La fortune des Rougon

Un grand classique du maître du naturalisme. Un roman dramatique et poignant
De
Émile Zola
Version audio réalisée par les éditions Sixtrid
Parution en mars 2021
Texte lu par Éric Herson-Macarel
Durée 13 h 28
23,90 Euros ; 21,90 Euros en téléchargement
(Edition brochée, première parution en 1871 chez A. Lacroix, 475 pages en livre de poche)
Notre recommandation
3/5

Infos & réservation

Thème

La Fortune des Rougon, pièce inaugurale du cycle des Rougon-Macquart, ouvre une vaste fresque. L’histoire intime d’une famille s’y noue étroitement aux soubresauts politiques de son époque. À travers l’ascension des Rougon, l’écrivain déploie sa vision naturaliste de l’hérédité et montre comment le coup d’État du 2 décembre 1851 devient, dans la petite ville provinciale de Plassans, l’occasion pour certains de transformer l’opportunisme et le désir d’élévation en fortune.

Points forts

  • Un style : C’est toujours un plaisir renouvelé de retrouver cette plume accomplie, capable de ce rare équilibre entre ampleur et sobriété. Son écriture, à la fois dense et limpide, ne cherche jamais l’effet pour lui-même : elle observe, détaille, éclaire. Littéraire sans être ampoulée, précise sans être fastidieuse, elle donne chair aux personnages comme aux lieux. Peu à peu, elle installe une atmosphère où chaque phrase semble nécessaire.
  • Pierre vs Antoine : il me semble que l’un des ressorts les plus efficaces de l’œuvre se situe dans l’opposition entre Pierre Rougon et son demi-frère Antoine Macquart. D’un côté, la soif de réussite de Pierre, prêt à toutes les compromissions pour assurer son appétit. De l’autre, Antoine, figure instable et misérable, broyée par un fatum social qui le dépasse. Ce contraste donne au récit une tension dramatique saisissante.
  • Une émouvante épanadiplosele roman s’ouvre et se referme sur la silhouette de Silvère Mouret, comme si un destin fragile avait encadré cette vaste mécanique. Personnage idéaliste, Silvère incarne une forme de pureté sacrifiée. Ces deux passages, parmi les plus réussis à mon goût, rappellent que derrière l’analyse implacable des rapports de force, subsiste une tragédie humaine. Simple et poignante.

Quelques réserves

Un ouvrage un peu long : à l’heure des shorts - ces vidéos de quelques secondes qui réclament l’efficacité immédiate - la lenteur héritée du XIXème siècle pour camper le décor peut éprouver la patience de la jeune génération. Les longues mises en place, les détours généalogiques et les descriptions minutieuses demandent un temps aujourd’hui devenu rare. Cette ampleur, nécessaire à l’envergure du projet zolien, peut ainsi sembler excessive à qui attend un récit rapide et tendu.

Encore un mot...

Un œil acerbe : j’ai particulièrement apprécié la manière dont est disséquée la pleutrerie des bourgeois de Plassans. Son regard est sans indulgence, presque cruel, et ne laisse aucune échappatoire à ces personnages médiocres, tout entiers livrés à leurs calculs mesquins. Jaloux, manipulateurs, lâches jusque dans leurs convictions politiques, ils attendent toujours que le vent tourne avant de choisir leur camp. Zola les observe à distance, avec une ironie mordante. Il transforme cette galerie de couards en un spectacle aussi réjouissant que révélateur. Un régal !

Une phrase

“ Et, au plafond, la tâche de lumière s’arrondissait comme un œil terrifié, ouvert et fixé longuement sur le sommeil de ces bourgeois blêmes suant le crime dans les draps, et qui voyaient en rêve tomber dans leur chambre une pluie de sang dont les gouttes larges se changeaient en pièces d’or sur le carreau.”

L'auteur

On ne présente pas Emile Zola, le défenseur de Dreyfus, le chef de file du mouvement naturaliste qui s’efforçait de peindre le réel avec une minutie exemplaire. Décédé à la suite d’une intoxication au monoxyde de carbone, des experts remettent en cause la thèse de l’accident au profit de celle de l’assassinat...

Le lecteur :
Acteur de théâtre, Éric Herson-Macarel incarne une kyrielle de rôles et aborde des monstres sacrés tels Shakespeare, Pirandello, Corneille... Il joue dans divers téléfilms et apparaît également au cinéma notamment dans des films de Bertrand Tavernier, L. 627 (1991), Capitaine Conan (1996) etc.

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