RALENTIR OU PERIR : L’ECONOMIE DE LA DECROISSANCE

D’excellentes idées mais quelques unes aussi qui pourraient être désastreuses : un livre choc et une bonne source de réflexion
De
Timothée Parrique
Editions du Seuil
Sept 22
320 pages
20€
Notre recommandation
4/5

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Thème

La croissance ne doit plus être perçue comme une finalité pour trois motifs : une raison écologique car la croissance perturbe gravement les écosystèmes de la planète, à savoir le réchauffement climatique, l’érosion de la biodiversité avec l’extinction des nombreuses espèces, la perturbation des cycles du phosphore et de l’azote, les pollutions chimiques.

En second lieu, le PIB est une fausse mesure qui ne mesure pas l’économie de l’entraide, le bénévolat, le non-lucratif (coopération), l’associatif.

Surtout, elle ne réduit pas notablement la pauvreté ni le niveau du chômage. Au contraire, cela favorise les ménages riches : 10% de la population qui cumule 76% du patrimoine, et même 38% en possède 1%.

Loin de favoriser le bien-être, la croissance infinie aggrave la gabegie des ressources naturelles, l’entassement des déchets, le désarroi des laissés-pour-compte.

Il faut donc s’engager vers une post-croissance qui n’est pas la décroissance mortifère. Il s’agit d’organiser et même de planifier une économie stationnaire en harmonie avec la nature, gérée par des décisions démocratiques au sein des communes et des entreprises, et avec l’objectif d’une répartition plus juste des richesses.

Cela implique des outils parfois contraignants qui passe par l’interdiction sélective de la publicité, une progressivité notable de la fiscalité sur les revenus et les patrimoines, une discipline des marchés financiers, des quotas carbone, des coopératives à la lucrativité limitée et une réduction du temps de travail. 

Points forts

Nos sociétés pourraient raisonnablement retenir un certain nombre de mesures susceptibles d’améliorer sensiblement le régime libéral capitaliste qui se traduit trop souvent par la criminalité, les maladies mentales, l’obésité, la surpopulation des prisons.

Il devrait être possible d’encourager -pour ralentir- la frugalité (moins d’avions, de viande, de pesticides) et la sobriété pour un meilleur choix des grands projets (aéroports, zones commerciales, architectures urbaines des grands ensembles).

Quelques réserves

L’objectif est de quitter le capitalisme pour organiser un système soviétiforme auquel rêvent certains syndicats dont la CGT. Certes, il est nécessaire de ralentir pour survivre et si possible pour mieux vivre. Pour autant la mise en œuvre des principales propositions aboutirait à un désastre : réduction du temps de travail, âge avancé de la retraite, découragement de l’initiative et de la prise de risque, fiscalité délirante, expansion des régimes sociaux.

Déjà, lorsqu’après la publication du livre La fin du travail par Jérémy Rifkin, le gouvernement socialiste avait décidé brutalement la réduction à 35h du temps de travail hebdomadaire ainsi que l’âge de la retraite à 60 ans, la France ne s’en est pas encore remise.

Une phrase

Pour 

P. 31: «Le PIB est borgne quant au bien-être économique,aveugle au bien-être humain, sourd à la souffrance sociale et muet sur l’état de la planète ».

P. 87 : « Attendre du progrès technologique qu’il verdisse l’économie serait aussi naïf que penser qu’acheter des livres de diététique suffirait pour perdre du poids ».

P. 164 : « Moins de biens, plus de liens. La décroissance n’est pas seulement moins (de production), mais aussi plus (de relations sociales, de résonance, de bonheur, etc.) ».

P. 219 : « la post-croissance est une économie stationnaire en relation harmonieuse avec la nature où les décisions sont prises ensemble et où les richesses sont équitablement partagées afin de pouvoir prospérer sans croissance ».

Contre :

 P. 119 : « Si vous avez de la décroissance, vous avez moins de richesse et vous aurez plus de pauvres » (citation de Bruno Le Maire, ministre de l’économie  et des finances depuis 2017)

P. 184 : A fond opposé à la décroissance qu’il qualifie de « modèle Amish » (expression utilisée par Emmanuel Macron, président de la République française) 

P. 204 : on pourrait former un pôle stratégique du transport incluant la nationalisation de la SNCF, des autoroutes, des aéroports et des compagnies aériennes et maritimes.

P. 207 : « La décroissance des pays riches est une condition sine qua non pour la prospérité des pays pauvres ».

P. 231 : Pour démocratiser l’économie, il faudrait « transformer toutes les entreprises en coopératives ».

P. 266 : Institut Sapiens : le décroissantisme légitime des pratiques totalitaires.

P. 256 : « Le capitalisme ne peut pas plus renoncer à la croissance qu’un crocodile ne peut devenir végétarien » (universitaire britannique trotskyste John Molyneux).

L'auteur

Né à Versailles, Timothée Parrique est titulaire d’un doctorat en économie de l’université de Clermont-Ferrand et du Stockholm Residence Center de l’université de Lund en Suède. Sa thèse en 2019 s’intitule « L’économie politique de la décroissance ». Il est co-auteur du rapport publié par le Bureau Européen de l’Environnement (2019) intitulé « Decoupling debunked-Evidence and arguments against green growth ». Il popularise ses théories par des conférences, des articles de presse, un blog et un compte Twitter.

Commentaires

Patrice
dim 08/01/2023 - 08:26

Bonjour,
Concernant vos réserves, je suis surpris qu'un site comme le vôtre, ne mettant en avant (sauf erreur de ma part) aucun parti pris politique, affirme avec autant de certitudes des positions qui ne sont absolument pas tranchées. Je ne vous reproche pas d'avoir un avis mais, d'une part, il n'est pas certain qu'il soit utile à votre critique (tout le monde en a un sur bcp de chose, et ça ne donne pas matière à une critique objective) et d'autre part, si vous tenez absolument l'exprimer, a minima, présentez-le comme tel et non comme une vérité consensuelle.
L'exemple des 35 heures est emblématique. D'une part, s'il est un sujet qui n'est pas tranché c'est bien celui des 35 heures, leur bilan faisant encore l'objet d'un âpre débat 20 ans après mais, pire, dans ce débat, il n'y a plus beaucoup d'économistes sérieux pour parler de désastre, même à droite (j'insiste, même à droite). J'en veux pour illustration (mais il y en a mille) ce débat du Figaro (pourtant pas très soupçonnable d'indulgence sur le sujet) dans lequel même le très libéral Nicolas Bouzou admet que (je cite) "la dégradation de la compétitivité de la France tient davantage à d'autres facteurs économiques". En outre, même le Medef s'est explicitement exprimé contre un retour au 39 heures (dès 2015 Jean-François Pilliard, son vice-président disait "Nous considérons que rouvrir le débat sur la réduction du temps de travail serait absurde.").
En réalité, quasiment tout le monde s'accorde sur le fait que les 35 heures ont créé des emploi et au premier chef l'INSEE et l'IGAS, les deux références officielles et neutre sur le sujet. La question porte sur leur nombre (de 300 000 à 2 millions selon les auteurs). Dire que "la France ne s'en est pas encore remise" n'est que votre avis et les sources solides tendent à montrer qu'il est très probablement faux.
On pourrait émettre le même genre de critique concernant la retraite à 60 ans mais je ne veux pas faire trop long.
Vous pensez bien évidemment ce que vous voulez des 35 heures, mais, je ne le répète, un tel argument me semble n'avoir aucune place dans cette critique, surtout sur dans un domaine où vous n'avez, il semble bien, aucune expertise, cela dit sans aucune méchanceté.
Bien cordialement.

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