai alors publiquement à ce que le déficit retombe sous la barre des 3% dès 2005. Une semaine après ma nomination tous les directeurs du ministère demandaient à me voir toutes affaires cessantes avec un document de 50 pages destiné à me convaincre graphes à l’appui que mon objectif était impensable, inatteignable.  Après un long week-end de travail nous avions élaboré un plan  qui, constitué de cent et une actions, devait nous permettre de tenir nos engagements. Résultat : nous finîmes l’année avec un déficit  non pas à 3,2% ni à 3% mais à 2,87% ! » (le renoncement au destin, page 340…342) 

L'auteur

70 ans, tonique, le verbe haut et la plume alerte, ce diplômé de Supélec a démontré sa maîtrise des concepts relevant de la high-tech et de la haute finance. Il l’a prouvé à la tête de Thomson (redressé) de France Télécom et d’Atos, doublant de taille en 5 ans avec 100 000 collaborateurs, au prix de nombreux rachats successifs. Il a conclu son parcours d’hyper manager par des fonctions ministérielles en tant que ministre des finances dans un gouvernement Raffarin sous Jacques Chirac et, à Bruxelles, comme Commissaire européen au marché intérieur pendant  5 ans. Avec Ursula von der Leyen, il a trouvé plus coriace que lui. II a quand même un très beau CV ! Peut- être ce bel essai vient-il à point pour lui permettre de rebondir, d’autant que Thierry Breton est aussi le roi des slogans. A Bruxelles, il avait lancé le concept Zéro-E-mail…. Il a écrit en 1992 la Fin des illusions et en 1994 le Lièvre et la Tortue (chez Plon pour les deux) avec Christian Blanc, et en 2007 Antidette (Plon).

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