Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale

Une passionnante remise en perspective
De
21 historiens, sous la direction de Jean Lopez et Olivier Wieviorka
Editions Perrin - 435 pages
Notre recommandation
4/5

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Thème

Il s'agit, en 23 courts chapitres, de faire un sort à 23 idées reçues concernant la seconde guerre mondiale qui, 70 ans après la fin du conflit, sont toujours bien ancrées dans les opinions publiques.

Points forts

Grâce au choix éditorial, de scinder les 435 pages du livre en 23 petits chapitres traitant chacun d'une "idée reçue", l'ouvrage se lit avec une facilité et une rapidité confondante, chaque chapitre pouvant être lu indépendamment des autres et dans n'importe quel ordre. Chacun des thèmes abordé est une découverte. De quoi obtenir de beaux succès dans les dîners en ville!

Quelques réserves

A vrai dire, un seul des 23 items, celui rédigé par Maurice Vaïsse, professeur émérite à Sciences-Po et spécialiste incontestable des relations internationales, me semble franchement hors sujet: "La défaite de la France était inéluctable" n'est pas un mythe comme le donne à penser l'auteur, c'est une réalité d'évidence! 

M. Vaïsse, pour justifier son affirmation, aligne une impressionnante série de "si". Mais avec des "si" on pourrait mettre Paris en bouteille selon la formule bien connue! Ce qui serait un mythe serait justement de croire que la défaite n'était pas inéluctable, car compte tenu de l'état d'esprit des Français de l'époque, des carences de l'Etat-Major, des inconséquences des politiques et de l'impréparation générale, cette défaite était écrite bien avant même 1940...

En fait M. Vaïsse donne ( de façon brillante) au lecteur toutes les raisons du désastre Français; c'est bien vu mais effectivement hors sujet.

Encore un mot...

Deux mots pour 23 mythes analysés c'est court. Nous n'en retiendrons que trois parmi les plus étonnants, ceux que les communicants, les propagandistes des deux bords ont réussi, 70 ans après la fin du conflit, à imprimer si durablement dans les esprits:

- "Le Japon a capitulé en raison d'Hiroshima"
On peut conclure à la lecture de ce chapitre que les Américains ont précipité le largage de leurs bombes atomiques pour frapper et saturer l'opinion publique et ainsi éviter que les Soviets, ayant étrillé les Japonais en Mandchourie, l'emportent bien avant eux. Les explications de Bruno Birolli sont éclairantes!

-"La Waffen SS: des soldats d'élite"
 Un mythe bien établi par les soins de la propagande allemande et dont les effets perdurent. Himmler et Goebbels, efficacement, ont fait en sorte que le mythe demeure et pas seulement chez les néo-nazis! Quelques preuves bien venues.

-"Les Britanniques étaient unanimement derrière Churchill"
Personne en France (comme ailleurs?) ne réalise à quel point la Grande Bretagne, en 1940, fut proche de négocier avec Hitler et de cesser le combat.
Churchill dut faire preuve d'un talent exceptionnel et d'une redoutable habileté politique pour retourner le parti conservateur, les membres de son propre gouvernement et l'opinion publique tout aussi défaitistes, finalement, que leurs alliés Français. Nous l'avons échappé belle!
 

L'auteur

La qualité du collectif des 21 co-auteurs, tous historiens et/ou universitaires de renom, est impressionnante et incontestable. Jean Lopez et Olivier Wieviorka n'ont pas lésiné sur les compétences. Une courte notice biographique est d'ailleurs consacrée à chacun d'entre eux en fin d'ouvrage.

Commentaires

Jacques
sam 25/01/2020 - 23:35

Je viens tout juste de compléter la lecture des 23 sujets. En un mot: FORMIDABLE

Alexis Pagrel
mar 28/07/2020 - 00:06

C'est bizarre, on parle toujours de la défaite de la France comme une affaire franco-française. La Grande-Bretagne n'a-t-elle pas eu une large part de responsabilité dans ce désastre: élites britanniques plutôt germanophiles et franchement francophobes qui regardent même Hitler avec sympathie (un rempart contre le bolchévisme), actes de collaboration avec les nazis (signature du traité naval germano-britannique en 1935, refus de soutenir la France au moment de la remilitarisation de la Rhénanie, impréparation incroyable de son armée. Alors que la Grande-Bretagne a initié le conflit, elle se contente d'envoyer sur le continent une armée symbolique, baptisée "Corps expéditionnaire", composée d'une dizaine de divisions (face au 140 divisions nazis). Les accablantes responsabilités britanniques sont encore une fois tues.

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