Le jour de guerre est arrivé

Une pépite, avec la Commune de Paris en fond d’écran
De
Laurent Seksik,
Gallimard
Parution en 2026
119 pages
17 €
Notre recommandation
4/5

Infos & réservation

Thème

 Lucien Latour apprend le métier des armes dans la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr, à l’aube de Sarajevo et de la nouvelle guerre qui menace après Sedan. Orphelin dès la prime enfance, il a grandi chez sa grand-mère paternelle qui l’a élevé dans le mythe de l’homme qu’elle a aimé cinquante ans plus tôt, aimé d’un amour aussi intense qu’éphémère avant qu’il ne plonge lui-même dans l’horreur de la guerre, celle qui nous vaudra notamment

de perdre l’Alsace et la Lorraine, celle dont l’épilogue, la Commune de Paris, prendra l’aspect d’un combat fratricide entre les Insurgés et les Versaillais, tous français et patriotes. Au fil des découvertes du petit-fils et des confidences de la grand-mère, se dessine ainsi le portrait du Capitaine Végan, un officier zélé  qui ne renoncera jamais à l’obéissance, sinon une fois et dans des conditions fatales, participant ainsi au suicide collectif occidental qui réussira cette performance, en quelque trois quarts de siècles et en trois guerres, de décimer trois générations de la jeunesse mâle de tout un continent.   

Points forts

  • Le rythme des révélations de la grand-mère imposé par les permissions du petit-fils.
  • Les lettres poignantes de Lucien Végan à Chloé, avant qu’elle ne fût mère, des lettres qui participent du récit.
  • Le personnage de Chloé, mélange de féminité, de courage et de bravoure, cette dernière qualité qu’on prêtait d’ordinaire aux hommes.
  • Le style, sobre et plein de charme à la fois, servi par Chloé, encore elle, et son petit-fils Lucien dont chaque retour est accueilli comme celui de l’enfant prodigue.

Quelques réserves

Aucune, ce récit est un petit miracle de concision, de sensibilité et de pertinence.

Encore un mot...

En moins de cent-vingt pages, dans un style simple et poignant à la fois, l’auteur traite de tous les sujets : l’absurdité de la guerre, la vanité des hommes, l’aveuglement des chefs, la sensibilité et le courage des femmes, le secret de famille, la trahison, la vérité et la légende, l’héroïsme et l’obéissance aveugle, l’ordre nécessaire, l’ambition politique et l’ambition tout court…Tout est dit, suggéré, analysé, compris et au bout du compte, sujet à débat ! 

 Et si, au terme de ce récit, le lecteur est happé par le pessimisme, par le désespoir, celui des femmes qui ont aimé et enfanté tous ces hommes pour les voir mourir finalement, l’espoir revient avec Chloé qui n’est pas morte, en ce sens qu’elle vit à travers son petit-fils qui saura se souvenir du message de cette grand-mère aussi fantasque que souffrante, en pouvant affirmer, comme Cioran dans ses cahiers : « Je n’ai jamais cru à l’espoir, mais j’ai toujours aimé ceux qui en avaient ».

Une phrase

 « Je me sentais comme appelée. Je n'entendais plus le bruit des fusils. Je ne voyais plus les cadavres sur les trottoirs. La canonnade ne martelait plus mes oreilles. Même la supplique d'un blessé encore conscient, qui m'implorait en me tendant la main, n'a pas fait ralentir ma marche. Une voix intérieure me sommait d'avancer ». P.106

L'auteur

Laurent Seksik est à la fois médecin et écrivain, romancier, critique littéraire et même scénariste de bande dessinée. Sa carrière de médecin n’a pas à rougir de ses talents d’auteur. Interne des hôpitaux de Paris, il a fait fonction de radiologue en qualité de chef de clinique des Hôpitaux. En littérature, il s’intéresse plutôt à la folie, à la maladie mentale. Il a publié son premier roman Les Mauvaises Pensées en 1999, pour lequel il obtient le Prix Wizo encore La Folle Histoire, un deuxième qui paraît en 2004 et reçoit le Prix Littré. Mais c’est sans doute pour Les Derniers Jours de Stefan Zweig, publié en 2010, qu’il se fait vraiment connaitre, un récit avec le suicide en épilogue, dont L’Obs dira que « traduit en quinze langues, il a connu un formidable succès ».

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