Mémoires d'un âne
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Thème
Qui n’a jamais rêvé d’un compagnon à la fois fidèle et secret, un animal capable de comprendre et de partager les pensées humaines ? Ce compagnon existe, et il se nomme Cadichon. À la fois rusé et espiègle, il souffre de la solitude dès que ses jeunes maîtres s’éloignent. Observateur attentif, il contemple les hommes et leurs travers avec une verve piquante. Il ressuscite les épisodes marquants de son existence avec force malices.
Points forts
- Le style : remarquablement maîtrisé, il témoigne d’une grande élégance sans jamais sombrer dans l’affectation. Époque oblige, quelques subjonctifs imparfaits viennent çà et là en ponctuer la trame, comme un discret rappel du raffinement de la langue d’alors. On ne saurait trop le recommander aux amoureux du beau français : la plume est à la fois littéraire et limpide, riche sans être pesante, accessible tout en conservant une véritable noblesse d’expression.
- Le protagoniste : le choix d’un narrateur animal insuffle au récit une fraîcheur et une originalité rares. Cadichon, en prêtant sa voix à l’histoire, révèle le monde sous un angle à la fois naïf et lucide. Son ton, tour à tour amusé et attendri, confère au récit une couleur singulière, où l’humour se mêle à une véritable émotion. On rit de ses malices, mais l’on est tout autant touché par sa sensibilité et sa sincérité.
Quelques réserves
- Des leçons de morale très appuyées : l'auteure oppose certains tempéraments naturellement bons à d’autres enclins à la méchanceté, dans une vision tranchée de l’enfance, éloignée des approches modernes - Françoise Dolto n’avait pas encore ouvert d’autres perspectives.
- Un ouvrage vieilli ? Les jeunes lecteurs d’aujourd’hui peuvent-ils encore se reconnaître dans ces familles où tous se vouvoyaient ? La mort d’un enfant poitrinaire y est évoquée avec une forme de résignation tranquille, comme relevant de l’ordre naturel des choses. Quant aux figures négatives, elles appartiennent souvent aux milieux modestes tandis que les pères, figures d’autorité bienveillantes, vivent avec faste dans de vastes demeures.
Encore un mot...
À l’heure où les élèves désertent les chemins de la lecture, la question se pose légitimement : peut-on encore recommander la comtesse de Ségur ? On peut d’abord la redécouvrir à l’âge adulte, porté par la douce nostalgie des volumes de la Bibliothèque rouge et or. On peut aussi l’aborder sous un regard sociologique, pour entrevoir une société révolue. Enfin, on peut, comme ici, en proposer une interprétation vivante, à plusieurs voix, enrichie d’effets sonores soignés.
Une phrase
“ Ils [mes mémoires] vous amuseront peut-être, mes jeunes amis, et, en tout cas, ils vous feront comprendre que, si vous voulez être bien servis, il faut bien traiter vos serviteurs ; que ceux que vous croyez les plus bêtes ne le sont pas autant qu'ils le paraissent ; qu'un âne a, tout comme les autres, un cœur pour aimer ses maîtres, être heureux ou malheureux, être un ami ou un ennemi, tout pauvre âne qu'il est.”
L'auteur
La Comtesse de Ségur est une écrivaine française d’origine russe, née Sophie Rostopchine, qui s’est illustrée par ses récits destinés à la jeunesse. Elle ne prend la plume que tardivement, mais son œuvre rencontre aussitôt un succès considérable.
Le lecteur :
Joël Jarretie travaille au sein d’une médiathèque, où il veille avec soin sur la section littéraire. Passionné de belles-lettres autant que de prise de son, il donne vie, par l’audio, aux grands classiques de la littérature. Sa voix, douce et nuancée, se prête avec bonheur à cet exercice.
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