On s’en est pas trop mal sorti, petit - Mémoires
Publication le 4 février 2026
407 pages
24,50 euros
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Thème
À 77 ans, Anthony Hopkins reprend le rôle du roi Lear dans un film de Sir Richard Eyre. Lear ‘ne supportait ni la sympathie, ni l’amitié d’autrui’. Comme lui, Hopkins est un être rigide, un impassible qui refuse l’amour. Et l’acteur, comme le roi, réalise ‘combien sa propre cruauté lui a coûté’. Certes Sir Anthony a tenu la promesse faite à ses parents ‘de leur en mettre plein la vue’. Couronnée par deux Oscars, sa carrière d’acteur a été époustouflante. Mais Hopkins avoue dans ses mémoires un personnage longtemps peu reluisant. Le petit gallois est né en 1937 d’un père boulanger, dépressif et alcoolique.
Anthony est indépendant, un ‘bourricot sans cervelle’ qui déteste l’école. Il est parfaitement asocial, indiscipliné et bagarreur. Animé par la revanche sociale, il s’avoue ‘bouillonnant de colère’. Mais si le travail est un supplice, l’art est vite le refuge du jeune rebelle. Acteur instinctif, il parfait sa technique à Londres. Il est engagé par Laurence Olivier et côtoie rapidement les meilleurs de sa génération. Sa carrière théâtrale puis cinématographique est lancée. Elle sera prolifique. Mais ce travailleur obstiné confesse aussi un alcoolisme sévère jusqu’à la quarantaine. L’alcool, dit-il, est une source ‘d’arrogance stupéfiante’ qui l’a aidé ‘à entretenir le rôle de solitaire qu’il avait décidé d’endosser’. Sa vie sentimentale est longtemps un échec. Et il reconnaît que l’abandon précoce de sa fille est une tache indélébile sur son parcours.
Points forts
Avec l’âge, Hopkins a (un peu ?) fendu l’armure. Le côté dur, taiseux, qui ne supporte pas la vulnérabilité, s’est estompé. Les émotions trouvent à s’exprimer. Sa troisième femme, épousée en 2000, serait à l’origine de cette mue. Le grand acteur partage avec honnêteté ses travers, son asociabilité et sa brutalité qui ont grandement affecté son entourage et l’ont séparé de sa fille. Cette confession intime, venue au faîte d’une carrière unique, est partagée sans pathos, sobrement. Hopkins y implore mezzo voce le pardon de ceux, nombreux, qu’il a meurtris. Honnêteté mais aussi modestie.
Sir Anthony pourrait en faire des tonnes, se vanter d’avoir connu tant de monstres sacrés comme O’Toole, Burton ou Olivier. Non, ce ne sont que de petites chroniques du métier qu’il partage avec le lecteur. Le quotidien d’un job désacralisé. Mais Hopkins ne ‘crache pas dans la soupe’. Il a su prendre des risques - ‘Have a go’, tente ta chance, comme il le répète. Et c’est touchant. Mais 80 ans après, sa réussite lui semble toujours irréelle. Hopkins, c’est un peu l’incarnation de la parabole des talents à lui tout seul !
Quelques réserves
Ces mémoires sonnent comme un testament modeste de celui qui s’apprête à quitter la scène qu’il a tant et si bien servie. Ses remerciements à son entourage qui le sert avec fidélité, là-bas à Malibu, contrastent - volontairement - avec son évocation des plus hautes sphères artistiques qu’il a approchées sans s’y fondre. Ses incidentes sur les ‘trucs’ de métier d’acteur sont des généralités qui seraient loin de satisfaire un aspirant comédien. De l’acteur, on retiendra le ‘maître de l’immobilité’ qui ne cligne pas des yeux et sa clarté d’expression unique, marques des très grands.
Encore un mot...
Cette lecture est une invitation à revoir un ou plusieurs films de ce génie de la représentation. Choix cornélien ! Pour notre part, le Silence des agneaux, Retour à Howards End, Elephant Man et même le Masque de Zorro !
Une phrase
« Ce que les gens disent ou pensent de moi ne me concerne pas. Je suis ce que je suis et je fais ce que je fais pour m’amuser, librement. Parce que j’aime ça. Tout cela n’est qu’un jeu, un jeu merveilleux, le jeu que se joue la vie à elle-même. Il n’y a rien à gagner ; il n’y a rien à perdre. Inutile de s’en faire. Rien de grave. Rien n’est jamais grave. Par moi-même, je ne suis rien, et par moi-même je ne peux rien faire. C’est cette présence à l’intérieur qui transforme et fait tout. Par moi-même je ne suis rien. Alors continue dans ce métier en faisant de mon mieux avec ce que j’ai » P.262
L'auteur
Le talent d’Anthony Hopkins trouve son expression dans son immense répertoire théâtral et cinématographique d’une carrière de 60 ans. Mais celui qui a incarné le personnage d’Hannibal Lecter est aussi pianiste, compositeur et peintre.
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