L’Assommoir
Parution en 2019
Texte lu par Sarah Jalabert
Durée 18 h 59
23,90 euros en téléchargement
(Edition brochée, première parution en 1877 chez G. Charpentier, 566 pages en livre de poche)
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Thème
L’Assommoir nous entraîne au cœur du Paris ouvrier du XIXᵉ siècle, dans ces quartiers où l’espoir se heurte sans cesse à la dureté du réel. Zola y peint, sans fard, la lente descente d’un monde pris dans l’étau de la précarité, de l’alcool et de conditions de vie qui usent les corps autant que les âmes. À travers Gervaise, humble blanchisseuse qui ne rêve que d’un foyer tranquille et d’un travail honnête, il montre comment un milieu social implacable finit par étouffer les élans les plus simples.
Points forts
- Un style révolutionnaire : avec L’Assommoir, Zola bouscule les codes. Il fait entrer dans la littérature la langue des classes populaires, sa musique, sa rudesse, sa verve. C’est l’un des premiers ouvrages à donner une place aussi large à l’argot, non comme simple couleur locale, mais comme matière vivante du récit. On croise des expressions savoureuses issues du parler ouvrier : « charmer les puces » pour être au bord de l’ivresse, « culotte » pour une cuite ou encore « viauper » pour pleurer comme un veau.
- Un portrait réaliste du monde ouvrier : Zola observe, note, détaille : les gestes du travail, l’odeur des ateliers, l’humidité des escaliers, le bruit des cours communes, les lessives qui fument dans les cuves, les jurons qui fusent au cabaret. Ce réalisme passe aussi par la précision des chiffres, qui disent mieux qu’un long discours la fragilité des existences. Une blanchisseuse, comme Gervaise, touche à peine 1,50 franc par jour. En face, les loyers pèsent lourd : une simple chambre sans feu, au sixième étage, coûte encore 100 francs. L’équilibre est précaire. Il suffit d’un rien pour que tout bascule.
Quelques réserves
Un parfum de scandale : ce chef-d’œuvre a ouvert une voie à des auteurs tels que Céline. Cette postérité me semble contredire le jugement de Victor Hugo, rapporté par le poète Alfred Barbou. « Je trouve les œuvres réalistes malsaines et mauvaises... Ce livre est mauvais. Il montre, comme à plaisir, les hideuses plaies de la misère et de l’abjection à laquelle le pauvre se trouve réduit. » Et pourtant ces deux génies s’accordaient sur un point : sortir le peuple de l’indigence par l’éducation.+
Encore un mot...
En dehors de sa portée sociologique, de sa dimension révolutionnaire ou des polémiques qu’il a suscitées, L’Assommoir m’a surtout bouleversé par la figure de Gervaise. Sa bonté désarme, son indulgence frôle parfois l’aveuglement. Autour d’elle gravite toute une galerie de personnages inoubliables. Coupeau, le zingueur, brisé par son accident et lentement englouti par le « casse-poitrine du père Colombe ». Lantier, le charmeur sans scrupules, Lalie Bijard, enfant martyrisée, dont la détresse serre la gorge. Longtemps après avoir refermé le livre, on repense à certaines scènes avec l’impression d’y avoir assisté. Et c’est sans doute la preuve que le roman a touché juste.
Une phrase
“ Vous êtes bien heureuse, allez ! Madame Coupeau, dit madame Bijard, que son soûlard de mari, un serrurier, tuait de coups chaque soir en rentrant. Si le mien était comme ça, quand il s’est piqué le nez, ça serait un plaisir !”
L'auteur
Émile Zola (1840-1902) est un écrivain français majeur du XIXᵉ siècle, figure centrale du mouvement naturaliste. Il est connu pour Les Rougon-Macquart, une série de vingt volumes qui explore l’influence de l’hérédité et du milieu social sur les individus sous le Second Empire.
La lectrice
Auteure, comédienne, lectrice publique et radiophonique, Sarah Jalabert a dirigé des ateliers de lecture à la BnF durant 4 ans. Prenant une voix plus aiguë pour Gervaise, elle nous livre une interprétation, toute en retenue, qui souligne la puissance de cette superbe fresque.
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