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IL EST JUSTE QUE LES FORTS SOIENT FRAPPÉS

“Un mur d’optimisme” face au drame de la maladie, un roman qu’on ne peut lâcher
De Thibault BERARD
Les éditions de L’OBSERVATOIRE 210p. 20 €

Lu / Vu par

Véronique Roland
Publié le 01 fév . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Sarah vient de mourir. Á 42 ans, depuis l’ailleurs où elle flotte, et avant de se détacher tout à fait du monde, elle va revisiter son histoire encore charnelle avec ceux qu’elle a aimés : Théo, et leurs deux enfants, mais aussi ses amis, ses médecins...

Points forts

● Première qualité de ce roman, il peut être lu par tous. Thibault Bérard sait trouver le ton et l’écriture pour toucher le coeur des lecteurs de tous âges, adultes mais aussi jeunes adultes voire grands ados. Ce n’est pas donné à tout le monde.

● Oralisée, l’écriture coule, sautille et le récit est mené tambour battant. On tourne les pages comme on jouerait à la marelle même dans les moments les plus émouvants, voire les plus pénibles de l’histoire. Souvent exaltée, parfois réaliste (et pour cause), cette écriture ressemble à Théo (même si c’est à Sarah que la narration est confiée). Elle est comme un shoot de vitalité et fait la nique au mélodrame et au misérabilisme. Elle est par ailleurs très inventive et riche en images quand il s’agit de décrire l’ailleurs depuis lequel raconte Sarah. Rafraîchissant. 

● « Un mur d’optimisme ». C’est ainsi que l’oncologue qualifie Théo et qu’on peut aussi définir ce roman. Un optimisme qui ne désarme jamais. Impossible d’y résister ! On se laisse embarquer par l’aptitude au bonheur de Théo, même si l’on n’a pas son tempérament de chien fou de l’existence, de guerrier immature qu’on voit grandir au fer rouge de l’épreuve. Un grand merci pour cela. 

● Une tribu à la Pennac, voilà ce que rappelle la petite famille des copains de Théo et Sarah. Cet entourage chaleureux, dont l’ambiance est fort bien rendue bien qu’un peu stylisée, enveloppe les personnages et le lecteur d’un cocon d’amour et de drôlerie bienvenus. De l’importance de l’amitié en cas d’épreuve…

Points faibles

Délicat de « critiquer » ce roman qui cache une histoire vécue très cruelle. C’est donc en oubliant délibérément de quel lac noir il a surgi qu’on peut le considérer pour ce qu’il est : un objet littéraire. Ces précautions prises, voici mes réserves :

● L’auteur confie la narration à Sarah, pourtant je n’ai pas réussi à entendre sa voix. C’est Théo, tout le temps, qui parle avec les mots de la narratrice. Thibault Bérard – alter ego de Théo dans la vie – est sans doute trop solaire pour pouvoir s’effacer dans ce premier roman. Bref, ce qui au départ se présente comme un procédé intéressant et astucieux, perd sa crédibilité dès les premières pages. Dommage. 

● L’optimisme inébranlable de Théo exaspérera certains lecteurs qui verront là une manifestation d’agitation perpétuelle et d’immaturité. D’autres pourront s’interroger – comme certains de ses amis – sur la fin heureuse (la nouvelle histoire d’amour de Théo) qui soulève des questions de vraisemblance littéraire, mais aussi affectives et morales. 

● Sur un sujet comme celui-là, on pourrait s’attendre à plus de psychologie, d’introspection de la part des deux personnages. Sur le désarroi dans lequel est plongée toute mère mourante à l’idée d’abandonner ses enfants tout petits, de toute fille qui devine le chagrin qui attend ses parents ; la réaction des enfants à mesure qu’ils comprennent ; les questions que se pose forcément une femme sur la sexualité de son homme à mesure qu’elle voit son corps se “désérotiser”… 

En deux mots ...

La guerre est déclarée (Valérie Dozelli), D’autres vies que la mienne (Emmanuel Carrère) – deux références auxquelles j’ai rapporté spontanément ce roman qui raconte l’aventure extraordinaire de l’amour et de la volonté contre l’inconcevable. On le lit sans le lâcher, avec distance pour se protéger, ou le coeur gros si on se laisse aller, selon qu’on choisit de se situer du côté de l’humour et de la dérision que l’auteur y met, ou bien sur la pente de la mort qui attend son heure avec confiance.

Un extrait

« Je vous le demande entre nous (…) Donnez-moi ces moments-là. Accordez-moi ce temps, que je n’ai plus devant moi, pour revivre des heures qui ont été celles du début, de l’envol, du jaillissement, de la naissance, de l’espoir, de l’imprévu, de l’inconnu ; de l’inédit. Offrez-moi ça, d’accord ? Ces heures qui vous gavent de vie (…) Ces heures où j’ai vraiment eu 20 ans. La suite est nettement moins rigolote, alors... »

L'auteur

Né à Paris en 1980, Thibault Bérard est devenu journaliste après avoir suivi la voie littéraire, puis il est éditeur. Depuis treize ans, il anime avec talent le secteur Romans aux éditions Sarbacane, et notamment l’excellente collection Exprim’ destinée aux grands adolescents. Il livre son premier roman.

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