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La goûteuse d'Hitler

Un sujet lourd, traité avec infiniment de tact
De Rosella Postorino
Traduit de l'italien par Dominique Vittoz 585 pages Editions Albin Michel

Lu / Vu par

Anne-Marie Joire-Noulens
Publié le 08 mar . 2019

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Thème

Une très jeune femme allemande, Rosa, dont le mari vient de s'engager dans l'armée d'Hitler (nous sommes en 1943) et dont la mère vient de mourir sous les obus à Berlin, est contrainte de se réfugier chez ses beaux-parents, à la campagne, à Gross-Partsch. Or ce village est situé tout à côté du quartier général d'Hitler. Ce dernier est obsédé par l'idée que l'on cherche à l'empoisonner. A peine arrivée à Gross-Partsch, Rosa est emmenée manu militari par des SS vers "La tanière du loup" où elle se retrouve enfermée dans un réfectoire avec d'autres jeunes femmes. Leur mission dépasse l'entendement : elles sont chargées de goûter trois fois par jour les petits plats mitonnés pour Hitler, donc de risquer leur vie quotidiennement. Quand en plus, comme Rosa, elles ne sont pas du tout pro-Hitler, le ressentiment est fort, mais la rébellion n'est pas de mise. En outre, c'est une période de disette intense et on leur présente des plats savoureux. 
Rosa nous raconte comment se passe sa vie entre les allers et retours à la caserne, ses relations avec ses beaux-parents, avec les autres goûteuses et l'encadrement militaire du Führer. A travers la vie de Rosa, c'est tout un pan  de l'histoire de l'Allemagne qui nous est conté.

Points forts

  • A la lecture de cet ouvrage, le premier sentiment qui nous vient à l'esprit est la volonté de survivre que l'auteur nous décrit avec beaucoup de délicatesse et de finesse. Pour ces femmes, tout s'efface devant cette nécessité première : il faut s'en sortir avec le minimum de casse
  •  l'existence de ces jeunes femmes, parquées malgré elles dans un espace restreint, est remarquablement dépeint par Rosella Postorino ; elle fait preuve d'une humanité profonde et nous raconte comment, bien que victimes mais se sentant coupables, ses héroïnes font face, chacune à sa façon, à un quotidien qui ne les enchantent guère
  •  l'étude des sentiments de ces goûteuses est extrêmement pointue, détaillant leurs amitiés (il est difficile de se faire des amis de personnes dont on vous impose la proximité), leurs chamailleries, leurs craintes, la peur de mourir, trois par jour tout de même. Ces jeunes femmes qui étaient pétrifiées, terrorisées lors de leur premier repas, s'habituent au rituel et finalement, après quelques mois de séjour forcé, profitent du soleil pour aller se baigner dans l'étang voisin : à trop côtoyer la mort, celle-ci se banalise...

Points faibles

Je n'en vois pas.

En deux mots ...

Le talent de conteuse de Rosella Postorino est incontestable. Le verbe est élégant et vif. Ce roman est touchant, empreint d'une grande humanité et ses héroïnes sont formidablement attachantes, avec leurs caractères forts et leurs réactions si contrastées devant l'adversité. Ce sont des portraits magnifiques et tendres avec leurs contradictions et surtout, leur envie de vivre. Elles n'ont qu'une vingtaine d'années et si possible, la vie devant elles...

L'auteur

Rosella Postorino (née en1978, en Calabre) est éditrice chez Einaudi et journaliste. Ses trois précédents romans ("La stanza di sopra", "L'estate che perdemmo Dio" et "Il corpo docile") ont été couronnés de succès et ont obtenu plusieurs prix. Elle a écrit également des pièces de théâtre. "La goûteuse d'Hitler", son premier roman traduit en français, a obtenu le prix Campiello. Rosella Postorino s'est inspirée, pour cet ouvrage, d'une histoire réelle dont elle a eu connaissance par hasard, celle vécue par Margot Woelk, véritable goûteuse d'Hitler.

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