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De pierre et d’os

Heureux comme un Inuit confiné!
De Bérengère Cournut
Le Tripode, 219

Lu / Vu par

Didier Cossart
Publié le 21 avr . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

A travers les yeux d’Uqsuralik nous suivons la destinée d’une jeune femme Inuit qu’un accident abandonnera très jeune seule sur la banquise et qui survivra grâce à ses talents de chasseresse et la facilité du peuple Inuit à accueillir l’étranger. Il ne s’agit pas ici d’un énième récit anthropologique sur les Inuits mais d’un voyage initiatique dans le tout et le rien qui composent la beauté de la vie dans le Grand Nord.   

Points forts

Voici un roman d’aventures non pas basé sur le vécu de multiples explorations dans le Grand Nord mais le résultat d’un remarquable travail de recherche universitaire sur la nature profonde de l'identité et des croyances de ce peuple exceptionnel. Par conséquent nous ne lirons pas la description détaillée des conditions de vie dantesque dans la nuit polaire, ni des mille façons d'accommoder le phoque annelé mais nous pénétrerons dans la relation profonde que les Inuits entretiennent avec le naturel et le surnaturel, nous nous laisserons bercer par le balancement harmonieux entre le récit d’aventure et la poésie des chants indigènes.

Points faibles

Le lecteur pressé trouvera le rythme lent et des répétitions mais cela est incontournable quand le sujet est la relation de l’homme avec le presque Rien et le grand Tout.

En deux mots ...

Si vous voulez être heureux comme un Inuit confiné (pléonasme) ce livre vous suggérera qu’il faut avoir peu de besoins, se contenter de ce qui est disponible, bannir l’individualisme, aller à l’essentiel, honorer la mort, écouter son âme et les esprits. Il faut aussi savoir chanter pendant les longues veillées.

Un extrait

Cet endroit éveille quelque chose en moi. Nous y sommes venus autrefois, quand j’étais enfant. Mon père l’appelait Runiqtalik- l’endroit des Petites Pesrsonnes. Ces esprits au caractère farceur sont parfois d’une grande aide, parfois de véritables poisons. Mon père les redoutait. Nous leurs avions laissé à manger près de l’éboulement, et nous avions continué notre route.

A l’époque, j’avais souhaité très fort apercevoir les Petites Personnes. Je suis moins téméraire aujourd’hui et préfère me cacher dans ma peau d’ours pour le reposer dans le secteur. Isakuk est contre moi, ses oreilles bougent dans tous les sens.

La chienne s’endort enfin, et quelques instants plus tard, un sifflement vient me chatouiller les oreilles. Est-ce le vent qui s’est levé? J’essaie de redresser la tête pour m’en assurer, mais je suis soudé au sol. Autour de moi, l’herbe ne bouge pas d’un brin. 

Chant des Petites Personnes: 
Qui est-elle ? On l’a déjà vue? 
Non, elle n’est pas d’ici- elle n’aime pas l’été.
Elle sent fort, elle pue à mon nez! on l’envoie promener?
Non, on s’ennuie, il faut la garder. (p.62)

L'auteur

Née en 1979, Bérengère Cournut est une écrivaine à la tête d’une dizaine d’ouvrages, ce dernier De pierre et d’os ayant conquis le jury du Roman Fnac 2019. Elle publie des romans, des poésies, des contes, avec comme fil directeur semble-t-il la beauté du monde et l’existence de belles personnes.

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