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Ce qui plaisait à Blanche

S’avilir pour renaître, selon J.P. Enthoven
De Jean-Paul Enthoven
Grasset, 308 pages, 22 €

Lu / Vu par

Yann Kerlau
Publié le 10 oct . 2020

Recommandation

2,0BonBon

Thème

L’histoire commence au plein cœur de l’été à Capri un 15 août. Le narrateur a cinquante ans et vient de perdre son père. Ce deuil fait de lui l’héritier d’une fortune lui permettant de n’avoir plus d’autre souci que son bien-être. Trois cents pages plus tard, vous saurez tout sur la femme qui aura le plus compté pour lui : Blanche, une madame de Merteuil des temps modernes. Sans lutter comme le fit le Valmont de Choderlos de Laclos, il se soumet à elle. Un jeu où le sexe et l’imaginaire de Blanche mène un bal où s’épousent la vie et la mort, le plaisir et l’ignoble. Quand tout est permis, le bonheur perd vite ses couleurs. N’étant plus un Eden inatteignable mais un accident de parcours, les montagnes russes s’y succèdent, laissant lecteurs et héros aux prises avec leurs fantasmes… « L’espèce se flairait, s’évaluait, se frôlait, s’excitait…j’aimais ces moments de vitalité heureuse. Ils dilataient chaque sensation. M’entraînaient vers des zones infiniment légères. De quoi serait faite l’heure à venir ? Et la nuit ? »

Points forts

La permissivité des sens est le premier mot qui vient à l’esprit. Le second point fort du livre, c’est cette habileté narrative de Jean-Paul Enthoven. Le voilà testant chacun de nous : nos façades y sont mises à rude épreuve comme nos visages et nos cœurs qui, sous son scalpel, s’ouvrent au pire en lui trouvant un goût d’abord tentant, puis soudainement morbide et désenchanté.

Points faibles

La résurrection d’Aragon sur neuf pages…bon, on va l’oublier et plutôt relire ses œuvres.

En deux mots ...

La quatrième de couverture de Ce qui plaisait à Blanche joue la carte du mystère. Rien n’y est vraiment annoncé. La fausse préface de l’auteur nous annonce un manuscrit qui lui aurait été confié par un homme d’exception. Vrai ou faux ? Qui s’en soucie quand, page après page, l’héroïne approche à grands pas et qu’hommes et femmes tombent entre ses griffes. Un livre singulier où Blanche « veut être, en même temps, un démon et une sainte de vitrail. » Si tous mordent à l’hameçon, le rêve attendu y prend la teinte d’un automne désenchanté.

Un extrait

  • « La mort d’un père est toujours une aubaine. C’est comme si on avait le droit d’aérer la pièce où on se trouve. »
  • « J’obéis à mon corps. Il me précède …ces coups de reins. Ces morceaux d’êtres humains qui s’emboîtent. Ces humeurs. Ces odeurs. Je ne déteste pas, pourtant, ces instants où l’humanité n’est plus qu’animale. Où l’espèce se rassure avec des fluides et des râles. »

L'auteur

Journaliste, philosophe, éditeur chez Grasset, romancier, Jean-Paul Enthoven devient en 1983 directeur éditorial des éditions Grasset, puis en 1993 conseiller éditorial de la rédaction du Point qui publie ses critiques littéraires. Sa carrière de romancier démarre en 1996 avec Les enfants de Saturne (Grasset) qui sont couronnés par deux prix littéraires : le prix Cazes-Lipp et le prix Valéry Larbaud. En 2006 son troisième roman La dernière femme reçoit le prix Nice-Baie-des-anges. Officier de l’ordre des Arts et Lettres depuis 2014, Saisons de papier (Grasset, 2016) lui vaut le Prix de la critique de l’Académie française. Ce qui plaisait à Blanche est sa huitième oeuvre.

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