LE FILS DE L’HOMME

“ Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération.” Un roman dur, impitoyable, atypique, rare, hors de l’ordinaire. Prix 2021 du roman FNAC.
De
Jean - Baptiste DEL AMO
Version audio réalisée par : Ecoutez lire
Texte lu par : Mathurin Voltz
Parution : 19 août 2021 conjointement en toutes éditions (GALLIMARD)
Broché : 240 pages, 19 euros ; e-book : 13, 90 euros ; lu : 21, 90 euros, 7 heures 30, 1CD MP3)
Notre recommandation
4/5

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Thème

Archétypal. Mythologique. C’est ainsi que l’on peut essayer de définir le nouveau roman de Jean-Baptiste Del Amo qui constitue une œuvre tellement différente dans l’offre littéraire du moment. Les personnages ne sont pas identifiés, ils n’ont pas de nom, ni même de prénom, ils sont simplement le Père, le Fils et la Mère. La violence, comme l’annonce la citation de Sénèque qui ouvre l’ouvrage « Et la rage des pères revivra chez les fils à chaque génération », nous annonce ce qui sera le moteur de la dramaturgie impitoyable du livre. Le prologue « préhistorique » qui met en scène un groupe d’humains parti vers l’Ouest, et obéissant à un rite initiatique, le père qui oint le front du fils du sang du chevreuil qu’il a abattu, confère dès l’abord une dimension symbolique à l’histoire.

Trois personnes dans un break, le Père, la Mère et le Fils. Ils quittent la ville dans laquelle il ne se passait jamais rien, ainsi que la petite maison du quartier ouvrier, si calme, où vivaient la Mère et le Fils. Un jour, après six ans d’absence et de silence, le Père est revenu. Il les convainc de le suivre dans la montagne afin de commencer une vie nouvelle. Dans la nuit, ils ne savent pas que ce voyage les éloigne définitivement des villes et des hommes. C’est à pied qu’ils finiront le voyage. « Les Roches »  leur destination est une ancienne bergerie sommairement aménagée, située dans une nature majestueuse et inquiétante au cœur d’une montagne abandonnée des hommes. Mais cette nature qui prend de plus en plus de place dans le récit, ne sera pas le cadre de la rédemption promise. Ce huis clos va insidieusement devenir un cauchemar insupportable et sans fin.

La Mère est enceinte, ce que le Père aura de plus en plus de mal à accepter. Simultanément, obsessionnellement, il revit les années de violence et de désespoir que lui fit supporter, dans cette maison, son propre père qui y connut une mort absolument pathétique. Peu à peu la folie le gagne, il empêche la Mère malade et prête à accoucher, de quitter « Les Roches ». Une fois encore se réitérera la transmission de cette violence qui lie le Père et le Fils depuis des temps immémoriaux. La montée de la folie ressemble dans sa construction imparable à un thriller, mais il n’en n’est rien, car par la puissance de l’inspiration, la force impitoyable du style, nous sommes transportés au sein d’une tragédie antique que rien ne peut arrêter.

Le Fils de l’homme est un roman qui légitimement mérite d’être qualifié d’extraordinaire …

Points forts

Un livre atypique, porté par un style à la fois minutieux et puissant formidablement évocateur.

Ce qui aurait pu être relaté comme un fait divers particulièrement sordide, devient une épopée des temps mythologiques.

Quelques réserves

Un livre « dur », un récit impitoyable où tout est décrit de manière plus que réaliste, un monde sans espoir, dans lequel personne ne pourra échapper à son destin : ce qui rend ce livre si particulier et surprenant peut rebuter quelques lecteurs.

Encore un mot...

Un livre rare, qui revisite avec un talent extrême la violence mimétique : « Ces Choses cachées depuis la fondation du monde » (R. Girard).

L'auteur

En 2006, Jean Baptiste Del Amo reçoit le Prix du jeune écrivain de langue française pour sa nouvelle Ne rien faire.

 En 2008, son premier roman, Une éducation libertine, paraît chez Gallimard. Il est favorablement accueilli par la critique et reçoit le Prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire. Finaliste du Goncourt des Lycéens, il fait également partie de la dernière sélection du prix Goncourt 2008. En mars 2009, il se voit finalement attribuer le Prix Goncourt du premier roman. Le 25 juin 2009, c'est au tour de l'Académie française de lui décerner la médaille d'argent du prix François Mauriac. Il est également récompensé par le prix Fénéon des Universités de Paris.

 En 2016 paraît son quatrième roman, Règne animal qui retrace du début à la fin du XX° siècle, l’histoire d’une exploitation familiale vouée à devenir un élevage industriel et qui reçoit, en juin 2017, le prix du Livre Inter.

Les thèmes récurrents de l’œuvre de Jean-Baptiste Del Amo incluent la quête identitaire, le corps, la mort et la sexualité. Ses romans ont été traduits dans de nombreux pays dont l'Italie, l'Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Australie, mais aussi la Roumanie, la Russie, la Slovénie, la République Tchèque. Il est très engagé dans la cause animale (L214).

À l’heure, où je termine cette chronique, j’apprends que Le Fils de l’Homme vient de se voir attribuer le Prix 2021 du roman FNAC.

 

LE LECTEUR :

Après le cours Florent et le Conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, Mathurin Voltz entame une carrière au théâtre, au cinéma et à la télévision, il tourne dans plusieurs séries et courts-métrages. On a pu le voir sous la direction de Daniel Mesguich et Christophe Honoré au théâtre et Tony Gatlif, Philippe Garrel pour le cinéma.

Mathurin Voltz prête régulièrement sa voix pour les livres-audio Gallimard, ainsi qu'à la radio

Commentaires

Catherine feuillet
sam 30/10/2021 - 19:05

" le fils de l homme " est le deuxième roman de JB d'El Amo que je lis
Après Regne animal, je suis à nouveau époustouflée par ce roman.
La langue est magnifique tant dans les descriptions de la nature qui révèle un grand amour de l'auteur pour les espaces encore qq peu sauvages qui nous entourent ( vision poetique mais aussi vocabulaire d'une grande rigueur) que dans l'analyse des situations dans lesquelles se trouvent plongés les 3 personnages. JB d'El Amo nous montre combien l âme humaine est complexe: même le père connait la détresse: passage du petit renard que son propre père a tué le privant de la possibilité d'aimer, passage de la mort de la mère...
Cet écrivain a la capacité de nous faire passer au cours d'une même page, de la dureté la plus noire à la poésie la plus douce.
La fin du roman nous tient en haleine: elle n est pas du tout attendue ou du moins je m'y suis laissée prendre...chaque lecteur peut y trouver son compte.
Enfin et tout simplement géniale, cette même fin nous éloigne du monde réel: le nouveau né ds les bras de ce garçonnet de 10 ans à peine, cet ours aubord du torrent , tout cela tient du conte...du rêve même si il est cruel.
Merci à JB Del Amo.

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