One Man Show

MARIE-CECILE GUEGUEN: L'Homme assis dans le couloir

Pour Duras, parce qu'elle le vaut bien...
De Marguerite Duras
Mise en scène : Gabriel Garran assisté de Bruno Surin

Infos & réservation

Les Déchargeurs
3 rue des Déchargeurs, 75001 Paris
Tél. : 01 42 36 00 50
http://www.lesdechargeurs.fr
Du lundi au samedi de 16h à 23h. Jusqu'au 6 juillet. Du mardi au samedi à 21h30.

Lu / Vu par

Anne-Claude Ambroise-Rendu
Publié le 01 juil . 2019

Recommandation

3,0BonBon

La réalisation n'est pas Top, mais le texte est là, dans toute sa sobriété et sa force. Oui, Marguerite Duras est un grand écrivain.

Thème

Sous le regard scrutateur d'une narratrice, un homme assis dans un couloir regarde une femme couchée sur le sol d'un chemin de pierre. Son corps, ses poses l'invitent au désir. Il vient, la piétine, elle crie et dit « encore », il la laisse. Elle le rejoint dans la fraicheur du couloir. Parfois et de plus en plus souvent au fil du récit, la narratrice s'efface passant du conditionnel à l'indicatif. Du désir au plaisir, l'étreinte de ce couple décline différentes modalités érotiques. D'eux, on ne saura rien de plus ; spectateurs de ce qui dans l'instant les a joints : la jouissance.

Points forts

  • Un texte sans intrigue qui décrit avec sobriété, précision et poésie une rencontre amoureuse et charnelle. Sans pudeur, sans obscénité non plus avec toute la force d'une écriture presque blanche et qui, par ses descriptions cliniques, répétitives jusqu'à l'obsession, va à l'essentiel c'est-à-dire à l'intime. Un texte qui suggère aussi le désastre, y compris celui de la littérature.
  • On aime certains moments de grâce de l'interprétation quand, renonçant à « jouer », la comédienne offre un visage d'ingénue, illuminé, au regard des spectateurs, témoignant de ce que l'érotisme peut avoir d'innocent, disant mieux que les gestes, les postures et les grimaces à quel point du fracas du désir, de l'amour et de la jouissance peut jaillir le danger.

Points faibles

  • La mise en scène adopte le parti d'un certain réalisme : chants d'oiseaux, décor d'intérieur, éclairage appuyé sur le bureau de l'écrivaine, sa machine à écrire qu'on a entendu crépiter avant même que la salle ne soit plongée dans l'obscurité, radio et chanson mais surtout un jeu de scène ponctué d'entrées et de sorties, de voix off et de tout un langage corporel tissé de danse et de contorsions censé illustrer le texte. Là est le contre sens : on n'illustre pas un texte qui, jouant de l'ambiguité entre le réel et l'imaginaire, convie à une approche solitaire, voire silencieuse ; on ne le joue pas, on l'incarne.
  • On aurait préféré une lecture, sobre et plus susceptible au final de donner sa vraie voie à l'écriture de Marguerite Duras, une incarnation qui confine à la désincarnation et laisse sa liberté au spectateur, sans faire de lui un voyeur.

En deux mots ...

Ce texte de Duras, qui dit le désir et le plaisir d'une femme jusque dans l'évocation des beaux vallonnements du paysage, de ses brumes mauves évoquant la présence lointaine de la mer, est une merveille. Avec ce jardin « autour d'eux » cette femme et cet homme sont l'Adam et l'Eve, le couple primitif d'un paradis non pas perdu puisqu'il est toujours recréé par les ambivalences du désir et la violence du plaisir partagé. Suffocant.

Un extrait

"Il aurait porté, il porte, un pantalon de toile bleue qu'il a ouvert et de laquelle elle ressort. Elle est d'une forme grossière et brutale de même que son cœur. De même que son cœur elle bat. Forme des premiers âges indifférenciée, de pierre, de lichen, immémoriale, plantée dans l'homme, autour de quoi il se débat, autour de quoi il est au bord des larmes et crie".

L'auteur

En mai 1980 les Editions de Minuit publient ce récit de 36 pages, premier livre de Duras depuis L'amour (1971) qui ne s'accompagne pas d'une mise en oeuvre filmique. Salué à l'époque par certains critiques pour son absence de « niaiseries moralisatrices », il a été en 2007 mis en scène au théâtre National de Chaillot avec la danseuse Sarah Crépin et les voix de Jacques Dutronc et Tal Beit-Halachmi. Cette dissociation du corps et des voix répondait parfaitement au projet durassien de dédoublement entre celle qui voit et raconte et celle qui vie et meurt.

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