One Man Show

LE FANTÔME D'AZIYADE

QUÊTE INITIATIQUE, NOSTALGIQUE ET FASCINANTE SUR LES RIVES DE L'AMOUR ET DU BOSPHORE
De PIERRE LOTI
Florient Azoulay et Xavier Gallais
Mise en scène : Xavier Gallais
Avec Xavier Gallais

Infos & réservation

Théâtre Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Tél. : 01 45 44 57 34
http://www.lucernaire.fr
Du 12 janvier au 8 mars, le samedi à 19h et le dimanche à 16h

Lu / Vu par

Rodolphe de Saint Hilaire
Publié le 18 fév . 2020

Recommandation

2,0BonBon

Thème

• Vers 1880, à Istanbul, le jeune officier de marine Pierre Loti  évoque et nous conte, tout au long d'un monologue empreint de nostalgie, sa passion exacerbée mais interrompue pour Aziyadé, une sublime  orientale de 18 ans, cloîtrée dans un harem.  Prenant l'habitude de rendez vous secrets, la nuit, dans une barque glissant sur le Bosphore, ils s'aimeront à la folie, alors que tout les sépare ; hélas, obéissant aux ordres,  le séduisant marin devra repartir pour d'autres missions. Pour Aziyadé tout s'effondre : “Tu es mon Dieu, mon frère, mon ami, mon amant ; quand tu seras parti, ce sera fini Aziyadé ; ses yeux seront fermés, Aziyadé sera morte ".                                                                                                                                                                 • Pourtant ils s'écriront longtemps, jusqu'à ce que, dix ans plus tard, Loti se souvienne et, conjurant le destin et, fidèle à sa parole, décide enfin de revenir sur les traces de son amour évanoui. Seulement, trois jours ! Trois jours frénétiques, à cheval le long des ruelles tortueuses de l'ancienne "Stamboul", accompagné de la mémoire d'Achmet, son ancien domestique, puis en caïque descendant lentement la Corne d'or... 

• Loti court donc après son passé, à la recherche de son aimée, mais jusqu'où ?  La très vieille servante de la belle odalisque, Kadidja la négresse, le sait peut être. Vit-elle toujours ? Severim seni, Lotim !

Points forts

•  Une grande poésie émane de ce conte oriental, où se mêlent exotisme, couleurs, parfums, sensualité délicatement suggérée et nimbée de mystère… Tout est ici réuni  pour transmettre une subtile émotion. Le texte, recomposé en fait à partir de deux oeuvres de Loti (Aziyadé, publié en 1879 ; Fantôme d'Orient, 1892), sorte d'invitation à un voyage initiatique, est réellement sublime.

• La présence du conteur et de sa voix, suave et charnelle, sont un autre atout du spectacle : on se laisse bercer et entraîner, au fil de l'eau, sur la piste de l'être aimé, malgré des chemins détournés et grâce aux allers - retours de la mémoire.

Points faibles

• Une certaine lenteur, voire langueur, qui pourrait ici ou là nous faire perdre le fil…

• On déplore la présence des équipements modernes du conteur sur scène, totalement incongrus ici : à quoi bon - si ce n’est pour souligner lourdement l’actualité du propos ? - deux ordinateurs, un micro articulé digne d'un studio d'un journaliste radio, et pourquoi pas la bonnette et les oreillettes tant qu’on y est ? 

• L'excellent Xavier Gallais a-t-il besoin de ces "béquilles", qui abîment la poésie du texte, pour se donner une contenance ? D'ailleurs, dès qu’il se lève un court instant, il est encore meilleur.

En deux mots ...

Un conte des mille et une nuits sous la plume de l’un des plus grands écrivains voyageurs qui, outre la quête et la reconquête d'un amour interdit, d'une passion perdue racontées au cours d'un monologue ou plusieurs êtres se parlent au cœur de Stamboul, nous donne à voir comment, une fois le rêve évanoui, restent les mots qui nous marquent pour longtemps.

Un extrait

"Des personnages à turban longent les murs, un groupe de cinq ou six femmes chaussées de babouches qui ne font pas de bruit ; fantômes bleus, rouges ou roses, enveloppées jusqu'aux yeux dans ces pièces de soie lamée d'or. Deux eunuques les précèdent armés de bâtons, les éclairant avec de grandes lanternes anciennes qui font danser leurs ombres sur les pavés et les murs... je me suis égaré au cœur du quartier des harems. C'est là, j'en suis sûr, que la maison du vieil Abeddin va m'apparaître... Je fais éclairer par le fanal de mon coureur, les dessous des balcons aux impénétrables grilles. Derrière ces barreaux de fer, deux grands yeux fixés sur les miens, des prunelles vertes, de cette teinte vert de mer d'autrefois. Aziyadé !"

L'auteur

• Pierre "Loti" (Julien Viaud de son vrai nom) est né en 1850, et doit son nom de plume (qui désigne une fleur tropicale) à sa maîtresse du moment, une princesse rencontrée lors d'une de ses escales à Tahiti.

•  Sa vie est un roman. Personnage excentrique et haut en couleurs, doté de tous les talents, surtout de celui de séducteur, dandy hédoniste et écrivain voyageur salué par ses maîtres et bien des connaisseurs (de Sacha Guitry à Hugo Pratt), il nourrit tous nos fantasmes. Anti- conformiste et révolté, bourgeois rebelle aux mille vies, il ne cessa de cultiver le paradoxe, puisque cet officier de marine, aventurier au long cours, ne dédaigna pas l'Académie française  !                                                                                                                                  

 • L'œuvre de Pierre Loti nous fait voyager sur presque toutes les mers du monde. Ses romans, la plupart autobiographiques, nous emmènent au Sénégal (Roman d'un spahi), au Japon (Madame Chrysanthème, qui inspira l’opéra Madame Butterfly de Puccini ), en Égypte, à Tahiti, en Islande (Pêcheurs d'Islande, qui sont des Bretons !), et dans l’Empire ottoman, bien sûr, mais il reste très attaché à son cher pays basque (Ramuntcho). Il meurt à 73 ans à Hendaye en 1923. La maison-palais qu'il nous laisse à Rochefort est un petit bijou de musée de l'exotisme et des fastes de l'Orient, alors que sa demeure stambouliote reste une destination prisée des touristes en Turquie.

Commentaires

NICOLAS Yves
Le 20 fév. 2020
à 16h47

Aziyadé est triste; ce spectacle est sinistre.

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