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Journal d'un amour perdu

Voyage dans l'intimité du deuil d'un colosse de la littérature
De Eric-Emmanuel Schmitt
Editions Albin Michel Sept 2019 251 pages 19,80 €

Lu / Vu par

Bertrand Devevey
Publié le 12 nov . 2019

Recommandation

3,0BonBon

Thème

Cet essai est la transcription du journal intime d'Eric-Emmanuel Schmitt qui raconte le choc et les conséquences du décès brutal de sa mère. Couvrant les années 2017 et 2018, l'auteur y décrit sa peine, la violence du chagrin, les souvenirs perdus, la dépression, et le long apprentissage du deuil. Si la première partie témoigne de sa perte de repères, la seconde s'attache à montrer comment la puissance de l'évocation des souvenirs, la conscience de ce qui a été reçu et le pouvoir de l'écriture vont aider à son retour à la création et à la vie.

Points forts

1. Pour qui aime les immersions dans l'univers intime des écrivains, ce récit va en apprendre autant sur l'auteur qu'il peut raviver des souvenirs et des émotions, et mettre en mots l'épreuve personnelle de deuils passés.

2. Un récit sincère qui révèle la sensibilité d'un colosse de la littérature. Il y dévoile ses relations puissantes avec sa mère qui a inspiré son goût pour le théâtre, ses relations complexes avec son père, la trame des liens familiaux et amicaux, finalement, tout ce qui construit, accompagne, "supporte" un être dans son parcours de vie.

3. Dire qu'un texte d'Eric Emmanuel Schmitt est bien écrit est un peu "banal". Disons qu'il offre au lecteur la description de ses sentiments, des sentences parfois cinglantes comme des coups de fouets, des réflexions douces-amères, empreintes de poésie, de clairvoyance et au final, de sagesse.

Points faibles

1. Beaucoup de sanglots, et il faudra souquer ferme pour franchir la barre des larmes, et atteindre les eaux moins agitées puis calmes de la résilience.

2. Des passages qui font tituber le lecteur au bord des falaises friables du désespoir. Il faut accepter le choix de l'impudeur de l'exploration d'un journal intime plutôt que celui de la lecture raisonnable d'un traité philosophique sur le deuil et la transmission.

En deux mots ...

Pour qui connait ce monstre sacré de la littérature française, Eric-Emmanuel Schmitt livre le récit rare, d'une épreuve qui aurait pu le terrasser. Souvent touchant, souvent vrai, toujours simple, il compose une ode à l'amour d'un fils pour sa mère. Il y dévoile comment son entourage, son travail, la musique, l'écriture et l'alchimie du souvenir ont accompagné sa renaissance. Si l'on peut rester un peu confondu par la détresse qu'il décrit, il témoigne finalement et heureusement que les larmes de la peine et de l'absence, comme la vivacité du souvenir, irriguent la force de vie reçue des parents disparus.

Un extrait

"Maman est morte ce matin et c'est la première fois qu'elle me fait de la peine". P7 (premiers mots du récit)

"Depuis toujours, ma mère élargissait mes jours aux dimensions d'un poème : je vivais deux fois, une fois pour en jouir, une fois pour lui relater". P 15

"La messe propose un voyage ascensionnel, l'enterrement une descente. Si les prêtres décrivent une montée au ciel, les croques morts enfouissent en terre. Les premiers évoquent la lumière, les derniers l'éteignent. Même si notre imagination visualise une élévation, nos yeux n'ont vu que la chute". P 29

"Vouloir être heureux et l'être, ne vont pas simultanément.
Cependant, on ne peut le devenir sans l'avoir décidé.
Le temps de la décision précède et inspire le temps des sentiments.
Il en est du bonheur comme du pardon : on le décrète afin de le faire exister". P 243

L'auteur

Eric-Emmanuel Schmitt est un enfant prodige de la littérature et du théâtre. Elu en 2016 à l'Académie Goncourt, récompensé (pour ne citer que la France) par plusieurs Molière et le grand prix du théâtre de l'Académie française pour ses pièces, il est l'auteur d'une trentaine de livres et essais, d'autant de pièces et d'adaptations, de spectacles musicaux… Bref, "EES" est un superlatif à lui tout seul : un des auteurs, réalisateurs et comédiens francophones le plus représenté dans le monde, traduit en 46 langues.

On peut le voir sur les planches et au cinéma, acteur et/ou interprète notamment des œuvres qu'il a écrites. Quelques uns de ses livres et essais ont été réalisés en livre audio, qu'il interprète lui-même ou confié la lecture à des acteurs comme Pierre Arditi ou Marie-Christine Barreau.

Culture Tops rend compte dans ses pages, de ses créations récente (voir le site).

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