L’angleterre contre Napoléon - L’organisation de la Victoire. 1793-1815

Comment l'État britannique parvint à se réorganiser pour vaincre l’Empereur, en frôlant toutefois la défaite
De
Roger Knight
Presses Universitaires du Septentrion
Parution le 4 septembre 2025
Traduction de Daniel Verheyde
607 pages
36 €
Notre recommandation
4/5

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Thème

Nous, Français, avons (presque ) tous été éduqués dans l’admiration et le respect de notre fameuse Révolution et surtout dans l’adoration de notre inoxydable héros : Napoléon Bonaparte, militaire surdoué, providentiel chef d’État, Consul, Empereur, chef de guerre, victime de l’obstination d’adversaires déloyaux.

En fait, l’ennemi implacable, qui devint, grâce à la guerre, un  véritable  État  moderne fut l’Angleterre; laquelle, pendant 22 années, mena, parfois seule, dans un incroyable désordre européen, une lutte totale, tentaculaire, jusqu’à l’élimination de « l’usurpateur, le parvenu, l’ogre de Corse ».

Cet ouvrage brillant, minutieux, de lecture confortable, retrace, point par point, chapitre après chapitre, en quatre parties, l’incroyable odyssée anglaise, mue par un seul objectif :Vaincre. On ignore le plus souvent, côté français, la haine et la peur  animant l’Angleterre pendant ce quart de siècle.

Engagé dans la “Guerre Totale”, ce royaume peu structuré, assez pauvre, encombré d’une aristocratie étriquée, intolérante et paresseuse, d’une plèbe misérable, d’un interminable schisme et d’agriculteurs peu prospères, dut, très rapidement, dès 1793, se doter de gouvernements efficaces, d’un parlement raisonnable, de ministres compétents, inventer des services administratifs, organiser une armée, donner des moyens à sa marine, les obliger à travailler ensemble, se trouver des alliés sur le continent.

La lutte déclarée, il fallut constituer une armée - souvent à partir de milices, de volontaires ou de réquisitionnés, outre l’armée de métier, les vêtir, les chausser, les nourrir, leur fournir des armes et des munitions, préparer le transport vers le continent ou les autres lieux d’affrontement. Enfin ! Les maîtresses des Lords d’un royaume lunatique ne s’invitaient plus dans les décisions politiques.

Tout fut accompli, certes dans un certain désordre gouvernemental, mais avec une collaboration exemplaire des fortunes privées et de la City.

Points forts

  • Les courts chapitres, très documentés, remplis d’anecdotes pittoresques ou croustillantes, bien découpés, narent la création des filatures, des arsenaux (600 bateaux par an), d’usines, et la mécanisation d’ateliers les plus divers, l’organisation des convois, transformant la Grande Bretagne en l’État le plus industrialisé d’Europe.

La grande peur, quasi permanente de 1793 à 1813 est la possible invasion par les troupes françaises. L’Angleterre n’était pas du tout prête à faire face ; elle dut, au-delà des chicanes internes, y porter remède. L’aménagement de la côte-est de l’Ecosse à la Cornouaille fut un travail colossal, en quelques mois, au prix de la réquisition des paysans locaux, pour édifier forts, tours, murailles, supports du télégraphe optique (pourtant inventé en France). Il faut avouer qu’en 1813, le  ciel ne s’éclaircit définitivement qu’avec le désastre  de la Grande Armée en Russie. A ce moment,  le Trésor est vide, mais les Anglais savent que la victoire est en route.

  • La traduction française est remarquable 

Quelques réserves

La richesse de cet essai, ce mastodonte de connaissances de tous ordres, peut effrayer. Mais il n’est pas pesant : on peut l’ouvrir à n’importe quelle page, être immédiatement saisi par le récit. Il est recommandé de le déguster à petites doses, sans se lasser. 

Toutefois cela reste « très britannique », tourné vers des détails qui n'intéressent pas vraiment les Français ou bien qui mettent les plus fervents des Bonapartistes dans tous leurs états. Certains récits maritimes sont très techniques. Néanmoins les exploits de Wellington en Espagne laissent pantois.

Encore un mot...

Contre toute attente et par un vertigineux paradoxe, Napoléon est l'inventeur de la puissance anglaise qui inondera tout le 19ème siècle et le 20ème jusqu’à la Grande Guerre. L’Empire des Mers, l’industrie de tissages, celle  métallurgique, les mines de charbon, de fer, de cuivre, le commerce international, l’exploitation des pays soumis, des bagnards, des prisonniers de guerre, l’émancipation des femmes premières ouvrières des usines d’armement.

Ne pas oublier que cela se fit sous le règne d’un roi - Georges III - fort malade, avec sur les bras, un conflit larvé avec les Irlandais (toujours pas réglé) et la Guerre avec les jeunes Etats Unis.

Ce qui fascine le plus dans ce livre imposant - en dehors du livre lui-même - est la manière dont les Britanniques affrontèrent la menace nazie à partir de 1939 : les mêmes recettes, exactement celles contre Bonaparte et ses ambitions : la peur de l’invasion et la haine inconditionnelle. Winston Churchill n’était pas un excellent historien pour rien… Dieu sauve le Roi !

Une phrase

  • « La mainmise française sur le continent n’avait pas été affaiblie par le triomphe des Anglais en mer. La veille de Trafalgar une armée autrichienne avait été vaincue à Ulm….le reste de la stratégie de la coalition fut inopérante, malgré le gigantesque travail de défense effectué par Pitt et ses deux fidèles, Glenville son cousin et Dundas le colérique écossais. Napoléon pourtant en infériorité numérique à Austerlitz obtint sa victoire la plus éclatante. C’était la fin de la Deuxième Coalition. Pitt, dont la santé était chancelante, s’éteignit moins d’un mois plus tard. Son  médecin  dira “ Pitt est mort de vieillesse à 46 ans, comme s’il en avait 90”.» P.210
  • « Le crédit de l’État était contrôlé en permanence par les banquiers et les négociants pour que la monnaie garde sa valeur...l’étroitesse des liens entre l’État et les puissants marchés financiers donnaient un avantage considérable à la Grande Bretagne par rapport à la France...Surtout à partir de 1808 où beaucoup de maisons de négoce s’échappèrent vers Londres, Goteborg ou St Petersbourg pour fuir le blocus de Napoléon. »  P. 356/7

L'auteur

Roger Knight est le spécialiste de l’histoire navale de l’Angleterre et de son XVIIIème siècle mouvementé. Professeur d’université, l’histoire  britannique à l’époque napoléonienne est sa tasse de thé. Sa biographie magistrale de l’Amiral Nelson est connue dans le monde entier.  Le présent ouvrage a nécessité un travail d’équipe de plusieurs années.

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