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La vie mensongère des adultes

Un roman d’apprentissage bien sombre et trop prévisible malgré des personnages campés avec talent
De Elena Ferrante
Gallimard, 404, 22 €

Lu / Vu par

Marie de Benoist
Publié le 06 juil . 2020

Recommandation

3,0BonBon

Thème

A presque treize ans, Giovanna, fille unique choyée par ses parents, professeurs tous les deux, ne leur attribue que des qualités. Sa vie idyllique sur les hauteurs de Naples va pourtant basculer au moment où les changements physiques dus à son âge font prononcer à son père une phrase sur sa ressemblance avec sa propre sœur, qui allie « laideur et propension au mal.» Cette tante Vittoria va attirer irrésistiblement  Giovanna, parce qu’elle l’intrigue et parce qu’elle ignore pourquoi ses parents la détestent autant. Il lui faudra descendre dans les bas quartiers de la ville pour rencontrer une sorte de furie, qui représente tout ce que sa famille rejette : impudique, agressive, vindicative, elle s’exprime de façon vulgaire, en utilisant le dialecte napolitain. Captivée par cette femme menaçante et fascinante, qui lui ouvre les portes d’un autre monde, l’adolescente  va suivre ses incitations à regarder les adultes au-delà de leurs apparences lisses. Elle découvre alors leurs mensonges, leurs trahisons, leurs secrets les plus obscurs. La perte de son innocence se traduit par une métamorphose spectaculaire. Elle veut devenir pire que sa tante. Consciente de son pouvoir sur les garçons, elle se montre provocante avec eux. Torturée par des sentiments contradictoires, elle alterne la tendresse et la cruauté avec les siens et ses amies. Bref, elle s’enfonce dans son mal-être. Seul, l’inaccessible Roberto, « un garçon en or », la rassurera sur son intelligence et sa beauté, corrigeant en quelque sorte la blessure paternelle.

Points forts

• On retrouve les thèmes favoris de l’auteur : l’emprise de la famille, les tourments de l’adolescence,  l’amitié féminine, l’amour douloureux, la violence des rapports sociaux ... 

• Les personnages sont à l’image des quartiers où ils vivent. La ville de Naples est comme coupée en deux : les hauteurs aux belles avenues résidentielles abritent les privilégiés, alors que tout en bas, les immeubles délabrés des rues sordides sont habités par les déshérités 

• La passion pour la lecture, l’importance de la culture, la nécessité de la réflexion et le goût pour les discussions  sont évoqués comme les seuls moyens de réussir.

Points faibles

• Un titre plat, mal choisi. 

• Le récit est construit sur un jeu d’oppositions, trop systématique : beauté/ laideur, bonté/méchanceté, élégance/trivialité, riches mesquins/ pauvres généreux, intellectuels athées/ baptisés incultes, italien impeccable/ dialecte napolitain, Roberto/Rosario … Giovanna finira par constater, comme une évidence, que le mal et le bien cohabitent en nous ! 

• Le besoin de dégradation ressenti par Giovanna et son  désir frénétique de se sentir « héroïquement abjecte » paraissent excessifs. La sexualité n’est présentée que sous une forme brutale, elle n’est jamais sublimée par l’amour.

En deux mots ...

Elena Ferrante confirme son talent indéniable pour camper des personnages très vivants, pour fouiller la psychologie des adolescentes et pour décrire le déterminisme social. Mais dans ce roman d’apprentissage bien sombre et trop prévisible, les codes simplistes et le manichéisme des contes pour enfants sont repris d’une manière presque caricaturale: une héroïne naïve, une sorcière, qui l’initie à tout ce qu’elle ignorait jusque-là et surtout à la transgression, des objets symboliques comme le miroir ou le bracelet maléfique, une quête obstinée de l’amour et enfin la rencontre du prince charmant qui lui échappera … Voilà sans doute les ingrédients qui expliquent le succès phénoménal de cet auteur qui se cache toujours derrière un pseudonyme !

Un extrait

« Pendant cette période, j’appris toujours davantage à cacher à mes parents ce qui m’arrivait. Ou, plus exactement, je perfectionnai ma manière de mentir en disant la vérité. » p.98

« Des mensonges, encore des mensonges : les adultes les interdisent, et pourtant ils en disent tellement. » p.189

L'auteur

C’est le huitième roman de la mystérieuse Elena Ferrante, après le succès vertigineux de L’amie prodigieuse (2011) (15 millions d’exemplaires vendus, dont 4 millions en France et adaptation en série pour la télévision en 2019), premier tome suivi des trois autres : Le Nouveau Nom (2012),  Celle qui fuit et celle qui reste (2013) et  L’enfant perdue (2014). 

Commentaires

André
Le 19 aoû. 2020
à 09h19

Gde déception : bavardages fatiguants au final. Arrêt à la moitié du livre.

Sandrine
Le 31 aoû. 2020
à 12h31

J'ai été très déçue également tant j'ai aimé les précédents romans, je m'attendais à mieux, la fin n'en parlons pas elle est inexistante !
tant est si bien que j'ai cru que le livre n'avait pas été fini d'imprimé ?!

orfilane
Le 06 sep. 2020
à 23h03

Difficile début puis très belles réflexions surtout pour une gamine de 16 ans, sur sa famille, ses amies et sur ses lectures comme Les Évangiles, Gian veut tout tout apprendre pour être, au niveau de son amour, et briller en société et veut aussi le contraire.

Sylvia
Le 15 sep. 2020
à 12h01

Je viens de terminer ce roman que je lis en italien et pour moi cela aura été un bonheur de lecture !
La complexité des personnages, adultes ou adolescents, est toujours très bien étudiée, avec une grande sincérité et un certain cynisme, à travers le regard de cette jeune fille qui perd peu à peu tout angélisme à l'égard du monde qui l'entoure en avançant dans les méandres de l'adolescence.
L'image du père, brillant et important, est particulièrement intéressante car, après avoir voué à ce père pendant toute son enfance une adoration inconditionnelle, on assiste à sa chute sans concession quand l'adolescente perd ses illusions et son innocence.
Sans parler bien sûr de Naples en toile de fond qui donne vraiment envie d'y retourner ...

Mannick
Le 08 oct. 2020
à 13h42

Idem pour moi.

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