Opéra-Ballets-Musique

BODY AND SOUL

A l’opéra Garnier, la chorégraphe Crystal Pite envoûte les danseurs et le public
De CRYSTAL PITE
AVEC LE BALLET DE L'OPÉRA NATIONAL DE PARIS

Infos & réservation

OPÉRA DE PARIS – GARNIER
Place de l’Opéra
75009 Paris
Tél. : 0892 28 90 90
http://www.operadeparis.fr

Lu / Vu par

Dominique Poncet
Publié le 13 nov . 2019

Recommandation

4,0ExcellentExcellent

Thème

Body and Soul, soit, en français, le Corps et l’Esprit, est un ballet dont le titre annonce la couleur. Car c’est exactement de cela, le corps et l’esprit dont il va être question pendant cette soirée. « Cette création tourne  autour du conflit et de la communion » écrit Crystal Pite dans sa note d’intention. Et la chorégraphe de préciser qu’elle est arrivée à la penser comme une série de duos.

Cette « figure » paire, qui est celle du couple, elle va la décliner et l’exploiter à l’infini en trois actes, très différents les uns des autres. Sur une musique originale composée par Owen Belton, le premier acte met en opposition plusieurs types de duos (deux danseurs ou deux groupes de danseurs) qui exécutent, chacun à leur tour, avec un mimétisme troublant, les mouvements indiqués par un texte de la chorégraphe, lu en voix off par la comédienne Marina Hands. Les mots de ce texte, qui sont enregistrés sur des rythmes variés, génèrent des mouvements…  variés eux aussi, qui évoquent ainsi toutes sortes de sentiments humains. C’est superbe !

Inspiré par des préludes de Chopin, ici interprétés par la fougueuse Martha  Argerich, le deuxième acte met en scène une série de pas de deux, de toute beauté aussi. Deux danseurs se détachent d’un groupe – qui comme souvent chez Pite, donne l’impression d’un seul corps mouvant – et se mettent à danser, évoquant, lointainement, les uns, Forsythe, les autres, Jiri Kylian, les deux maîtres de la chorégraphe. 

Le troisième acte offre une fin de soirée inattendue. Dans l’entrelacs d’un fouillis de branches dorées, apparaît soudain une nuée de drôles d’ « humanoïdes ». Visages masqués, enveloppés  dans des combinaisons de latex noir brillant, bras prolongés par des sortes de faux, ils évoquent vaguement des insectes. Les filles sont sur pointe… Sur une musique électro-pop de l’américaine Teddy Geiger, elles et leurs partenaires masculins vont se lancer dans une chorégraphie qui va surtout relever… du show télévisuel. Que veut dire Crystal Pite ?  C’est indéchiffrable, mais le tableau, spectaculaire, acrobatique, et qui semble relever de la science-fiction amuse follement le public.

Points forts

– Avec ce Body and Soul qui requiert 41 danseurs – ce qui n’est pas rien – Crystal Pite montre une fois encore, qu’elle est sans doute la meilleure pour explorer les rapports entre les groupes et les individus. 

– Avec elle, les danseurs de l’Opéra de Paris sont à la fête. Les corps exultent sous sa gestuelle fluide et inventive. Le plaisir des interprètes à exécuter la danse de la Canadienne – pourtant  souvent très périlleuse – est palpable, contagieux. Il se transmet au public qui exulte.

– Visuellement, c’est splendide. Costumes, décors, et surtout lumières, qui, ici, dans les actes 1 et 2, semblent sculpter les danseurs…Tout  enchante.

Points faibles

– L’absence, ou, en tous cas,  la non visibilité de correspondances entre les deux premières parties du ballet  et la troisième donne l’impression qu’on assiste à deux spectacles différents. On peut interpréter cette disparité entre les  actes comme un manque de souffle chez la chorégraphe, une incapacité à raconter une histoire dans un seul élan créatif.

– Dans le deuxième acte, certaines figures sont un peu trop répétitives. Elles donnent une impression de bégaiement, ou d’un inachèvement, comme si la chorégraphe avait été dans l’incapacité de développer son discours. Cela passe, parce que c’est, tout le temps, magnifique, et surtout, interprété à la perfection. Crystal Pite peut remercier les danseurs !

En deux mots ...

Après  sa première création  pour l’Opéra de Paris il y a trois ans, The Seasons’ Canon – une pièce de 35 minutes pour 55 danseurs dont le lyrisme et la beauté plastique avaient fait se lever  le public - Crystal Pite était attendue avec impatience par les ballettomanes parisiens. La chorégraphe canadienne a-t-elle passé l’épreuve de se retrouver seule à l’affiche, avec un ballet unique et donc, long format ? La réponse est contenue dans les ovations qui, soldent chacune des représentations de son Body and Soul. Malgré ses imperfections.

Un extrait

« Créer c’est être curieux, engagé, en éveil et dans un dialogue constant avec l’inconnu. Comme je travaille avec la danse, c’est à travers la danse que j’espère honorer au mieux les sujets qui me tiennent le plus profondément à cœur ». (Crystal Pite).

L'auteur

Née le 15 décembre 1970 à Terrace au  Canada, Crystal Pite grandit à Victoria. Elle a quatre ans quand elle prend ses premiers cours de danse,  dix-sept, quand elle intègre le Ballet de Colombie britannique à Vancouver, où dès 1990, elle propose ses première chorégraphies professionnelles. En 1996, elle part pour le Ballet de Francfort de William Forsythe.

Depuis, cette créatrice, qui s’est toujours intéressée à tous les moyens d’expressions – théâtre, musique, chant, claquettes,  jazz, etc. – a écrit plus de cinquante œuvres pour des compagnies telles que Le Royal Ballet, le Nederlands Dans Theater (où elle est chorégraphe associée), Les Ballets Jazz de Montréal (où elle fut chorégraphe en résidence de 2001 à 2004), Le Ballet Cullberg, le Ballet de Francfort et l’Opéra  de Paris. 

En 2002, elle a fondé sa propre compagnie Kidd Pivot à Vancouver, pour laquelle, avec autant d’audace que de rigueur, elle créée des pièces qui mêlent mouvement, musique originale, texte et design visuel.

Aujourd’hui, Crystal Pite est l’une des chorégraphes les plus sollicitées dans le monde, l’une des plus récompensées aussi. Elle a notamment reçu trois fois le Prix Sir Laurence Olivier pour ses créations avec Kidd Pivot et le Royal Ballet.

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